Que faites-vous, mes amis, avec moi dans la nuit ? Nous rejoignons, par la foi, trois jeunes femmes essoufflées, le cœur battant, face à un tombeau ouvert.
L’ordre règne à Jérusalem. On peut marcher la nuit et sortir vers les tombeaux, les gens dorment d’un sommeil de plomb.
Chut ! Ron … Ron… Ecoutez ! Pilate dort à poings fermés, ses petites mains propres et bien soignées, repliées sur sa conscience étouffée. Madame Pilate est contrariée. Son mari n’a pas suivi les recommandations du songe qui disait l’innocence du proscrit. Ce prétendu gouverneur est en fait un fantoche : il ne résiste pas à la moindre pression populaire.
Ron… Ron… Ron… Hérode dort, lui aussi ! Il rêve de ce prophète qu’il a fait décapiter, Jean le baptiseur, qu’il continue de confondre avec ce Jésus que l’on vient de crucifier !
Après la liturgie de la Pâque, les grands prêtres sont épuisés. Ils dorment, tragiquement inconscients d’avoir joué tout cela en temps réel, mais à côté... à côté de leurs pompes... à côté de la plaque tombale !
Les disciples, eux, ne peuvent pas fermer l’œil. Ils ont trop mal et ils ne savent plus s’ils sont morts ou vivants.
Trois femmes sont debout, fierté du genre humain. Elles marchent dans la nuit pour honorer un cadavre, le corps de cet ami qu’elles ont tant aimé. Elles vont poser ces gestes immémoriaux qui marquent le respect de l’espèce humaine pour ses morts. Elles ont peur, ne savent ni comment rouler la pierre, ni ce qu’il y aura derrière mais elles s’avancent au-devant de l’événement.
C’est par la foi que nous aussi, nous nous rendons présents. Mais nous savons ! Comme Elie dans sa caverne, ce qui peut nous étonner, c’est le silence, une inquiétante discrétion. Aucune explosion, tout juste une éclosion. Le tremblement de terre, le rideau déchiré, les tombeaux qui s’ouvraient et qui rendaient leurs morts, c’était avant, sur la croix, au point extrême, au point du non-retour : quand l’Amour se donnait, se perdait, s’avouait, en un tout dernier mot !
Ce soir, la naissance de Jésus d’entre les morts est tout aussi paisible que sa naissance à Bethléem. On aimerait un feu d’artifice, un grand coup médiatique, un signe convaincant et décisif. Des adversaires, on attendrait au moins qu’ils prennent conscience et qu’ils aient honte ! Mais rien, ou presque : un étonnant calme plat. Aucune revanche, aucune vengeance, pas de représailles. L’amour est vainqueur mais il n’est pas rancunier ! Il ne tire pas sur les ambulances, ne piétine pas les blessés, n’achève pas les moribonds !
Il y a là un respect très curieux du sommeil de Pilate, des hésitations d’Hérode, du décalage des grands prêtres et des jeux stériles des docteurs de la Loi. C’est leur affaire s’ils se prennent au sérieux ! Le pardon est offert gratuitement, en vrac et sans publicité : comprenne qui pourra ! Le reçoive qui voudra, en silencieuse contagion ! « Moi je vous dis : Aimez vos ennemis ! » Qu’ils aient au moins le monde qu’ils ont choisi ! Leur histoire poursuit son cours, la nôtre aussi, sur une autre voie. Une croix nous a aiguillés ailleurs, radicalement. Personne n’est obligé de vivre à tombeau ouvert !
Magistrale leçon d’altérité, d’acceptation des différences et même du désaccord ! Comment Dieu pourrait-il créer, sans apprécier le différent, faire surgir du non-dieu et une liberté qui puisse dérailler, presque inévitablement ? La création n’est pas monotone ni recto tono, écoutez les oiseaux et leur cacophonie, il y a place pour tous, même pour les athées !
Avec une patience infinie et une brûlante passion, Dieu attend : depuis des siècles ! Des siècles de siècles ! Il attend que mûrisse le monde, que lève la vie, s’éveille la conscience, que l’on commence à parler et à partager, à pardonner, à devenir créateurs, re-créateurs, dieux enfin, comme Lui, avec Lui et en Lui, en vérité !
Cette nuit est la première nuit d’une nouvelle création, le commencement d’une nouvelle évolution, d’une nouvelle mutation en humanité-communauté ! Depuis, chaque matin a quelque chose de la lumière qui resplendit dans le jardin du monde neuf. Sur les chemins de ceux que l’espoir a déçus, que l’amour a blessés, qu’une religion a trahis, nous sommes envoyés maintenant, pour nous glisser dans les conversations. Le Ressuscité nous y attend. C’est là qu’il passe, inaperçu mais bien actif : comme Jésus de son vivant, toujours incognito. On le reconnaît après coup, à sa façon de mettre le feu aux Ecritures, de se tenir debout sur le rivage, de partager le pain, clandestinement, au restaurant.
C’est bien son style à lui, d’ouvrir les yeux des gens et de les planter là pour les retrouver par hasard, en pleine campagne, et leur poser des questions plus grandes qu’eux. C’est signé, cette façon d’ouvrir les oreilles et les cœurs, les mains desséchées et même les tombeaux. C’est bien son style, de redresser les paralysés, les têtes baissées, culpabilisées, de faire entendre un autre son de cloche à ceux que le langage officiel assourdit. C’est vraiment son style à lui, de vivre à tombeau ouvert entre sépulcres blanchis !
C’est parce qu’il était trop vivant qu’il s’est fait tuer. C’est parce qu’il était vraiment vivant qu’il est ressuscité ! C’est parce qu’elles sont pleines de courage et de fidélité que les trois femmes sont les premières à découvrir que l’amour est vainqueur. Jésus est ressuscité ! Alleluia
Vivre à tombeau ouvert !
Sous-titre:
Prédication du fr Michel Van Aerd op
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