Une dévotion unanime à Marie

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Sur les rives de la Corne d’Or 
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Sur les rives de la Corne d’Or 

La mère de Jésus, Marie/Maryam, a une grande place dans la piété des croyants de la Ville aux  trois noms  célèbres : Byzance, Constantinople, Istanbul.
En effet en cette ville, depuis des siècles, par les invocations, l’ornementation de leurs églises et de leurs mosquées, chrétiens et musulmans adorent le Dieu très Haut  qui a fait des merveilles pour son humble servante, Marie/Maryam, dont l’Évangile et le Coran font l’éloge.
Dans beaucoup d’églises byzantines et  de mosquées ottomanes, et parmi les plus prestigieuses, mosaïques, fresques ou  calligraphies évoquent Marie/Maryam, cette femme que Dieu a  choisie (pleine de grâces), qu’il a purifiée ( istafâhâ) afin qu’elle soit la digne mère du Messie,  Jésus/Isa, prophète et Parole de Dieu 1.


La naissance de Marie/Maryam

Celle qui mit au monde Marie/Maryam, dont le nom n’est cité ni dans l’Évangile ni dans le Coran, mais que la tradition chrétienne appelle «  Anne  » et la tradition musulmane, la «  femme d’Imrân»,  est connue dans la  tradition chrétienne par  l’évangile apocryphe de  Jacques.  Celui-ci nous dit qu’Anne, qui était stérile avait invité son époux,  Joachin, à ne pas désespérer  de la Providence : le Seigneur leur accorderait un jour un enfant, la foi d’Anne fut récompensée, elle enfanta  Marie/Maryam2.
La tradition musulmane nous rapporte que la  femme  d'Imrân, avait voué à Dieu «  ce qui était en son sein  » espérant  que ce serait un  garçon afin de le consacrer au Seigneur, mais ce fut une fille qui vint au monde  ;  elle l’appela «  Marie/Maryam  ». La femme d’Imrân en s’inclinant ainsi devant le mystère de la volonté de Dieu manifesta un haut niveau de spiritualité  : il y avait ce qu’elle avait souhaité, et il y avait ce que Dieu avait voulu.   Cette belle attitude que la mystique musulmane appelle le tawakkul, «  l'abandon à Dieu   », le dépouillement de soi- même, de ses désirs, de ses préférences qui est aussi  taslîm,  «  soumission à Dieu  »


Des églises qui  parlent de Marie
Dans  des anciennes églises byzantines de Constantinople, par exemple Sainte Sophie et Saint Sauveur-in-Chora, Karye Camii, nombreuses sont les  représentations de Marie avec Jésus, soit enfant soit adulte.
Il est manifeste que les mosaïques de l’église Saint Sauveur-in-Chora  suivent de près l’apocryphe de Jacques pour  illustrer la vie de Marie  : l’annonce de sa naissance à Anne, la naissance, ses premiers pas entre les bras de ses parents, sa présentation, puis son entrée au Temple de Jérusalem où elle fut placée dans une partie spéciale de l’édifice sacré. Deux  mosaïques voisines  représentent un ange venant apporter une galette de pain à Marie, assise  sous une sorte de baldaquin  :
‘’ Marie demeurait dans le temple du Seigneur, telle une colombe, et elle recevait sa nourriture de la main d’un ange’’ (Prot.Jac. VIII,1)
Viennent ensuite les  mosaïques qui montrent Marie tissant le voile du Temple, puis son mariage avec Joseph qui, un temps  troublé, accepte la vocation divine de son  épouse  ; c’est ensuite le départ pour Bethléem et la Nativité de Jésus.

Des mosquées qui parlent de Marie
Le personnage de Zacharie est important dans la tradition musulmane. Chargé de  la petite Marie/Maryam lorsqu’elle devint orpheline, c’est lui qui la plaça dans le mihrâb du Temple de Jérusalem.
Un verset coranique rappelle alors qu’au mihrâb Marie, était miraculeusement nourrie par un ange  : à  Zacharie qui la visitait régulièrement pour s’assurer qu’elle avait le nécessaire pour sa subsistance,   Marie/Maryam répondit que tout cela venait de la Providence, donc il ne fallait pas s’en étonner  :
«  Chaque fois que Zacharie allait la voir, dans le Temple (mi hrâb), il trouvait auprès d'elle la nourriture nécessaire, et il lui demandait : «  O Marie! D'où  cela te vient-il?  ». Elle répondait : Cela vient de Dieu : Dieu donne, sans compter, sa subsistance à qui il veut» (Coran, sourate III, 35-39).
Dans la plupart des grandes mosquées ottomanes d’Istanbul, par exemple à Sultan Ahmet, la Mosquée bleue, on peut voir au-dessus des mihrab qui indiquent la direction de la prière, inscrits  dans une très belle calligraphie arabe, les premiers mots du verset coranique, cité plus-haut, qui mentionnent les visites que Zacharie faisait à Marie  : en  voici la translittération :
«  kullama dakhala 'alayhâ zakariyyâ al-mi hrâb, wadjada 'indahâ rizqan  »
Le choix de ce verset «  marial  » pour les mihrâb semble propre aux mosquées ottomanes d’Istanbul  ; rien  de semblable  par exemple dans les mosquées du Caire.


Des croyants qui vénèrent Marie/Maryam
Devant cette «  piété mariale  » inscrite dans les édifices religieux chrétiens et musulmans d’Istanbul, on peut se demander si cette sensibilité mariale commune et séculaire envers Marie, ne relève pas d’une sorte d’identité religieuse de cette métropole. Certes on sait que, partout dans le monde, musulmans et chrétiens vénèrent la vierge Marie, la toute pure (panaghia/ tâhira), la mère de Jésus/ Isa, mais l’importance donnée aux inscriptions «  mariales  » sur les  mihrâb des mosquées semble un phénomène propre à Istanbul, ville placée depuis des siècles sous la protection de la Vierge Marie.
On peut relire ce texte du concile Vatican II  : «Bien qu'ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils(les musulmans) le vénèrent comme prophète; ils honorent sa mère virginale, Marie, et parfois même l'invoquent avec piété» (Nostra Aetate,3)  et constater dès lors, qu’il en est bien ainsi à Istanbul où, chrétiens et musulmans, montrent envers Marie/Maryam, mère de Jésus/ Isa, une piété et un respect émouvants.


Fr Jean-Marie Mérigoux, op, Istanbul, Pâques, 2012

1. Voir ‘’ Marie au Temple de Jérusalem, Maryam au Mihrab’’, Présence, Istanbul, nov.-déc. 2008, 9 et 10,

2.Protévangile de Jacques, « Ecrits apocryphes chrétiens », Tome I, Paris, Pléiade.




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1 Voir ‘’ Marie au Temple de Jérusalem, Maryam au Mihrab’’, Présence, Istanbul, nov.-déc. 2008, 9 et 10,
2 Protévangile de Jacques,   «  Ecrits apocryphes chrétiens  », Tome I, Paris,  Pléiade.