Un livre sur la prière silencieuse

Image: 
Jean Marie Gueullette
Corps: 

Pour découvrir comment entrer dans la prière silencieuse à l'écoute de la tradition chrétienne

Jean Marie Gueullette, Petit traité de la prière silencieuse, Albin Michel, 2011

Le silence et l’intériorité ne sont pas l’apanage de l’Orient, il existe une manière chrétienne très simple de prier en silence, en tentant de se recentrer inlassablement sur la présence de Dieu par la répétition intérieure de son Nom.

Cette façon de prier a une longue histoire, on en trouve des témoignages depuis les débuts du christianisme, on l’a parfois appelée prière monologiste (prière sur un mot) ou, plus récemment, prière du silence intérieur ou oraison de simple regard. À certaines époques, comme dans le courant de la mystique rhénane ou au XVIIe siècle en France, elle a constitué une façon de prier très répandue.

Aujourd’hui, une grande part de cette tradition, de ce patrimoine chrétien, est tout à fait ignorée. L’enseignement proposé ici l’a d’abord été depuis plusieurs années dans des sessions, où il a fait l’objet d’une mise au point progressive, qui lui permet aujourd’hui d’être accessible au plus grand nombre.

En vente en librairie

 

Trois questions sur la prière silencieuse

A propos de son livre, le fr. Jean Marie Gueullette répond à trois questions de son éditeur

1. Pourquoi est-il devenu si difficile de prier ?

La prière n’est pas devenue difficile, à cause de tel ou tel facteur culturel contemporain. Elle est difficile car elle est de l’ordre du combat, combat de la fidélité, de la gratuité. Ce combat peut sembler plus difficile aujourd’hui, car on fait trop facilement l’amalgame entre prière et relaxation, peut être, parce qu’on imagine que le fruit de la prière serait de se sentir bien. Mais la tradition chrétienne est attachée au fait que la prière est aussi confrontation de l’homme, dans sa médiocrité, avec la sainteté de Dieu, ce qui suscite toujours la conviction que l’on ne sait pas prier, et que l’on n’est vraiment pas à la hauteur de ce face-à-face. Oui, il est difficile de prier, car il est difficile de reconnaître notre limite, notre attrait immodéré pour des choses qui n’ont aucune importance, parce qu’il nous est difficile, finalement, d’oser être vrai.

2. La tradition chrétienne privilégie-t-elle la prière solitaire ou la prière collective ?

Ni l’une, ni l’autre. La pratique chrétienne associe nécessairement l’une à l’autre. Les deux versets évangéliques les plus explicites sur la prière affirment « Quand tu veux prier, va dans ta chambre et prie ton Père qui est là dans le secret (Mt 6,6). » et « Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (Mt 18, 20). » La présence de Dieu est affirmée dans les deux cas, sans privilégier l’un ou l’autre. Celui qui croit pouvoir être porté par la communauté sans avoir aucune prière personnelle ne tiendra pas longtemps dans sa pratique, et celui qui croit pouvoir se contenter d’une forme d’intimité avec Dieu risque fort de construire celui-ci à son image et selon ses goûts. Le va-et-vient entre ces deux modalités de la prière est indispensable, comme entre la parole et le silence.

3. Si l’on se fie aux étalages des libraires, il semble qu’on observe aujourd’hui un renouveau de la « méditation chrétienne ». Ce renouveau se confirme-t-il à l’intérieur même de l’Église ?

Il y a certainement une aspiration à la prière silencieuse, contemplative dans beaucoup de milieux chrétiens, en particulier chez les jeunes. Pensez au succès durable de Taizé et de sa manière de prier, pensez à la demande de beaucoup de jeunes à propos de l’adoration eucharistique, par exemple. Il ne faut donc pas limiter ce désir et ces pratiques aux croyants qui sont marqués par un contact avec les méthodes de méditation des religions orientales. Mais la pratique chrétienne d’une forme d’assise silencieuse, telle que je la présente à partir de l’enseignement de nombreux maîtres spirituels de la tradition, peut répondre à la quête de personnes d’origine chrétienne, qui ont fait parfois un long chemin dans le zen ou dans le yoga et qui souhaitent renouer avec leurs racines spirituelles.