Au
nom de Notre Seigneur Jésus-Christ.
ous
portons à la connaissance de tous, présents
et à venir, que nous Foulques, par la grâce
de Dieu humble ministre du siège de Toulouse,
nous instituons comme prédicateurs dans notre
diocèse frère Dominique et ses compagnons,
afin d'extirper la corruption de l'hérésie,
de chasser les vices, d'enseigner la règle de
la foi et d'inculquer aux hommes des moeurs saines.
Leur programme régulier est de se comporter en
religieux, d'aller à pieds, dans la pauvreté
évangélique, en prêchant la parole
de vérité évangélique.
Mais parce que l'ouvrier mérite sa nourriture
[Matth. x, 10] et qu'on ne saurait museler le boeuf
qui foule le grain [1 Cor. Ix, 9], à plus forte
raison celui qui prêche l'Evangile doit-il vivre
de l'Evangile [I Cor. Ix, 14]. Nous voulons donc que
ces ouvriers, lorsqu'ils iront prêcher, reçoivent
du diocèse la nourriture et tout le nécessaire.
Avec le consentement du chapitre de l'église
du Bx Etienne et du clergé diocésain de
Toulouse, nous assignons à perpétuité
aux susdits prédicateurs et à ceux que
le zèle du Seigneur et l'amour du salut des âmes
armeraient pour accomplir de la même manière
le même office de prédication, la moitié
de cette troisième partie de la dîme qui
est affectée à l'ameublement et à
la fabrique de toutes les églises paroissiales
qui dépendent de nous. Ainsi pourront-ils se
vêtir, se procurer ce dont ils ont besoin durant
leurs maladies et se reposer quand ils le voudront.
A la fin de l'année, s'il reste quelque superflu,
nous voulons et statuons que celui-ci soit réservé
pour l'embellissement des mêmes églises
paroissiales ou pour l'usage des pauvres, selon que
l'évêque le jugera opportun.
Puisque le droit prévoit qu'une partie notable
des dîmes doit toujours être assignée
et distribuée aux pauvres, il est évident
que nous sommes tenus d'assigner de préférence
une partie des dîmes à ceux qui, pour le
Christ, ont choisi la pauvreté évangélique
et s'efforcent ainsi, non sans labeur, d'enrichir tous
et chacun des dons célestes, tant par leur exemple
que par leur doctrine. Ainsi les fidèles dont
nous moissonnons les biens temporels nous mettront-ils
en mesure de semer, par nousmêmes et par d'autres,
les biens spirituels en toute convenance et opportunité.
Donné en l'an de l'Incarnation 1215, sous le
règne de Philippe, roi des Français, le
comte de Montfort tenant la principauté de Toulouse
et le même Foulques y étant évêque.
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