Toucher et être touché

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Homélie du frère Nicolas, 2e dimanche de Paques, 12 avril 2015.
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Toucher et être touché
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Au Moyen-Âge, des savants se sont demandés : « quel est le sens le plus humain parmi les 5 sens ? » Et pour eux, il était évident que c’était le toucher. Car c’est le seul de nos 5 sens qui est réciproque. Je peux voir sans être vu, écouter sans être entendu mais je ne peux pas toucher sans être touché. Et la réciprocité est le propre de l’homme. Toucher et être touché. Toucher et se laisser toucher. Voilà à quoi l’on reconnaît un homme vivant.

Les apôtres eux justement ne veulent plus être touchés après la mort de Jésus : ils ont peur, ils ont verrouillé les portes. Mais Jésus ressuscité traverse cet obstacle. Il vient au milieu d’eux, il leur donne la paix, il souffle l’Esprit Saint sur eux et il leur donne une mission magnifique : pardonner les péchés. Les apôtres sont dans une joie immense en voyant que Jésus est vivant. Et on se dit alors : ça y est ! C’est parti ! Les apôtres vont enfin partir évangéliser toute la terre ! Mais non ! Pas du tout ! Huit jours plus tard, les portes sont à nouveau verrouillées. Et Jésus doit à nouveau franchir cet obstacle pour se frayer un chemin jusqu’aux disciples. Mais voilà qu’une chose nouvelle arrive : Jésus demande à Thomas de le toucher. « « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » (Jean 20, 27) « Viens ! Je peux traverser les murs mais je ne suis pas un fantôme ! Je suis ressuscité ! Je suis vivant ! Avec mon corps, avec mes blessures que tu peux toucher si tu avances la main ! Viens à moi ! Je suis ressuscité ! Je suis vivant chaque jour pour toujours ! »

Nous ne savons pas si Thomas a touché Jésus ressuscité. L’évangile ne nous le dit pas. Mais j’aime à penser que oui : il a obéi à Jésus, il a mis les mains dans les blessures de Jésus et il a été touché. Il a touché les blessures et il a compris qu’il a été sauvé de la mort à ce prix-là, au prix de la croix. Ces 5 blessures de mort sur les pieds, les mains et le côté transpercé de Jésus sont désormais les 5 blessures rayonnantes, glorieuses et pleines d’amour de Jésus ressuscité.

Et nous ? « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » nous dit Jésus. En effet, nous ne sommes pas comme les apôtres, nous n’avons pas vu Jésus durant sa vie terrestre quand il marchait sur les chemins de Palestine. Nous pouvons donc affirmer « heureux ceux qui croient car ils se sont laissés toucher par Dieu ». Mais comment se laisser toucher par Dieu ? Très concrètement ? Cela paraît impossible. Pourtant, avez-vous remarqué que, dans les sacrements, il y a toujours quelque chose à toucher ? Dans le sacrement du baptême et de la confirmation que nous avons célébré durant la nuit de Pâques : l’eau dans laquelle ils ont été plongés abondamment et le saint-Chrême, l’huile parfumée que nous avons mis sur le front des nouveaux baptisés. Dans le sacrement de l’eucharistie, nous touchons le pain et le vin, le corps et le sang du Christ. Dans le sacrement du mariage, les futurs époux se prennent par la main pour échanger leurs consentements. Dans le sacrement de l’ordination, quand l’évêque trace une croix avec le saint-chrême sur les mains du prêtre qui sera chargé de célébrer la messe et de pardonner les péchés.

Dans les sacrements, nous touchons Dieu et Dieu nous touche.

Alors nous comprenons qu’il faut faire un saut pour être un croyant. Voir ne suffit pas. Toucher même ne suffit pas. Il faut se laisser toucher. La foi parfaite ne vient pas du toucher de la main mais du cœur touché par Dieu.

La foi parfaite, celle de Thomas qui s’écrie devant Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

La foi parfaite, celle de nous tous chrétiens à chaque fois que nous recevons le corps du Christ et que nous répondons « Amen ! »

 

(19 avril 2015)