e
bruit est parvenu à nos oreilles qu'une telle
quantité d'apostats s'est multipliée dans
la province de Narbonnaise que, par la défaillance
du glaive matériel, on méprise le spirituel,
et que la corruption des vignes à verjus [cf.
Is. V, 4] s'insinue jusqu'aux plants [Nahum, ii, 2]
catholiques, parce que, pour protéger ceux qui
n'ont pas encore coulé comme du plomb [Ex. xv,
10] dans la mer pestilentielle, pour relever s'il est
possible ceux qui gisent déjà dans les
cachots de l'aveuglement, on ne trouve personne qui
se dresse comme une muraille pour la maison du Seigneur
et ose monter sur les brèches [Ez. xiu, 5].
Il est vrai que la nouvelle de la folie de ces figuiers
stériles est parvenue jusqu'à l'oreille
de quelques religieux et les a animés dans leur
courage à détourner contre les hérétiques
les sources de leur science et à distribuer leurs
eaux avec la ferveur de l'esprit sur les places publiques
[Prov. v, 16]; mais parce qu'ils n'ont personne qui
leur donne mission [Rom. x, 15] et qu'ils n'osent assumer
de leur propre autorité l'office de prêcheurs,
pour ne pas partager l'héritage de Dathan et
d'Abiron que la terre engloutit vivants [Num. xvi, 32
et Deut. xi, 6], il ne se trouve finalement personne
qui présente la cause de Dieu au peuple qui dérive.
Parce
que le zèle de sa maison nous dévore [Ps.
LXVIII, 10], nous, auquel il a concédé
sans que nous l'ayons mérité de siéger
dans la plus haute guette [Is. xxi, 8] et qui voulons
être faible avec les faibles [I Cor. ix, 22] et
donner des conseils paternels qui apportent le remède
aux blessures et soignent autant qu'il est en notre
pouvoir la plaie tuméfiée [Is. I, 6],
nous ordonnons et prescrivons à ta discrétion,
par cet écrit apostolique, de t'occuper d'enjoindre
- en rémission de leurs péchés
- à des hommes éprouvés que tu
verras propres à remplir cet office, qui n'hésiteront
pas, en imitant la pauvreté du Christ pauvre,
à aborder les gens méprisés dans
une tenue méprisée mais avec un esprit
plein d'ardeur, de leur enjoindre d'aller sans retard
aux hérétiques et de les rappeler si bien
de leur erreur, si le Seigneur veut bien le concéder,
par l'exemple de leur agir et l'enseignement de leur
dire, que (si la fréquence de leur faute n'a
pas durci leur front dans l'impudence au point qu'on
puisse avec raison redire à leur sujet : «
Vous avez acquis un front de courtisane et n'avez pas
voulu rougir » [Jér. III, 3]) ils aient
la joie de posséder un jour, ce dont le mot de
l'Evangile leur donne l'espérance : « N'aie
pas de crainte petit troupeau, car il a plu à
mon Père [de te donner le royaume] » [Luc
XII, 32]. Alors ces mêmes religieux verront s'accomplir
en eux la sentence de Salomon : celui qui reprend les
actions mauvaises de l'homme recevra davantage de grâce
que celui qui dit d'agréables paroles [Prov.
xxiv, 24-25] et reviendront remplis de joie en rapportant
les gerbes issues de la semence qu'ils auront répandue
[Ps. Cxxv, 6].
Donné au Latran, le XV des calendes de décembre,
la IX° année. 
Haut de la page