Yves Habert, un prêtre accompagnateur dominicain à Marcq Institution

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fr Yves Habert, op
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Il l’avoue très simplement mais en fait un atout : le Collège de Marcq, il ne connaît pas. À la rentrée, Yves Habert sera le nouveau prêtre accompagnateur de l’établissement. Le frère, dominicain (ce qui est une première), y arrive avec son expérience du travail avec et pour les autres.

– Qui êtes-vous, frère Yves ?

« Je suis né à Saint-Malo il y a 56 ans, dans une famille aux racines chrétiennes très fortes. Je suis l’aîné de huit enfants et quatre de mes frères et sœurs sont dans les ordres ! J’ai d’abord travaillé comme visiteur médical avant de trouver ma vocation dans une école d’évangélisation, Jeunesse lumière. Je suis donc entré au séminaire à 27 ans, à Rennes. J’ai ensuite passé douze ans à Aix-en-Provence. J’ai toujours été attiré par les dominicains, mais ce n’est qu’en 2006 que je suis entré dans l’ordre. J’ai été curé, aumônier de jeunes, enseignant au séminaire, visiteur d’une prison pour femmes et dernièrement prieur du couvent des dominicains de Rennes… »

– Vous avez donc un bon caractère breton ?

Il marque un temps d’arrêt, amusé. « C’est difficile à dire ça… J’ai beaucoup voyagé quand même. Je pense que j’ai un relationnel facile. Et surtout une bonne expérience, depuis vingt-deux ans que je suis prêtre. »

– Être dominicain aujourd’hui, qu’est-ce que cela signifie ?

« C’est à la fois être dans l’action et la contemplation. Saint Dominique passait ses journées à annoncer aux gens la Bonne Nouvelle. Et la nuit, il priait. Agir et prier, c’est ce que j’ai toujours voulu et vécu. Les deux ensemble, c’est essentiel. »

– Entre aumônier et prêtre accompagnateur, c’est juste une question de sémantique ?

« Avant, les aumôniers faisaient tout. Aujourd’hui, il y a une équipe de laïcs, salariés, bénévoles, des parents qui font la catéchèse, organisent les retraites et un tas d’autres choses et qui ont besoin d’accompagnement. C’est le rôle du prêtre accompagnateur. J’ai toujours été habitué à travailler en équipe, tout le temps. Je suis là pour accompagner les efforts de tous. Je vais passer un moment à regarder ce qui se fait et ce n’est pas dans mon schéma de fonctionnement d’arriver pour tout casser ce qui a été fait, notamment avec le frère Christophe-Marie. »

– Christophe-Marie Baudouin, votre prédécesseur était, lui, un carme…

« Tout à fait. Et c’est vrai qu’il est rare d’avoir un dominicain à une telle fonction. Mais un carme ou un dominicain peu importe, car de toute façon l’établissement est sous tutelle du diocèse. Je le fais volontiers, car il y a un enjeu, c’est important pour les jeunes. »

– Mais donc, vous êtes une première pour le Collège et un cas rare en France…

« Les dominicains sont assez polyvalents, mais il est vrai que notre vocation est plus la transmission de la parole que d’être directement impliqués dans l’éducation. De mon côté, j’ai accompagné beaucoup de personnes vers le baptême ou la communion par exemple. »

– Quelle vision avez-vous de Marcq Institution ?

« Aucune ! Je viens d’arriver. Mais c’est bien d’avoir un regard neuf, non ? Tout le monde me dit que c’est un super établissement, avec un beau savoir-faire et un bel effort au niveau de la pastorale. »

– Avez-vous quelque chose de précis que vous voulez mettre en place ?

« Comme je vous l’ai dit, je vais d’abord beaucoup observer et accompagner les animateurs en pastorale. Après ce qui m’intéresse fortement, c’est l’accompagnement vers le baptême et la communion. Il y a beaucoup de jeunes qui ne sont plus baptisés «automatiquement» à la naissance. Et plein qui font ensuite ce choix quand ils sont adolescents, avec une démarche, donc, volontaire. Je trouve cela très beau d’être aux côtés d’un groupe de jeunes vers le baptême. Je serai aussi sensible au fait de travailler avec les parents. Mais pour l’instant, je ne tire aucun plan sur la comète. »

Pourquoi un dominicain?

Au départ, Yves Habert n’est pas arrivé à Lille pour prendre les fonctions de prêtre accompagnateur de Marcq Institution. La province de son ordre, les dominicains, l’a fait venir au couvent lillois pour s’occuper du site Internet Retraite dans la ville, une quasi start-up créée et gérée par les religieux lillois et qui propose des moments de prières et de méditations en ligne et via une application pour smartphone. Au même moment, l’ordre du Carmel a annoncé tardivement le départ pour une autre mission du frère Christophe-Marie Baudouin, jusqu’alors prêtre accompagnateur du « Collège ». Si c’est l’évêque (donc l’archevêque pour notre diocèse) qui procède aux nominations des prêtres, les frères sont toujours liés à leur ordre qui décide des mouvements. «  Quand l’ordre du frère Christophe-Marie a décidé de l’appeler ailleurs, nous venions de boucler les nominations de prêtres pour le diocèse, explique le vicaire général, Bruno Cazin. Pas facile de lui trouver un remplaçant. La providence a fait qu’alors le prieur de la communauté des dominicains nous a fait part de l’arrivée du frère Yves Habert. Nous l’avons donc nommé à ce poste. » Un poste rare, donc, pour un dominicain, dont ce n’est pas la vocation première «  L’ordre importe peu, répond le père Cazin. Le collège est sous tutelle diocésaine, qui est garante de ses orientations. »

«  C’est une chance d’avoir cette présence, au milieu des élèves, se réjouit de son côté le directeur de Marcq Institution, Igor Le Diagon, ravi que le diocèse ait trouvé un successeur au frère carme Christophe-Marie. Un frère accompagnateur, c’est la présence visible d’un engagement spirituel, cela a du sens chez nous. Yves Habert est un frère intellectuel qui affiche une vraie envie de transmission de savoir. Qu’il soit dominicain est loin d’être un problème, c’est une richesse de pouvoir découvrir ce frère, avec sa vision et ses apports. Oui, une belle chance pour le Collège. »

À la rentrée, Marcq Institution accueillera environ 3 100 élèves. Son équipe pastorale se compose de douze personnes salariées et d’une centaine de bénévoles, souvent des parents d’élèves.

 

(28 aout 2017)