§
I. Le projet de l'Ordre s'exprime en ces termes dans
une bulle du pape Honorius III à Dominique et
à ses frères: « Celui qui ne
cesse de féconder son Église par de nouveaux
croyants (1), voulut conformer nos temps modernes à
ceux des origines et diffuser la foi catholique. Il
vous inspira donc le sentiment d'amour filial par lequel,
embrassant la pauvreté et faisant profession
de vie régulière, vous consacrez toutes
vos forces à faire pénétrer la
parole de Dieu, tandis que vous évangélisez
par le monde le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. »
(2)
§
II. Car l'Ordre des Frères prêcheurs fondé
par saint Dominique « fut, on le sait, dès
l'origine spécifiquement institué pour
la prédication et le salut des âmes »
(3). Que nos frères par conséquent, fidèles
au précepte de leur fondateur, « se
comportent partout en hommes qui cherchent leur salut
et celui du prochain, en toute perfection et esprit
religieux; comme des hommes évangéliques
qu'ils suivent les pas de leur Sauveur et ne parlent
qu'à Dieu ou de Dieu, en eux-mêmes ou à
leur prochain » (4).
§
III. Afin de croître en suivant ainsi le Christ
dans l'amour de Dieu et du prochain, nous nous consacrons
totalement à Dieu par la profession qui nous
incorpore à notre Ordre et nous voue à
l'Église d'une façon nouvelle, « en
nous députant totalement à l'évangélisation
de la parole de Dieu » en son intégrité
(5).
§
IV. Ayant part de la sorte à la mission des Apôtres,
nous assumons aussi leur vie sous la forme conçue
par saint Dominique, nous efforçant de mener
la vie commune dans l'unanimité, fidèles
en notre profession des conseils évangéliques,
fervents dans la célébration commune de
la liturgie, spécialement de l'Eucharistie et
de l'office divin, ainsi qu'en la prière, assidus
à l'étude, persévérants
dans l'observance régulière. Les valeurs
ainsi réunies n'ont pas pour seul effet de glorifier
Dieu ou de nous sanctifier, elles travaillent aussi
directement au salut des hommes, car toutes ensemble
elles nous préparent et nous poussent à
la prédication, à laquelle elles confèrent
son mode particulier et de laquelle elles reçoivent
le leur. Ces valeurs élémentaires solidement
unies entre elles, harmonieusement équilibrées
et fécondées les unes par les autres,
constituent par leur synthèse la vie propre de
l'Ordre, la vie apostolique au sens intégral
du terme, dans laquelle la prédication et l'enseignement
de la doctrine doivent procéder de l'abondance
de la contemplation.
§
V. En notre qualité de coopérateurs de
l'ordre des évêques, de par l'ordination
sacerdotale, nous avons pour office propre la charge
prophétique dont la mission est d'annoncer partout
l'Évangile de Jésus-Christ par la parole
et l'exemple, en tenant compte de la situation des hommes,
des temps et des lieux, et dont le but est de faire
naître la foi, ou de lui permettre de pénétrer
plus profondément la vie des hommes en vue de
l'édification du Corps du Christ, que les sacrements
de la foi amènent à sa perfection.
§
VI. La mission de l'Ordre et la forme de sa communion
fraternelle déterminent la figure de sa société
religieuse. Puisque le service de la parole et des sacrements
de la foi est un office sacerdotal, l'Ordre est une
religion de type clérical, dont les frères
coopérateurs, qui exercent d'une manière
spéciale le sacerdoce commun, partagent eux aussi
la mission de multiples façons. D'autre part,
la profession solennelle qui lie en tout et pour toujours
chaque prêcheur à la vie et à la
mission du Christ, manifeste qu'il est totalement député
à la proclamation de l'Évangile par la
parole et par l'exemple.
Envoyé
prêcher à toutes les nations, collaborant
avec l'ensemble de l'Église, l'Ordre est universel.
Pour remplir cette mission d'une façon mieux
adaptée, il jouit de l'exemption et possède
grâce à son chef, le Maître général
auquel tous les frères sont immédiatement
reliés par leur profession, une puissante unité,
car les études autant que l'évangélisation
réclament la disponibilité de tous et
de chacun.
En
vue de cette mission, l'Ordre affirme et promeut chez
les frères la grâce personnelle et le sens
des responsabilités. Chaque frère en effet,
dès la fin de sa formation, est traité
en adulte qui enseigne les autres et s'acquitte dans
l'Ordre de multiples fonctions. Pour cette raison, l'Ordre
a décidé que ses lois n'obligent pas à
peine de péché, voulant que les frères
les assument par un jugement de sagesse, « non
comme esclaves sous la loi, mais comme libres sous la
grâce » (6).
C'est
encore en fonction de la fin que le Supérieur
a le pouvoir de dispenser « chaque fois qu'il
l'estime opportun, principalement en tout ce qui pourrait
faire obstacle à l'étude, à la
prédication ainsi qu'au bien des âmes »
(7).
§
VII. La communion et la mission universelle de notre
société religieuse configurent aussi notre
type de gouvernement. Ce qui domine en lui est la collaboration
organique et équilibrée de toutes les
parties dans la visée de la fin de l'Ordre. En
effet, l'Ordre ne reste pas limité à la
fraternité conventuelle, qui forme cependant
sa cellule de base; il s'épanouit en des communions
de couvents qui constituent les provinces, et dans la
communion des provinces par laquelle il est lui-même
constitué. C'est pourquoi son pouvoir, qui est
universel dans la tête, c'est-à-dire dans
le Chapitre et le Maître général,
se trouve proportionnellement participé par les
provinces et les couvents, dotés chacun de l'autonomie
convenable. Notre gouvernement, par conséquent,
est communautaire à sa propre façon. Les
Supérieurs reçoivent à l'ordinaire
leur charge par l'élection que font les frères
et que le Supérieur immédiat confirme.
En outre, lorsqu'il s'agit d'affaires d'importance,
les communautés participent de multiples manières
à l'exercice de leur propre gouvernement par
le chapitre ou le conseil.
Ce
gouvernement communautaire est particulièrement
apte à promouvoir l'Ordre et à la rénover
fréquemment. Les Supérieurs, et les frères
par leurs délégués, s'occupent
communément, en des chapitres généraux
de provinciaux et de définiteurs qui jouissent
des mêmes droits et libertés, du progrès
de l'Ordre en sa mission et de sa rénovation
efficace. Ce n'est pas seulement l'esprit de conversion
chrétienne permanente qui réclame cette
mise au point continue; c'est la vocation même
de l'Ordre qui le presse d'assumer à chaque génération
sa présence authentique au monde.
§
VIII. Le projet fondamental de l'Ordre et la forme de
vie qui en découle gardent leur prix à
tous les âges de l'Église. Mais notre tradition
nous convainc qu'il est urgent au plus haut point de
les comprendre et de leur donner tout leur poids dans
les situations où l'évolution du monde
et les mutations s'accélèrent. Dans cette
conjoncture, il appartient à l'Ordre de se renouveler
en toute force d'âme et de s'adapter, en sachant
discerner et éprouver ce qu'il y a de bon et
d'utile dans les aspirations des hommes et en les assumant
dans l'immuable équilibre des éléments
fondamentaux qui intègrent sa vie.
Ces
éléments ne peuvent être substantiellement
modifiés chez nous, car ils doivent inspirer
les façons de vivre et de prêcher qui correspondent
aux nécessités de l'Église et des
hommes.
§
IX. La famille dominicaine rassemble les Frères
clercs et coopérateurs, les Moniales, les Soeurs,
les membres des Instituts séculiers et des Fraternités
de prêtres ou de laïcs. Sauf réserve
expresse, les constitutions et ordinations qui suivent
ne concernent que les Frères. Leurs prescriptions
doivent assurer d'une telle façon l'unité
nécessaire de l'Ordre, qu'elles n'excluent pas
la nécessaire diversité prévue
par la législation elle-même. 
Notes
1.
Oraison du Vendredi Saint pour les catéchumènes.
2. Honorius III à saint Dominique, bulle du
18-1-1221.
3. Premières Constitutions O.P., Prologue.
4. Ibid., Dist. II, ch. XXXI.
5. Honorius III à tous les prélats
de l'Église, bulle du 4-11-1221.
6. Règle de saint Augustin, ad finem.
7. Premières Constitutions O.P., Prologue.
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