Epouse, mère, sainte patronne de la province Dominicaine Tchèque, sainte patronne des familles Tchèques, sainte patronne de la congrégation Dominicaine de Ste Zdislava, sainte patronne du diocèse de Litomérice, sainte patronne de la nation Tchèque.
Nous marchions, nous tenant autour du sarcophage rouge, dans la crypte de la Basilique de St Laurent et Ste Zdislava, à Jablonné v Podjestédi, participants d’une rencontre Dominicaine internationale. Je ne savais rien d’elle, et honnêtement, je n’étais guère désireux d’en savoir plus – le pèlerinage n’était qu’un moment du programme de la célébration du jour de sa fête. Ainsi, je fus pris entièrement par surprise quand les vannes de mes yeux s’ouvrirent subitement, comme il advint à l’arrogant Frère Lazzarino quand Sainte Catherine de Sienne pria pour lui. Ebloui par le soleil, j’appris que deux de mes compagnons avaient fait la même expérience, de flux et de reflux, quelques années plus tôt. Ah, vous aussi…
Dimanche 6 février 1228, le château de Prague s’éveille pour une grande célébration. Le vieux roi Premysl avait décidé d’organiser le couronnement de son fils Vaclav et son épouse, Kunigunde, pendant qu’il était encore lui-même valide pour régler sa succession. Parmi les nobles, assistant à la solennité à la Cathédrale St Vitus, il devait y avoir Dame Sibyle, qui était venue sur les terres Tchèques comme Dame d’honneur de Kunigunde de Schwaben, et de la fille aînée de Sibyle, Zdislava, âgée de 8 ans.
Vous pouvez imaginer la joie et la curiosité de la petite fille –une enfant brillante, une enfant pleine de vie, sans aucune peur…Zdislava, qui se souvenait de ce jour, à Krizanov, où elle chassa un ours qui menaçait une autre fillette dans « sa » forêt, la forêt où la petite fille pieuse pensait devenir une anachorète ! Mais cela n’arriva pas.
Ste Zdislava devient l’épouse de Havel, Seigneur de Lemberk. Dans les forêts du Nord de la Bohème, à 80 km de Prague, à vol d’oiseau, ils élevèrent quatre enfants que nous connaissons sous les noms de Havel, Markéta, Jaroslav et Zdislav.
Née dans une famille qui dépensait tous ses biens à la construction de châteaux, couvents et églises –son père, le Burggrave Pribyslav de Krizanov, fut même décrit comme « chevalier à l’extérieur, moine à l’intérieur » - il était naturel que Ste Zdislava fit de même.
La Reine Kunigunde était grande promotrice des Frères Prêcheurs (et des moniales) sur ses terres, et ce pourrait bien être son enthousiasme qui inspira à Sibyle et ses filles de rejoindre ces sympathisants. Elles ont dû rencontrer des frères à Brno et Prague. Quelques uns des premiers disciples de St Dominique devaient être parmi eux- des prêcheurs comme St Hyacinthe, les Bienheureux Czeslav, Sadoc et Paul de Hongrie… Ste Zdislava avait beaucoup en commun avec St Dominique, peut-être cela résonnait-il en elle ? Elevée dans un château par de pieux parents, elle avait reçu une bonne éducation, fit ce qu’on attendait d’elle – elle devint l’une d’entre eux !
Ste Zdislava devint pénitente Dominicaine, s’exerçant à la perfection chrétienne dans sa condition de vie –ce qui, dans son cas, était de choisir une vie de responsabilités, de travail et d’action. Elevée depuis l’enfance pour devenir châtelaine, son mari absent durant des semaines et des mois, la Dame de Lemberk avait certainement du travail à sa mesure.
Avec son mari, elle fonda un couvent Dominicain à Jablonné v Podjestédi, la ville sous le château, et un autre à Turnov. Elle créa un hôpital à Jablonné, avec elle-même comme docteur et infirmière, faisant plusieurs miracles. Rendant la vue aux aveugles, faisant revenir à la vie quatre morts, guérissant un prêtre de la folie ! On peut encore voir la source de Ste Zdislava, au pied de la colline, sous le château, dont l’eau, bonne pour les yeux, attirait ceux qui en remplissait des bouteilles, les enfants courant tout autour.
En 1241, la puissante armée Mongole lança l’invasion de l’Europe. Les Tartares attaquèrent par l’Est et dévastèrent la Moravie, sa terre natale : tuant, pillant, mutilant, brûlant, poussant les habitants à fuir pour avoir la vie sauve. Cette invasion fut finalement arrêtée par Notre Dame, à Hostyn, avant qu’elle n’atteigne la Bohème, mais jusqu’à leur retraite, à la fin de l’année, beaucoup de réfugiés vinrent à Lemberk pour recevoir le vivre et le couvert.
Vivant la foi, incarnant la foi, brûlant passionnément la chandelle par les deux bouts, consacrée à sa famille, à son pays, à l’Eglise, elle mourut jeune, - à environ 33 ans (évidemment), le 1er Janvier 1252. Apparaissant plus tard à Havel, son mari accablé, dans une vision, elle le consola et lui laissa une cape rouge comme témoin de sa présence et de ses prières –sa dévotion rayonnant, même après sa mort.
Après que le temps ait obstinément refusé d’effacer son nom des rouleaux de l’histoire, la bonne matrone (une épithète rare et précieuse dans la litanie des saints Dominicains) a été béatifiée en 1907 par St Pie X quand le Bienheureux Hyacinthe-Marie Cormier,OP était Maître de l’Ordre. Ste Zdaslava fut canonisée en 1995 par le Bienheureux Jean-Paul II. Sa mémoire fut initialement fixée au 28 Novembre sur le calendrier Romain, puis fut plus tard déplacée au 1er Janvier. Dans le calendrier Dominicain, elle est rappelée soit le 3 ou le 4 Janvier, et dans le calendrier Tchèque, elle est célébrée le 30 Mai par des pèlerinages à la Basilique de St Laurent et Ste Zdislava à Jablonné v Podjestédi.
Ste Zdislava, première Dame des familles Dominicaines, priez pour nous !
Questions :
1. Le Pape Paul VI écrivit dans Evangelii Nuntiandi que « Les hommes modernes écoutent plus volontiers les témoins que les professeurs, et s’ils écoutent les professeurs, c’est parce qu’ils sont témoins. » Pour être un Docteur de l’Eglise, il faut être Serviteur de Dieu, un Bienheureux, un Saint. Ste Zdislava parle de façon plus éloquente avec sa vie que le plus énergique prêcheurs avec des mots, si le prêcheurs n’est pas un saint, lui aussi. Avons-nous présent à l’esprit que notre prédication doit être enracinée dans la prière, et venir en abondance de la contemplation, dans une vie tendue vers la perfection chrétienne ?
2. Par la vie de Ste Zdislava, nous avons un aperçu de la façon dont l’Ordre s’est développé dans toute l’Europe en quelques années – grâce à l’ardeur et au soutien plein de foi des « nobles dames passées » et de leur famille. Ces « familles Dominicaines » ont souvent précédé l’établissement de couvents et de monastères, les aidant de tous leurs moyens, de leur vivant, et même au delà –au 20è siècle autant qu’au 13è. Quel est le lien entre les Dominicains séculiers et religieux dans notre région ?
3. Pour chaque « flèche de prédication » à l’étude ou à la chaire, il doit y en avoir « 36 très humbles » dans les équipages au sol afin que la prédication continue. Nous aimons et nous avons besoin de nos « flèches », mais aimons-nous aussi nos équipes au sol –et est-on prêts aussi à faire partie de ces équipes au sol pour nos frères et sœurs ?
Jan Frederik Solem, frère Jourdain dans l’Ordre, est un Laïc Dominicain qui vit à Oslo, Norvège, avec son épouse Tchèque (également Laïque Dominicaine) et leurs deux enfants. Consultant IT, bibliothécaire diplômé, il travaille à la présence Dominicaine sur Internet depuis 1994. Rédige actuellement l’histoire des Tertiaires Dominicains, laïcs et clercs, en Norvège, de 1880 à 1980.
