| C h a p i t r e G é n é r a l | B o l o g n e '9 8 |
| Ordre des Prêcheurs |
Manuel Merten OP
Email : op-teut-prov@netcologne.de
« Pour vous, ne vous faites pas appeler 'Rabbi' ; car vous n'avez qu'un Maïtre, et vous êtes des frères. N'appelez personne votre 'Père' sur la terre : car vous n'avez qu'un Père céleste. Ne vous faites pas non plus appeler 'Docteurs' : car vous n'avez qu'un Docteur, le Christ. Le plus grand parmis vous se fera votre serviteur. Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé. » (1)
« L'office confiée uniquement par le Seigneur à Pierre, le premier des apôtres, et qui devait être transmise à ses successeurs demeure dans l'Evêque de l'Eglise de Rome. Il est la tête du collège des évêques, le Vicaire du Christ, le Pasteur de l'Eglise Universelle sur la terre. Par conséquent, en vertu de sa charge il a le pouvoir suprême, complet, immédiat et universel dans l'Eglise. Il peut exercer librement ce pouvoir ».(2) 'Il n'y a ni appel, ni recours contre un jugement ou décret du Pontif Romain'.(3)
"Jésus plaça le Pape au dessus des prophètes, au dessus des angesˇ Jésus a placé le Pape au même rang que Dieu. Le Pape est Dieu sur la terre"(4).Selon moi, ce livre contient d'hérésie malgré son autorisation écclésiastique.
Bien sûr on pourrait me dire que j'ai choisi un exemple extrême. Cependant une chose est claire : puisqu'il s'agit d'un auteur qui aime son Eglise, on peut porter préjudice au Pape et à l'Eglise par un excès de dévotion à l'Eglise et à cause d'une fidélité éxagérée au Pape. Même au domaine de l'Eglise Mère, la vérité n'est pas immunisée d'erreure. Il faut seulement se souvenir des pouvoirs dérivés :
« Vous n'avez qu'un Maître et vous tous vous êtes des frères et soeurs »
L'autorité écclésiale de lier et délier encombe à toute hiérarchie qui agit in persona Christi. L'hiérarchie de l'Eglise tout comme les fidèles appartient à la même communauté. Ici nous avons une grande mérite du Concile Vatican II.
Tenant compte du fait indubitable que les concepts mondiaux de pouvoir et de gouvernment à partir du système législatif en Rome ancienne à l'absolutisme et feudalisme, ont joué le rôle de parrains au développement de la compréhension de l'Eglise au niveau de gestion et d'hiérarchie. Il n'est pas seulement permissible mais aussi impératif de poser la question :
« Est-ce que la constitution écclésiale peut faire justice à ce que Jésus Christ voulait et qu'il nous a montré par son exemple de vie ? »
Empruntant l'expression chère à Léornado Boff nous pouvons nous demander
« Si l'Eglise en tant qu'institution a réussi le test du pouvoir ? »
Je suis limité de pouvoir continuer cette question historiquement et systématiquement. Je pense que la plupart d'entre nous ici présentseront d'accord avec moi que certaines déclarations et promulgations de l'Eglise qui se sont basées sur cette thèse ont succumber à la tentatin de déclarer un fait comme 'données divines une fois pour toutes'. Faisons ici allusion, à certaines déclarations de l'Eglise longtemps démodées. On nous conseille la discretion. La confiance à la crédibilité de l'Eglise est en question ici.
Ecoutons Jourdain de Saxe : « En l'année de notre Seigneur 1220 le premier Chapitre Général de l' Ordre fut célébré à Bologne, et j'y participais. J'y vins de Paris avec trois frères ; car Dominique nous avait demandé par lettre que quatre frères de la maison de Paris soient envoyés au Chapitre de Bologne. A ce moment-là, cela ne faisait pas encore deux mois que j'étais entré dans l'Ordre. Pendant ce Chapitre il fut décidé, par un commun accord de tous les frères, que le Chapitre général serait célébré une année sur deux à Bologne, et l'autre à Parisˇ Nous prîmes aussi de nombreuses autres décisions, qui restent valables aujourd'hui. »(6).
C'est ainsi que commença ce qui nous distingue encore et qui fait de nous un exemple dans l'Eglise: nous aimons la démocratie et nous sommes persuadés que c'est un mode de gouvernement qui convient pour l'Eglise. Nous sommes fiers qu'il en soit ainsi parce que nous voulons être crédibles quand nous entonnons le "prélude biblique" : Il n'y a qu'un seul Maître - le Seigneur lui-même. Tous les autres sont frères. Lorsque Jourdain de Saxe définit: " en Chapitre les choses sont règlées ˇ et décidées avec le consentement commun de tous les frères", il s'agit vraiment d'un principe fondamental.
Je suis ému de me tenir en ce moment à l'endroit où Dominique dit à ses frères rassemblés: "je mérite d'être déssaisi de cette charge, car je suis trop faible et incapable de l'exercer."
Une telle citation montre clairement que pour Dominique, le Chapitre n'était pas une réunion où il appelait ses fils pour leur donner des ordres ou des conseils spirituels. Nous voyons par cette affirmation que pour lui, l'organe de l'Ordre investi de la plus haute autorité de gouvernement n'était pas le fondateur, mais le groupe des frères prêcheurs rassemblés.
C'est un vrai bijou que nous a ainsi laissé le Chapitre de Bologne de 1220 avec cette façon de comprendre le gouvernement et la structure de l'Ordre des Prêcheurs. Il appartient autant à notre charisme de conserver et de développer ce bijou, et de le faire fructifier pour l'Eglise et dans l'Eglise, que de remplir le service de la prédication. Je crois que ces deux éléments sont très étroitement liés. Comment autrement Pedro de Cordoba aurait-il pu donner au Viceroy cette réponse si percutante, témoignant de sa liberté intérieure : « le monastère est le sermon » ?
Il y a quelques années j'ai prononcé un discours lors de la fête anniversaire d'une école. Comme cette école est dirigée par l'Ordre dominicain, on m'a invité à parler des constitutions de l'Ordre. Entre autres choses, j'ai évoqué les charges que l'on exerce pour une période limitée, les élections et les scrutins, les conseils et les chapitres etc. Il y avait plusieurs évêques parmi les invités à ces festivités. Et maintenant je reviens à mon hypothèse, à savoir que de nombreux membres de la « hiérarchie » ne savent pas qu'il existe au sein de l'Eglise Romaine Catholique hiérarchiquement constituée un modèle d'église démocratique.
En tout cas, après mon discours les évêques présents ont admis : « Ce que vous venez de dire nous était inconnu. » L'un d'entre eux alla même plus loin. Il ajouta, et tout le monde l'entendit : « Savez-vous, Père, que nous, les membres de la Conférence épiscopale allemande, et pas seulement nous, nous pourrions apprendre beaucoup à partir de tout celaˇ »
Selon nous, nous devrions faire ceci à
un niveau formel, par exemple en envisageant les possibilités d'une
plus forte légitimisation démocratique des socii magistri
ordinis. Mais surtout nous devons agir au niveau du contenu, afin que notre
démocratie se développe non seulement formellement mais avec
la perfection inspirée de l'Esprit de Dieu.
Je suis heureux d'avoir eu l'occasion
d'essayer de réunir quelques unes des expériences que nous
avons vécues dans de nombreux endroits différents et de les
mettre au service de l'Ordre dans son entier, dans l'esprit du premier
chapitre, et après 800 ans de tradition démocratique. J'espère
que nous pourrons décider, ici et maintenant, avec le commun accord
de tous les frères, des choses qui garderont longtemps leur validité.
1. Mt
23, 8-12 (Jerusalmem Bible version)
2. Can
331 (CIC 1983)
3. Can
333 § 3 (CIC 1983)
4. L.
Bertetto, S. Giovanni Bosco, Meditazioni, Turin 1955, p. 90
5. Vicaire,
Marie-Humbert, The Genius of St. Dominic, Nagpur (India) o.J., p.41
6. Master
Jordan, Das Buch von den Anfangen des Predigerordens, translated from the
Latin by Sr Mechthild Dominika
Kunst O.P., Bücher für Glauben
und Leben: Dokumentarishe Reihe Volume 1, here: nr.86 and 87, p. 49
7. Comparer
avec Ga 5, 1 et 13
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© 1998 Ordre des Prêcheurs
Chapitre Général, 1998 Page conçue par Paul-Dominique Masiclat OP email: paul.masiclat@hol.fr |