Pour la clôture de la "Présence chrétienne au coeur du Festival", église des Carmes d'Avignon, 16e dimanche du Temps ordinaire, 22 juillet 2012
Evangile de Jésus le Christ selon saint Marc, chapitre 6, versets 30 à 34
« Jésus, voyant une grande foule de gens sur le bord du lac, fut saisi de pitié envers eux, parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. »
Jésus invite ses disciples à se reposer et il les instruisit longuement. Faut-il croire que la longue prédication de Jésus avait pour effet d’endormir ses disciples ?
Pour ma part, je ne me risquerai pas ce matin dans une longue homélie de peur de voir se vérifier cette crainte du prêcheur : avoir ses brebis devant soi endormies.
A moins que mes paroles ne suscitent sur vous un agacement devant le temps qui passe. Quand j’étais jeune et que je participais au JMJ, un évêque avait eu cette parole forte : « une homélie courte remue les cœurs, une homélie longue remue les fesses. »
Alors qu’est-ce repos au milieu des paroles de Jésus ?
Le repos pour marquer une pause. Se reposer, pour se poser près de Celui que son cœur aime, pour se rassasier de sa présence. C’est le repos des amoureux, C’est le repos de la bien-aimée des Cantiques, de Marie-Madeleine dans le jardin au petit matin de Pâques, ou bien encore dans ce que le festival Off nous offrait à voir, presque à contempler le repos de Marie-Madeleine de Pazzi, dans son amour du Christ. C’est le repos de saint Augustin, confessant au moment de sa conversion : « Mon cœur est sans repos, inquiet tant qu’il ne repose en toi ». La quiétude est ce repos, l’inquiétude est le l’absence de repos.
Mais les brebis pourraient être inquiètes, perdues dans la foule, perdues dans le désert de la solitude et de l’anonymat, ne sachant pour qui elle existe. Nous pouvons avoir à vivre cette inquiétude de ne pas être compris, ni entendu, « mais où est-il ton Dieu ? »
Mais « le Seigneur est mon berger, sur des prés d’herbe fraiche il me fait reposer. »
Et notre berger, frères et sœurs, est saisi de pitié. Quand j’étais dans le monde, avant de devenir dominicain, j’avais un collègue de travail qui aimait à railler en répétant que « la pitié est la forme chrétienne du mépris ». Dieu, que la pitié de notre Dieu n’est pas cela. La pitié, dans la Bible, elle a un lieu dans le corps de l’homme : c’est les entrailles, les viscères même, rahamin. La pitié, elle prend la chair de l’homme dans son intérieur. Elle n’est pas condescendance lointaine mais elle prend aux tripes. Elle atteint la chair de l’homme, faite de sang et de sueur, de courage et de fidélité. Elle engage jusqu’à donner sa vie, jusqu’à perdre sa vie pour que l’autre vive. Et c’est Dieu qui est inquiet quand il voit se perdre sa brebis, quand il guette son fils prodigue revenir, retourné à la maison pour jouir de son identité retrouvé de Fils.
Et notre berger, frères et sœurs, est saisi de pitié. Des entrailles au cœur de pauvres, nous passons de la langue hébraïque au latin. Misericordia. Miséricorde. Littéralement le cœur qui a compassion de la misère. Car à notre misère, répond la miséricorde de notre Berger. Dans sa miséricorde, s’exprime la puissance même de la Résurrection, de notre relèvement de la mort, de notre passage de la mort à la Vie. Recevoir et vivre la miséricorde, c’est entrer dans la dynamique de Pâques. Notre péché, qui nous colle à la peau, à la poussière du sol, à la froideur du tombeau, n’a pas le dernier mot La victoire du Christ au matin de Pâques nous dit que la Vie gagne. Et cette vie de Dieu est amoureuse et que cet amour de Dieu est vivant. « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal. Son bâton me guide et me rassure. » Ce bâton, cette houlette, c’est le Christ, qui le premier a traversé les ténèbres. Qui de son regard d’amour nous relève. . « Sors de ton tombeau, Lazare ». Ne te laisse pas enfermer par les bandelettes du péché. Sors, relève-toi. Jésus ne se soucie pas de ce que nous étions hier mais Il cherche à restaurer ce que nous sommes pour lui aujourd’hui, des frères et des sœurs. L’Esprit Saint répandu en nos cœurs, réalisent ce lent travail : nous configurer à Jésus, nous donner d’être à notre tour, suivant notre tache, berger, saisi de pitié, compatissant, rempli de miséricorde.
« Venez à l’écart pour vous reposer et il les instruisit longuement ». Notre Evangile d’aujourd’hui se poursuit avec le pain multiplié. A la foule qui avait faim, Jésus multiplie le pain. A nous qui avons faim, pas seulement que de pain mais aussi de paroles de parole vivantes, Jésus nous donne son Corps. Multiplié, pour que nous ayons en nous la Vie. La Joie aussi.
D'après dominicains.fr

