Frère Jean, tu as récemment commencé de rédiger un wiki en ligne consacré au jardin du couvent du Caire, peux-tu nous en dire un peu plus ? Et dans un premier temps, peux tu te présenter ?
– Merci pour ton intérêt pour ce wiki. Je m'appelle Jean Druel, je suis de la Province de France, assigné au couvent du Caire depuis 2002. J'y ai d'abord étudié l'arabe, puis la pédagogie de l'arabe, et enfin l'histoire de la grammaire arabe médiévale. Cette formation me permet d'intégrer en septembre l'équipe des chercheurs de l'Idéo, Institut dominicain d'études orientales.
– Un mot sur les bâtiments du couvent du Caire ?
– Le couvent du Caire a été construit dans les années 30, sur une intuition du P. Jaussen, comme le montre Jean-Jacques Pérennès dans la biographie qu'il lui a consacrée (Paris : Cerf, 2012). Jaussen voulait perpétuer la « tradition musulmane de l'Ordre ». Le terrain, qui mesure environ un hectare, était totalement désertique à cette époque, situé dans une zone de cimetières, non loin de la ville fatimide. Les premières plantations ont commencé après la construction.
– Comment est venue cette idée de wiki sur le jardin du couvent ?
– Je ne connaissais rien aux plantes, et je faisais régulièrement des découvertes sur celles qui peuplent le jardin : leur nom, leur famille, leurs vertus médicinales, leur origine géographique, … En même temps, je faisais régulièrement visiter le jardin, et je devais répondre à des questions dont j'ignorais les réponses. Je me suis dit qu'il faudrait conserver tous ces renseignements quelque part. Lors d'échanges avec des amis nous avons laissé libre cours à notre imagination : une application iPhone qui « reconnaîtrait » les plantes ; un parcours virtuel genre Street View de Google avec des tags sur les plantes ; un marquage des plantes avec un code QR (code-barre à deux dimensions), … Finalement, mon frère m'a conseillé un wiki, plus traditionnel et moins compliqué techniquement. Je me suis donc lancé en janvier 2012 avec mes premières fiches de plantes. Le plus gros du travail est aujourd'hui terminé, avec 182 espèces recensées.
– Peux-tu nous donner quelques exemples de plantes rares ?
– La plupart des plantes qui poussent au Caire sont des plantes tropicales. Elles sont donc « rares » dans un grand nombre de pays européens et nord-américains, mais elles sont « communes » ailleurs. Je pense en particulier à tous les grands arbres à fleurs : flamboyants, jacarandas, fromagers, arbres à orchidées, arbres à corail, … De même, dans de nombreux pays on ne trouve pas une telle collection de cactus et de succulentes plantées en plein air (plus d'une cinquantaine d'espèces au total). Plus que des plantes rares, il y a des plantes qui ont une histoire: l'arbre-mât des Indes rapporté du couvent d'Ibadan au Nigeria par mon prédécesseur, le frère Manuel Maïcas ; les noyers de Malabar, utilisés entre autres en médecine indienne pour ceux qui souffrent de snobisme de caste (!) ; le sapotillier, qui produit des fruits assez insipides dont le frère Jean Richard était le seul à rafoler ; les limettiers, tellement taillés par le frère Claude Gilliot que les jardiniers sont venus en délégation me demander d'intervenir (depuis, les arbres sont très bien repartis et produisent beaucoup). C'est aussi ces histoires que je raconte dans le wiki.

