C h a p i t r e   G é n é r a l B o l o g n e   '9 8
Ordre des Prêcheurs

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14 juillet 1998

A l'approche du troisième millénaire, quels sont, pour moi, en tant que représentante des moniales, les principaux défis pour celles-ci par rapport à la Mission de l'Ordre ?

 

Chers frères et surs,

Je suis membre de la Commission des Moniales nommée en 1994 pour cinq ans. Cet exposé sera porteur des impressions reçues pendant mes visites dans presque tous les monastères de la région qui m'a été désignée. Je pense aux monastères du Portugal, de la République Tchèque, de Pologne et d'Autriche, du Luxembourg et des Pays-Bas, de Belgique et de Suisse, d'Irlande ­ et aussi de Luthuanie, où j'ai eu la grande joie de me rendre très récemment.

J'ai également à l'esprit en vous parlant les contacts établis avec les dix autres membres de la Commission des Moniales : nous nous sommes réunies deux fois- à Prouilhe en 1996 et en février de cette année.

Enfin, je pense aux réponses que j'ai reçues ces dernières semaines, provenant de monastères du monde entier. Quand Sr Margaret m'a demandé de préparer cet exposé, j'ai immédiatement contacté par fax autant de monastères que possible, en demandant aux surs quels étaient, selon elles, les principaux défis à l'approche du troisième millénaire. J'ai été surprise par le grand nombre de réponses que j'ai immédiatement reçues, et qui montre leur grand intérêt pour ce qui se passe dans l'Ordre, et pour la participation des moniales aux Chapitre généraux. Une sur écrit : &laqno; votre fax a fait sauter le bouchon qui fermait une bouteille contenant mes rêves »

 

 

Les principaux défis pour les moniales

 

Si nous regardons les Constitutions Fondamentales des Moniales, nous voyons que les moniales ne participent pas à la prédication de la Bonne Nouvelle de la même manière que les autres membres de l'Ordre. Voici ce que disent les Constitutions :

Les frères, les surs, et les laïcs de l'Ordre sont appelés à &laqno; prêcher le nom de notre Seigneur Jésus-Christ de par le monde » ; les moniales doivent le chercher, méditer et l'appeler dans la solitude afin que la Parole sortant de la bouche de Dieu ne revienne pas à lui sans effet mais accomplisse ce pour quoi elle a été envoyée (1.II)

La plupart des fax que j'ai reçus insistent sur l'importance pour nous de comprendre notre tâche spécifique en tant que Moniales de l'Ordre des Prêcheurs. Ce n'est que si nous comprenons la tâche qui nous est propre que nous pouvons vraiment participer à la mission de l'Ordre.

Nous devons aussi comprendre que chaque Ordre a son charisme et qu'il nous faut sans cesse approfondir notre charisme de moniales dominicaines. Nous devons comprendre que ce n'est pas la même chose d'être moniale de l'Ordre dominicain ou bien Carmélite, Clarisse, ou Cistercienne. Nous devons nous débarrasser du syndrome &laqno; je-ne-suis-pas-aussi-sainte-que-toi ».

 

Comment les moniales vont-elles relever ces défis ?

Je vais partager avec vous les convictions de plusieurs monastères ou moniales, en y ajoutant mes propres commentaires :

Nous devons veiller à vraiment prêcher à travers nos communautés. Nous voulons que les gens puissent partager notre prière, qu'ils célèbrent l'Office avec nous, et qu'ils participent à l'Eucharistie avec nous. C'est le souhait des moniales, mais c'est un problème pour certains monastères, par exemple à cause de la taille de la chapelle, ou bien si celle-ci est placée à l'intérieur des bâtiments du monastère.

Dans certains monastères les moniales prient dans le chur, alors que les gens sont en bas dans la chapelle. Dans d'autres, elles sont cachées dans le transept et l'on n'a pas l'impression de vraiment participer à la liturgie ensemble. Je sais que plusieurs monastères aimeraient beaucoup que cela change, mais qu'ils ne savent comment faire. Souvent, il ne suffit pas de déplacer les stalles ou de faire tomber les grilles.

Nous devons vivre notre vie ouvertement, pas dans un ghetto. Nous devons être une source de prière pour que tous les membres de l'Ordre puissent venir à nous et en être enrichis. Nous devons être ouvertes à la mission en vivant aux frontières, les frontières de l'annonce du Christ.

Nous ne pouvons pas nous renfermer dans nos propres besoins, et nous devons donc toujours revenir aux origines de l'Ordre et rechercher les sources qui nous permettront d'être véritablement le centre de la vie apostolique de l'Ordre.

A travers notre être nous voudrions être pour toutes les branches de l'Ordre un signe que le salut ne dépend pas seulement du &laqno; faire », du &laqno; travail », mais que la prière et la contemplation ­ si essentielles pour St Dominique ­ sont nécessaires pour que l'Ordre porte des fruits. Nous devons vivre comme des femmes de prière. L'Office divin a toujours été important pour la vie dominicaine.

Notre prière a besoin de silence. Ceci doit être pour nous une nécessité. Dans un monde où tant de gens se promènent dans la rue avec leurs walkmans et leurs téléphones portables, nous voulons vivre dans un climat de silence. Nous sommes convaincues que le monde a aussi besoin de silence.

Les moniales voudraient que leurs monastères soient des oasis de paix, des lieux de repos dans la vie trépidante des villes. Ceci implique que nous vivions une vie authentique, où la conversion peut prendre place. La conversion nous conduira à la source où nous trouverons l'eau vivifiante en abondance.

Prêcher à travers la communauté signifie aussi que nous soyons ouvertes aux besoins des autres : les gens nous demandent notre prière, et les moniales sont informées par les médias de ce qui se passe dans le monde. Les gens entrent en contact avec nous par lettre, par téléphone, ou en nous rendant visite.

Plusieurs monastères ont des hôtelleries plus ou moins grandes où l'on peut passer quelques jours en célébrant la liturgie avec les moniales. Nous, les moniales, nous devons être bien formées et informées pour répondre aux besoins des hommes et des femmmes d'aujourd'hui, les aider à affronter leurs problèmes, leur donner de bons conseils.

St Dominique a fondé l'Ordre pour réagir devant l'hérésie de son temps. Les hérésies d'aujourd'hui, comme le sécularisme et l'instabilité du mariage, sont pour nous le défi principal. Le rôle des moniales est de prier tout spécialement pour tout ce qui peut se présenter comme nouveau défi.

Nous devons être des prêcheurs d'espérance dans un monde où le pessimisme est très répandu. Nous pouvons être des prêcheurs d'espérance dans nos communautés. Nous pouvons être des prêcheurs d'espérance en utilisant les médias ­ les moniales ne devraient pas hésiter à écrire et publier des articles et des livres, ni à traduire. Certaines le font déjà, d'autres font de la photographie, de la peinture, ou de l'impression. Nous pouvons utiliser Internet pour être des prêcheurs d'espérance sans pour autant devenir des &laqno; frères au féminin ».

Nous devons tout spécialement nous battre contre deux tendances de notre temps, que nous rencontrons aussi bien à l'intérieur qu 'à l'extérieur du monastère : la sécularisation et le syncrétisme. Nous vivons dans un cadre de plus en plus sécularisé, et ceci peut facilement affecter notre manière de penser et de vivre notre vie religieuse, et notre manière de relever les défis et de résoudre nos problèmes. Nous devons être conscientes de cette tendance en nous-mêmes afin de ne jamais oublier les fondements et les éléments spirituels de notre vie. Nous ne devons jamais oublier de rechercher les remèdes spirituels qui peuvent nous aider. Nous devons mettre Dieu à la première place dans tout ce que nous faisons, et ne jamais penser que notre monastère puisse être administré comme une entreprise séculière.

L'autre danger est d'affronter le sécularisme ou le matérialisme de notre temps avec une spiritualité qui dit que tout a la même valeur ; &laqno; Ce que vous croyez n'a aucune importance, du moment que vous croyez à quelque chose. » En tant que Dominicaines, nous devons annoncer le Christ et ne jamais renoncer à la Vérité ni à la Foi de l'Eglise.

A l'approche du troisième millénaire, il est très important de donner à notre vie une priorité christocentrique. Nous devons réagir à la tendance d'oublier qu'il y a une Vérité. Comme Dominicaines, nous sommes appelées à proclamer cette vérité. Il y a, de nos jours, une tendance, même parmi les Catholiques, à oublier l'importance du Christ incarné.

Notre théologie est l'Evangile. Nous devons annoncer la Bonne Nouvelle ­ Dieu nous a sauvés ­ par notre manière de vivre. Nous ne témoignons pas toujours de cette Vérité. Ceci élimine la moralisation. Notre christianisme doit donc être positif et créatif. C'est très important quand nous nous trouvons en face de personnes marquées par une image négative de Dieu.

De nombreux dysfonctionnements ont leur racine dans une doctrine qui mélange les buts et les moyens. Il est très, très important que la formation des moniales soit fondée sur une bonne théologie et non sur une piété superficielle. Nos structures ne devraient pas reposer sur une coquille extérieure mais sur une saine liturgie et une vie de prière profonde. On raconte l'histoire de la prieure d'un monastère qui aurait dit, au cours d'un gros orage: &laqno; Mes surs, arrêtons là l'Office divin et commençons à prier. » Mais l'histoire ne dit pas s'il s'agissait d'un monastère dominicain.

Depuis le Chapitre Général d'Oakland en 1989, les moniales ont un Promoteur général nommé par l'Ordre, le fr. Viktor Hofstetter. J'aimerais profiter de cette occasion pour remercier le frère Viktor de tout ce qu'il fait pour les moniales. Nous sentons qu'il nous aime vraiment. Les contacts ont fait un saut de qualité grâce à ses visites personnelles, et depuis 1989, les moniales se connaissent beaucoup mieux entre elles. Le mandat du frère Viktor termine l'année prochaine : encore un enjeu pour les frères et les moniales. Nous espérons qu'une Province aura la générosité de permettre à l'un de ses frères d'être le nouveau Promoteur général pour les moniales. Nous lui en serons très reconnaissantes. Nous remercions aussi les quelques provinciaux qui ont nommé dans leur province un promoteur pour les moniales.

Depuis le Chapitre d'Oakland, une Commission des Moniales a aussi été constituée. Le mandat des onze membres de la commission terminera en mai de l'année prochaine.

Grâce à l'attention qu'ont portée aux surs les frères Damian, Timothy et Viktor, plusieurs régions ont dépassé leur peur de l'isolement et parviennent à garder leur identité dominicaine.

Je terminerai cet exposé en reprenant les mots du Christ : &laqno; Venez et voyez ! »

 

Les principaux défis pour la famille dominicaine

 

Les principaux défis pour la famille dominicaine sont, selon moi, que chaque membre de la famille dominicaine vive fidèlement la vocation qui lui est propre. Je ne crois pas qu'aucun mélange n'aide la mission de l'Ordre ou conduise à l'unité. Le document de Bologne sur la Famille Dominicaine de 1983 le dit très clairement. (Voir IDI Mai 1993 Document Bologne 3.2.)

Nous devons nous assurer que tous les membres de la famille dominicaine reçoive une formation doctrinale, spirituelle et apostolique solide.

Nous devrions tous travailler dans le but suivant : que tous ceux qui viennent en contact avec notre famille atteignent leur plein épanouissement, qu'ils puissent vivre leur vocation chrétienne d'épouse et d'époux, de parents, d'enfants, de professionnels, d'ouvriers, d'hommes politiques, etc.

Nous voudrions voir chaque branche de la famille dominicaine représentée dans tous les domaines. Nous devrions nous réunir, prier et célébrer ensemble. Les moniales devraient être impliquées dans ces rencontres :

Nous savons que beaucoup de discours signifient peu d'action et que le résultat pratique d'une discussion est souvent le contraire du but initial et de ce qui a été décidé. Nous devons apprendre en faisant.

Voilà ce que je voulais partager avec vous à propos de la Famille dominicaine.

 

Sr Maria Thomas Schniederberend
Commissions des Moniales
Monastère d'Oslo- Norvège

 

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