Une fondation récente d'un monastère au Canada

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Monastère Queen of Peace au Canada
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Étendre la mission de l’Ordre

En lien avec la mission de l’Ordre de prêcher Jésus-Christ dans les endroits où l’Ordre n’est pas encore complètement présent, et soutenue par la conviction de l’Église que « l’avenir de la mission dépend en grande partie de la contemplation » (voir Redemptoris Missio 91), la graine de la nouvelle fondation en Amérique du Nord fut plantée par le Maître de l’Ordre, fr. Timothy Radcliffe et son conseil en 1996. Alors qu’un monastère fut fondé par Prouilhe à Berthierville au Québec en 1925, l’autre côté de ce vaste pays de plus de 5’000 km qu’est le Canada (la distance Madrid-Moscou est de 3’500 km) réclamait la présence de toutes les branches de la Famille dominicaine pour rejoindre les quelques frères déjà en place à l’ouest du Canada.

Les premières volontaires arrivent à l’avent 1999

L’appel du fr. Timothy pour des volontaires venant de monastères des États‑Unis amena 5 moniales à Vancouver à l’avent 1999. Ceci ne fut rendu possible que par le soutien prophétique, courageux et généreux du Monastère du Saint-Sacrement (Farmington Hills, Michigan, USA) un monastère au grand cœur missionnaire.

Également essentiel fut l’accompagnement tant spirituel que financier de tous les autres monastères des États-Unis. Peu de monastères d’Amérique du Nord avaient des sœurs à envoyer en mission dans une nouvelle fondation, et pourtant, ils ont généreusement puisé dans leurs maigres ressources pour faire naître cette communauté. Ce soutien de la mission par les sœurs américaines vient de ce qu’elles sont convaincues de l’appel de l’Ordre dans ce nouveau territoire et de la collaboration nécessaire pour cette entreprise.

Le premier logement de la communauté

En 2009, la communauté comptait 8 sœurs professes solennelles, une sœur en formation et une postulante, vivant toutes dans une maison de famille entourée d’une magnifique forêt de cèdres canadiens. Une grande grange  derrière la maison servait d’atelier pour nos arts monastiques comme les icônes, la poterie, la peinture, la sculpture, le travail du bois, une petite boulangerie et bien sûr, l’équipement nécessaire pour entretenir 6,5 hectares de terrain. Pour satisfaire aux règlements gouvernementaux concernant la terre, nous avions un petit troupeau de moutons et d’agneaux sous la houlette compétente d’une des sœurs, un troupeau qui était gardé avec vigilance, de jour et de nuit par notre lama, Honey-Rose. Les lamas sont d’excellents bergers qui maintiennent à distance les coyotes ! A ce moment‑là, cinq chats vivaient déjà la vie monastique avec nous, des chats qui appartenaient aux voisins, lesquels pouvaient voir que leurs animaux préféraient le cloître.

Inventer une nouvelle forme de collaboration

Durant ces dix premières années, nous avons fait un effort soutenu pour vivre notre vie régulière selon le LCM (Livre des Constitutions des Moniales dominicaines). La conviction d’être envoyées en mission dans l’esprit de saint Dominique nous a rendues capables de dépasser les nombreuses difficultés qui  accompagnent un nouveau projet. Pendant ces premières années, nous avons essayé de nous insérer dans l’Église locale et dans la communauté urbaine. Le soutien fraternel de nos frères de Vancouver a toujours accompagné la communauté. Un autre soutien très important dans cette collaboration dominicaine a été la présence de deux chapitres de laïcs dominicains actifs et pleins de vie et l’installation de nos Sœurs Dominicaines d’Adrian du Michigan aux USA dans le diocèse voisin de Prince George, dans la Colombie Britannique. Cela a amené toutes les branches de la Famille dominicaine dans cette région.

Érection canonique en 2009

Notre jeune communauté a pu obtenir son statut canonique de monastère autonome en octobre 2009, pendant une célébration joyeuse en présence de notre merveilleux archevêque, J. Michael Miller, CSB, du clergé diocésain qui a desservi notre monastère durant ces années pour l’eucharistie quotidienne, d’un moine bénédictin représentant l’Abbaye de Westminster à Vancouver, d’amis et bénévoles généreux et travailleurs. Un grand nombre de frères, d’autres membres de la Famille dominicaine de Vancouver et des moniales venues des USA pour représenter les monastères qui impliqués dans la naissance de la dernière‑née des fondations sur ce continent étaient là. La présence des membres de la famille de plusieurs sœurs a encore rehaussé cet événement important.


Une maison définitive  à Squamish : « Pierres vivantes »

Il était évident que notre maison de Langley était devenue trop petite et que nous ne pouvions pas accueillir des jeunes femmes en recherche. Après plusieurs années d’exploration, en décembre 2009 nous avons trouvé une propriété sur la frontière des lieux sauvages et pourtant seulement à une heure au nord de Vancouver. C’est un beau lieu dans l’archidiocèse où bâtir un monastère petit et modeste, mais beau, pouvant accueillir jusqu’à vingt sœurs et une petite hôtellerie.

Toute la communauté a travaillé assidûment pour obtenir un consensus et une vision commune pour le monastère et sa chapelle.  Ces  efforts pour articuler nos espérances et nos rêves ; nos essais pour traduire en pierre, bois et verre ; notre compréhension de tous ce qui nous est cher dans la vie monastique dominicaine, tout cela nous a demandé beaucoup de travail ; cela nous a aussi permis de grandir ensemble, car nous sommes très conscientes d’être des pierres vivantes.

Nos plans architecturaux ont été dessinés par une entreprise locale pleine de talents. Il y eut alors un gros effort pour obtenir des fonds, notamment par la vente de la maison qui avait été la nôtre durant les huit années précédentes. Dès mai 2011, nous pouvions avoir la cérémonie de bénédiction du terrain, environ 34 hectares et commencer les travaux de construction pour le monastère.

Dans ce décor grandiose, sur un plateau rocheux au dessus de la vallée de la Squamish River, nous avons écouté l’évangile de l’homme qui a bâti sa maison sur le roc (Lc 6,47‑49) et nous avons prié et chanté avec notre  archevêque Miller et un petit groupe d’amis, avec la famille dominicaine, des prêtres diocésains et des personnes qui nous ont aidées pour notre projet.

Depuis notre déménagement à Squamish en août 2010, notre présence dans un hébergement temporaire a attiré des gens qui souhaitent partager notre prière, le silence et la beauté de la création de Dieu. Durant ce temps de transition avant le monastère définitif, une de nos expériences inestimables fut la célébration de l’eucharistie dominicale dans notre paroisse à 30 min en voiture où le curé et les paroissiens nous ont accueillies chaleureusement. Nous avons la chance de pouvoir célébrer l’eucharistie la plupart des jours de la semaine dans notre propre petite chapelle avec nos frères dominicains et divers prêtres diocésains.

Nous sommes entourées par toutes sortes d’animaux sauvages dans la vallée de la Squamish River : des élans, des cerfs, des castor canadiens, des colibris, des oiseaux-mouches, des saumons, des écureuils, des aigles majestueux, des ours, des coyotes et même des couguars. Comme nos voisins, nous apprenons à cohabiter respectueusement avec les plantes et les animaux du lieu et notre bâtiment sera très écologique.

D'après l’article  Monialibus, n° 26, décembre 2012