Succès de la pièce sur le fr Claverie op

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Une pièce qui rend hommage à Pierre Claverie op
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Lancée en 2011 lors du festival d'Avignon, la pièce "Pierre et Mohamed" continue d'attirer les spectacteurs. Elle rend hommage à Pierre Claverie, évêque d'Oran, et à son chauffeur Mohamed, tous deux assassinés à Oran le 1er août 1996. Le texte a été écrit par le fr Adrien Candiard et est mis en scène par le metteur en scène et musicien Francesco Agnello.

La pièce a rencontré un vrai succès à Avignon lors du dernier festival. Mise en scène et en musique par le dominicain Francesco Angello, Pierre et Mohamed, raconte l'amitié entre Pierre Claverie, évêque d'Oran, et son chauffeur Mohamed, tous deux assassinés le 1er août 1996. Et rend hommage à ces deux hommes que l'âge, l'origine et la religion opposaient. Francesco Agnello, qui accompagne magnifiquement les textes de son hang, un étrange instrument d'origine suisse, nous raconte la genèse de cette aventure.

Comment est née l'idée de cette représentation ?
C'était il y a deux ans, trois frères dominicains étaient au festival d'Avignon. Entre deux spectacles, ils discutent autour d'une bière avec un comédien qui leur dit : « Ce serait intéressant que vous fassiez quelque chose sur des personnes qui portent une parole nouvelle ». Les frères ont trouvé l'idée intéressante, elle a fait son chemin, et ils ont alors pensé à Mgr Claverie. Le frère Adrien Candiard est allé regarder de plus près les écrits de Pierre Claverie et puis il est allé aussi chercher du côté de l'histoire de Mohamed, le chauffeur de l'évêque d'Oran, à partir de son journal intime. Ill s'est mis à broder autour. Il y a eu ensuite la rencontre avec le comédien Nâzim Boudjenah qui est pensionnaire à la comédie française et la rencontre avec moi-même.

Cette rencontre a eu lieu au festival d'Avignon ?
Oui. J'y suis chaque année. La chapelle de l'Oratoire et la chapelle Saint-Louis m'ont été confiées il y a quinze ans, l'évêque et des dominicains d'Avignon ayant la volonté que l'Eglise soit plus présente dans le festival. Depuis, je fais tourner un ou deux spectacles pendant toute la durée du festival Off. Je mets en scène des textes comme les Fioretti de François d'Assise, des textes de Catherine de Sienne, l'Evangile de Matthieu... Cette année nous mis en scène des textes de Kalil Gibran et puis avons crée Pierre et Mohamed. J'organise aussi chaque soir des rencontres, à 22h30. J'ouvre les portes de la chapelle de l'Oratoire, l'entrée est libre et je fais un concert de hang. Et un soir, sont venus deux frères dominicains.

C'est donc le hasard qui vous a fait vous rencontrer.
Non, pas tout à fait. Je me souviens de ce soir-là, quand j'ai ouvert les portes de la chapelle, il y avait dehors, un accordéoniste qui jouait dans la rue. Je me suis dit qu'est-ce que je fais : je lui demande d'arrêter ou bien d'aller jouer plus loin?... Et puis je suis allé le cherché et lui ai dit : « Viens, entre, c'est plein ». Il est venu, il a joué quatre ou cinq chanson de Piaf, je l'ai accompagné rythmiquement. La dominicains ont été bluffés. Ils sont venus me voir après, me disant : « Nous connaissons ton nom, nous savons que tu fais des choses intéressantes. Nous avons quelque chose à te proposer ».

Vous connaissiez les écrits de Mgr Claverie ?
Pas du tout. Je suis donc allé sur Internet. J'ai vu des reportages. Et puis l'une de ses interventions dans un journal d'actualité. Et là, j'ai eu le sentiment d'entendre pour la première fois un homme dont la parole et le vécu sont dans un telle harmonie que cela m'a fait un choc. C'est si rare d'entendre quelqu'un qui parle et dont la parole tout à coup devient totalement incarnée. Voilà à partir de là, je suis entré dans le projet.

Quel a été l'accueil du public d'Avignon ?
Par rapport à mon expérience du festival, j'avais fait une estimation. Compte tenu que se donne là-là-bas 1100 spectacles par jour, je pensais que nous ne dépasserions pas les 35, 40% de remplissage de la chapelle. Et nous avons atteint les 90%.

Comment expliquez-vous le succès ?
A Avignon, il n'y a pas de règle. Mais je pense que tout vient de la force du texte. Tout s'est mis en place par le bouche à oreille. Même chose à la crypte Saint-Sulpice. Nous avons commencé avec cinq spectateurs. Et maintenant, non seulement nous remplissons les soixante places, mais en plus nous refusons du monde. C'est pourquoi, alors que le spectacle devait cesser le 3 mars, nous l'avons prolongé finalement jusqu'à la mi-mai. Et pourtant, quand j'ai fixé l'horaire de 12h30, on m'a traité de fou.

Votre public est-il uniquement catho ?
A la crypte sûrement. C'est sans doute plus large à Avignon. J'essaie à présent d'élargir le cercle, notamment auprès des scolaires. Nous avons aussi donné le spectacle à Oran, invités par les dominicains. Nous avons joué dans la cathédrale, à 5 mètres de la tombe de Pierre Claverie. Il y avait alors beaucoup de musulmans, dont la mère de Mohamed. Et beaucoup de gens, catholiques ou musulmans qui avaient connu Pierre. Un grand moment.