C h a p i t r e   G é n é r a l B o l o g n e   '9 8
Ordre des Prêcheurs
English | Español
 

Quelques défis pour le IDYM (Internacional Dominican Youth Movement) et la Famille dominicaine face au IIIe millénaire

La famille dominicaine -. Par Miguel Peiro Alba OP

Chers frères et soeurs,

Avant tout, je voudrais remercier le Maître de l'Ordre et vous tous de m'avoir donné la possibilité de venir à ce Chapitre. D'ici peu, vous aurez la possiblité de voir que mon apport se réduit à beaucoup d'illusion et d'inexpérience. J'espère qu'avec le temps, l'illusion durera et l'inexpérience se transformera en une expérience de partage du rêve des jeunes dominicains avec vous.

Yves Congar disait qu'il se sentait "ontologiquement dominicain". Quant à moi, je ne sais pas si je peux affirmer la même chose mais ce que je peux affirmer, avec un mélagne de timidité et de fermeté, c'est que depuis 19 ans, je suis dominicain, peut-être de manière inconsciente mais dominicain. Depuis l'âge de 6 ans, j'ai vécu accompagné par l'influence de ce charisme auquel je dois tant. Nous savons tous qu'un dominicain, au moment de faire de la publicité pour son charisme, est peu soigneux et celui-ci passe parfois inaperçu. Si nous demandons à un enfant ou à un jeune d'un collège de Dominicains n'importe quelle information sur ceux-ci, même s'il s'agit du nom de leur fondateur, cela nous donnerait certainement plus d'une surprise. Et ce n'est pas vraiment agréable ! Cependant, cela n'empêche pas que, au-delà de cette subtilité, nous trouvons une grande fermeté au moment de transmettre la foi avec une couleur, un accent dominicain. C'est pour cela que celui qui vit sous l'influence du charisme dominicain sans le découvrir ou le reconnaître, finit par le retrouver, tôt ou tard, comme une réminiscence. C'est en effet l'histoire de ma vocation dominicaine étant donné qu'à travers plusieurs années passées dans un milieu dominicain, ce n'est qu'avec le temps que j'ai redécouvert que c'était le charisme dominicain qui formait ma façon de vivre ma foi, d'agir, de penser, etc. Cette même histoire, des centaines de jeunes du monde entier pourraient la conter. Donc, si vous permettez ce conseil, ouvrer bien vos yeux parce que, dans votre entourage dominicain habituel, vous pourriez rencontrer des jeunes comme moi. Nous, le IDYM, nous en avons déjà rencontré beaucoup dans plus de 25 pays du monde : en Irlande, en Hollande, en Italie, à Malte, en Pologne, aux USA, au Chili, en Urugay, en Argentine, au Zaïre, au Kenya, aux Philippines, en Inde, en Espagne, etc...
 

Comme vous pouvez le supposer, la présence d'un jeune dominicain de l'IDYM au Chapitre Général n'est pas seulement une expérience incroyable pour moi (sur qui le sort est bienheureusement tombé) mais aussi un motif de joie pour tous ces jeunes que je représente dans ce Chapitre. Car le plus grand obstacle que nous avons parfois rencontré a été l'indifférence : rencontrer quelqu'un sur son chemin qui s'arrête pour regarder, dit des paroles encourageantes ou, au contraire, corrige les erreurs que l'on pourrait commettre. C'est pour cela qu'au moment d'écrire quelques lignes pour le bulletin du Mouvement de la Jeunesse Dominicaine d'Espagne, j'ai décrit cette invitation au Chapitre comme "une déclaration d'amour de l'Ordre à l'égard des jeunes". Un amour qui se manifeste dans cette session par une des spécialités dominicaines : le dialogue.
 

I. Enjeux principaux pour le IDYM face au troisième millénaire.

Pour commencer, je ferai une petite plaisanterie en relevant ceci : alors que notre vie comme Mouvement se réduit à quelques années, certains parlent déjà par ici de millénaires... Mais, blague à part, nos principaux défis sont :

a) Face au jaillissement de multiples groupes dans divers lieux du monde, nous avons besoin de partager l'information entre ces groupes et d'établir des moyens de communication et des connexions entre eux. Le Mouvement grandit et grandir est quelque chose qui nécessite de prendre du temps. Dans ce sens, nous avons mis dans la liste des priorités l'Amérique latine où le Mouvement jaillit avec une force impressionnante et mérite donc une attention particulière. Le Mouvement se définit comme un groupe de la Famille dominicaine, formé majoritairement par des laïcs, mais ouvert et nécessitant la participation et l'engagement de toutes les branches de la Famille dominicaine. D'ailleurs, quand la structure de la Famille dominicaine locale est stable, les groupes du Mouvement surgissent avec force et grandissent plus sainement. Peut-être que cela explique le cas de l'Amérique latine où des structures de Famille dominicaine comme le CIDAL existent.

b) Par rapport à cette définition de groupe de la Famille dominicaine, un autre défi est l'implication active de toutes et de chacune des branches de la Famille dominicaine selon leur diversité et leur caractéristique. Un groupe du Mouvement peut naître autour d'une présence dominicaine (un collège, une paroisse, un couvent, etc.) et peut fonctionner même si toutes les branches ne sont pas impliquées, mais sa vie est plus complète avec une telle implication. Disons-le clairement, les groupes, où les frères et les soeurs qui travaillent dans un milieu ne s'impliquent pas, traversent des crises qui provoquent la disparition du groupe. Dans ce sens, on peut dire que l'existence de groupes du Mouvement autour des noviciat et des studium de frères et de soeurs provoquerait un enrichissement mutuel. Le groupe MUCKA AD, aux Philippines, en est un exemple.

c) Même si c'est peu romantique, nous ne pouvons pas oublier le problème économique. La réalité du Mouvement est une réalité universelle, c'est-à-dire avec des groupes dans 4 continents. Tout cela a amené la création d'une série d'éléments comme un Secrétariat International, une Commission Internationale, des Réunions ou des Rencontres Internationales, des publications et un matériel de formation, envoyer Miguel au Chapitre Général,... Logiquement, tout cela se traduit par une série de coûts qui atteignent un niveau non négligeable. Je ne veux pas me mettre à pleurer ou ressembler à un mendiant devant la Famille dominicaine. J'illustrerai mon propos par l'exemple du père et de l'enfant. Aujourd'hui, le IDYM est le fils cadet de la Famille dominicaine et celle-ci doit dire si elle accepte de l'entretenir pour ses besoins pendant que le bébé grandit. Au fur et à mesure que l'enfant grandit, il sera éduqué à la corresponsabilité jusqu'à ce qu'il parvienne, peu à peu, à une autonomie économique. Notre dimension mondiale nous confronte à diverses réalités économiques. Quelques heures avant de venir ici, j'ai reçu la nouvelle suivante : il n'y aura pas de représentation de l'Inde et des Philippines à la prochaine Rencontre Internationale malgré le fait que la Curie ait offert une aide de 500 USD. On peut logiquement réduire la liste des besoins mais nous devons trouver un équilibre pour savoir si ce qui est correct est d'inventer ou de diminuer les frais. Cependant, le problème n'est pas toujours l'argent.

d) La mission. La vie du groupe est fondée sur des piliers dominicains. Cependant nous constatons qu'il reste un défi à relever, celui de la création des canaux pour la mission où nous pourrions concrétiser ce que nous vivons et partageons dans notre vie communautaire, de prière et d'étude. Nous avons à chercher, à trouver ou à créer des canaux de mission en harmonie avec la mission de l'Ordre de manière à nous épanouir dans notre option dominicaine. Le MJM d'Espagne a en ce moment trois personnes en mission à l'étranger : 2 au Salvador et une au Togo. Pour différentes raisons leur lieu de mission n'est pas dominicain. Ceci limite leur option missionnaire et à mes yeux cela représente aussi une opportunité perdue quand nous pensons à ce qu'ils auraient pu apporter à la mission de l'Ordre. Abordons ce sujet de manière positive. Le même MJD d'Espagne a présenté à une Province, à une Congrégation de soeurs dominicaines et une ONG de la Famille Dominicaine espagnole, sous forme d'expérience, l'esquisse d'une projet de coopération dans la mission de l'Ordre dans le Tiers Monde. Par ailleurs, d'autres propositions surgissent ici et là avec le désir de concrétiser ces canaux de la mission avec un engagement temporel (mois, années) dans la mission de l'Ordre en-dehors du pays d'origine.
 

L'IDYM pourrait offrir un service important, celui d'une mission des jeunes pour les jeunes (non pas de manière exclusive mais avantageuse). Nous avons à renouveler notre créativité et notre témoignage parmi les jeunes. Parmi les différents efforts accomplis en ce sens nous pouvons citer : la Page Web (DYM USA), la musique (DCY Irlande) et le Groupe de la Cochera à Zwolle (DCY Hollande).
 

e) La formation. La formation figure parmi les points essentiels à l'heure de la mise en oeuvre de notre vocation dominicaine. Le défi comporte deux dimensions :

1) La formation comme préparation pour la mission déjà évoquée précédemment. Nous ne pouvons pas aller à la mission sans la garantie d'une formation.

2) Aspirer à une formation vécue en commun dans la mesure de nos possibilités. Nous pouvons citer le cas de la participation active aux équipes de prédication qui existent dans la vie dominicaine et celui de l'affermissement de la Communauté Jeanne d'Aza d'Irlande comme communauté de la FD et maison de formation pour les jeunes.
 

f) L'équilibre entre les différents piliers. Outre la formation et la mission, nous ne pouvons pas oublier la prière et la vie communautaire. Ce défi exige que nous vivions les 4 piliers de manière équilibrée et que ce soit fait dans des lieux communs. Nous ne pourrons pas prêcher ensemble ce que nous n'avons pas étudié ni prié ni vécu ensemble.

Comme vous pouvez le constater, nous n'allons pas nous ennuyer dans un futur proche.
 

II. Les principaux défis pour la Famille Dominicaine face au Troisième Millénaire.
 

Je ne sais pas si certains s'attendaient à une réponse globale ou à des évocations de « Justice et paix » ou des « Moyens de communication » ou des « Frontières ». Il serait quelque peu prétentieux d'opiner à partir de notre inexpérience sur une réalité aussi vaste. Cependant nous pouvons en tant qu'IDYM apporter 2 défis qui peuvent devenir intéressants pour le futur : l'option par les jeunes et être authentiquement Famille Dominicaine.

a) L'option pour les jeunes. Dans un monde aussi sécularisé que le nôtre la situation d'incroyance et de désespoir parmi les jeunes constitue un défi pour la Famille Dominicaine. En ce sens le document sur les jeunes du Chapitre d'Avila reste actuel. Il en va de même du charisme dominicain qui offre à beaucoup de jeunes le moyen de grandir en tant que personne et en tant que chrétien.

b) Etre authentiquement Famille Dominicaine. Il serait aussi faux de dire que la Famille Dominicaine n'existe pas que de dire qu'elle se développe comme l'exige son charisme dominicain. Au cours de la préparation de ce Chapitre Général j'ai eu l'occasion de me plonger dans les textes d'autres Chapitres sur la FD ainsi que sur les lettres du précédent Maître de l'Ordre qui n'ont fait qu'augmenter le soupçon comme quoi le développement de la FD n'a pas été à la hauteur des attentes. Ce qui paraît clair sur le papier devient difficile à mettre en pratique. La FD représente le don merveilleux que nous avons hérité pour canaliser toute la richesse, la potentialité et la force du charisme dominicain. Voici quelque chose qu'aucune branche de la Famille Dominicaine ne pourrait maintenir, profiter ou utiliser pour elle-même, de manière exclusive. C'est à partir de l'action diverse et complémentaire de toutes les branches que nous pourrons exprimer toute la substance du charisme dominicain pour prêcher l'Evangile au monde entier. Tant que nous ne saurons pas concrétiser fidèlement la Famille Dominicaine nous serons en train de gaspiller le grand don reçu. C'est comme si nous nous contentions de mettre à profit 4 ou 5 talents alors que nous en avions reçu 10. Ou dit à la façon dominicaine, si chaque communauté dominicaine est à elle-même une Maison de Prédication pourquoi renoncer à construire comme Famille Dominicaine la Grande Maison de la Prédication ? Renoncer à ce que la Famille Dominicaine prenne chair est un luxe que non seulement nous appauvrit à nous dominicains mais qui appauvrit aussi l'Eglise qui attend tant du charisme dominicain et qui appauvrit tous les hommes spécialement les pauvres et les opprimés qui espèrent une parole de consolation de la part de ceux qui ont reçu le charisme de la prédication. Je crois que ceci est vrai. Nous partageons avec vous ce défi que nous pourrons relever en tant que Famille comme l'avait dit le précédent Maître de l'Ordre le frère Damian Byrne : « Qu'est-ce que nous ne pourrons pas faire si nous oeuvrons ensemble? ».

Le premier pas consiste à dialoguer et à nous dire si nous ne nous sommes pas trompés au moment de décrire ces défis. Merci à vous tous de nous laisser rêver chaque jour avec vous.
 

Home | Capitulaires | Discours | Journaux | Commentaires


 © 1998 Ordre des Prêcheurs
Chapitre Général, 1998
Page conçue par Paul-Dominique Masiclat OP
email: paul.masiclat@hol.fr