I.
PROLOGUE
A.
But et destinataires de la Ratio formationis generalis
1. La Ratio formationis generalis (RFG) veut répondre
à la demande de L.C.O. 163. Elle ne fait que
rappeler et développer les prescriptions de L.C.O.
154 à 251 en décrivant surtout l'esprit
et le cadre nécessaires de la formation institutionnelle
et religieuse dans notre Ordre. Elle tire également
quelques conclusions d'ordre pratique.
2. La RFG se limite aux principes fondamentaux d'une
formation intégrale à la vie dominicaine
et son objet est surtout la formation institutionnelle
ou initiale.
3. À chaque Province d'adapter les principes
généraux et de remplir les structures
de base données par cette RFG dans la Ratio formationis
particularis répondant aux besoins spécifiques
et à la situation concrète de la Province.
4. La RFG s'adresse tout d'abord aux frères chargés
de l'initiation et de la formation des jeunes frères
à la vie dominicaine, pour les guider dans leur
tâche.
5. En second lieu la RFG rappelle leur responsabilité
aux membres des communautés de formation.
6. Enfin les frères en formation y trouveront
les principes fondamentaux de leur propre formation
dont ils sont les premiers responsables.
B.
De la formation en général
7. Souvent, dans notre Ordre, nous parlons de formation
quand il s'agit de l'étude. Plus souvent encore,
nous réservons ce terme à une seule étape
de notre vie. En réalité, la formation,
c'est-à-dire le fait d'être disciple et
de le savoir, d'avoir toujours à apprendre et
à nous renouveler, doit être un élément
caractéristique de notre vie dominicaine.
8. À ce renouveau, à cette croissance,
nous sommes invités par la Parole de Dieu, l'Église
et nos Constitutions, nos frères, sans oublier
les hommes auxquels nous sommes envoyés annoncer
la Bonne Nouvelle du salut.
9. Dans nos vies, la formation prend des modalités
spécifiques quand il s'agit d'un postulant, d'un
novice, d'un frère étudiant, d'un frère
engagé pleinement dans le ministère ou
d'un frère âgé qui ne peut plus
prêcher.
10. Le premier degré de la formation s'appelle
formation institutionnelle ou initiale.
11. Mais à chaque étape de notre vie il
convient de mettre en lumière la nécessité
de la formation. Il est en effet des réalités
– la prière, par exemple – qui meurent
en nous quand nous cessons de les apprendre.
12. La Parole de Dieu que nous fréquentons, les
études que nous poursuivons, les hommes et les
femmes que nous rencontrons, les mentalités qui
nous interpellent, les lieux et les événements
dans lesquels nous sommes immergés nous provoquent
à une formation permanente.
13. La communauté conventuelle et provinciale
doit être un lieu de grande importance pour cette
formation.
14. Par sa nature, la communauté dominicaine
doit nous inciter à demeurer en formation toute
notre vie. Les chapitres réguliers, les échanges,
l'entraide fraternelle, la prédication conventuelle,
les supérieurs doivent nous y aider.
15. La prière personnelle et la liturgie de la
communauté, la vie apostolique, la vie commune,
l'étude et la pratique des conseils évangéliques
nous maintiennent sur le chemin où Dieu nous
a appelés et ne cesse de nous appeler et nous
rendent toujours plus humains à l'image de Jésus.
16. Néanmoins c'est au candidat lui-même
qu'incombe la responsabilité première
de sa formation dans une libre coopération avec
la grâce de la vocation reçue de Dieu et
sous la conduite du Père Maître et des
autres formateurs (cf. L.C.O. 156).
17. Au Prieur provincial dans sa Province et au Prieur
conventuel dans son couvent, il revient de veiller à
ce que l'esprit de formation demeure vivant et actuel.
18. La responsabilité des différents degrés
de la formation initiale incombe à ceux qui en
ont été chargés.
II. L'ESPRIT DE LA FORMATION INITIALE
A.
Valeurs et éléments fondamentaux de la
vie dominicaine
19.
La formation qu'un jeune homme qui frappe à notre
porte est en droit de recevoir et que nous devons lui
transmettre comme nous l'avons nous-mêmes reçue
est l'intégration progressive dans la vie dominicaine,
décrite dans la Constitution fondamentale, structurée
et animée par nos Constitutions et les textes
des chapitres généraux et provinciaux.
20. Saint Dominique a fondé son Ordre dans le
but de l'évangélisation. L'Évangile
et sa diffusion sont ainsi au centre de son projet.
L'expérience, dans la contemplation, d'avoir
été saisi par l'Evangile qui est message
de salut pour lui et pour tous les hommes – Dominique
prie devant le crucifié, le Sauveur qui offre
sa vie pour tous – ainsi que le fait d'avoir été
touché par la souffrance et la misère
dans le monde, poussent Dominique à engager toute
sa vie pour faire connaître l'Evangile et offrir
aux autres le salut. L'étude est ordonnée
à cette tâche, de même que la pauvreté
individuelle et communautaire. Dans le couvent comme
communauté fraternelle, l'Evangile prend une
forme concrète. La structure propre à
l'Ordre est basée sur la corresponsabilité
de tous pour le projet commun.
21. Les valeurs et éléments fondamentaux
de la vie dominicaine à transmettre aux jeunes
frères sont les suivants :
– le zèle pour la diffusion de l'Évangile
comme message de salut, nourri par le fait d'avoir été
saisi par l'Evangile de la compassio de Dieu et par
la souffrance dans le monde,
– la vie commune: le fait de porter le projet
commun dans une responsabilité partagée
; partage non seulement des biens matériels,
mais de tout ce qui fait notre vie (cf. Walberberg 76s).
La communauté est ainsi par son existence et
par ses engagements Iesu Christi prædicatio,
– l'étude en vue de l'évangélisation,
c'est-à-dire au service d'une saisie plus profonde
de l'Evangile et d'une compréhension des hommes
dans leurs situations de détresse,
– un style de vie correspondant aux valeurs de
l'Évangile, particulièrement en ce qui
concerne le pardon mutuel et le soutien dans notre vie
chrétienne et notre engagement religieux dans
les circonstances du monde d'aujourd'hui. Fidèle
aux exhortations des chapitres de Walberberg et d'Avila,
notre pauvreté témoignera d'une certaine
austérité de vie et d'une solidarité
pratique avec les pauvres, notre chasteté sera
une vie de célibat total au service des autres,
notre obéissance sera une obéissance responsable
où ni l'individualisme ni l'autoritarisme ne
sera la norme,
– l'évangélisation perpétuelle
de sa propre vie et de son coeur dans la contemplation
comme appropriation personnelle de la Parole de Dieu.
La synthèse, ou plutôt l'unité en
tension de ces valeurs et éléments fondamentaux,
sans cesse à découvrir et à réaliser
à nouveau, constitue la spécificité
de la vie dominicaine.
B.
Le processus d'intégration dans la vie dominicaine
22.
L'intégration dans la vie dominicaine est progressive.
Elle ne doit pas moins comporter, en toutes ses étapes
et selon des modalités appropriées, tous
les éléments qui composent notre vie.
23. L'intégration dans la vie dominicaine s'insère
pour certains frères dans le cadre de la recherche
et de la découverte de leur identité personnelle.
C'est pourquoi cette recherche d'identité personnelle
comme homme et comme chrétien et l'identité
dominicaine s'interpénètrent.
24. Ainsi le noviciat qui est, par priorité,
un temps de croissance spirituelle et de découverte
de la vie communautaire, doit également comprendre
un éveil aux problèmes apostoliques. Durant
le temps du studentat, quand les études institutionnelles
ainsi que des activités apostoliques plus larges
s'ajoutent, il faut que ces éléments trouvent
une intégration harmonieuse.
25. En respectant les étapes de la formation
initiale et les priorités que comportent chacune
d'elles, on doit veiller à ce que la globalité
de la vie dominicaine (l'unité en tension des
valeurs et éléments fondamentaux) demeure
présente. Que l'étude ne se fasse pas
au détriment de la vie de prière et que
la tension entre vie communautaire et étude d'une
part, vie apostolique d'autre part ne soit pas résolue
par le rejet de l'un ou l'autre de ces éléments.
26. De plus, la formation initiale n'est pas seulement
l'apprentissage d'un comportement ou la transmission
d'un savoir, elle est la tradition d'un mode d'être,
d'un esprit et d'une mentalité propre, ce que
l'on appelle « l'évangélisme dominicain»
qui consiste dans une certaine manière de «
parler de Dieu ou avec Dieu » et dans un style
particulier de vie communautaire et d'attention aux
problèmes de notre temps.
C.
Le cadre de la formation dominicaine
27.
Autant que possible, il importe que l'initiation à
la vie dominicaine se fasse dans un couvent tel que
le décrivent nos constitutions (cf. L.C.O. 161s).
28. On évitera de garder un seul novice dans
un noviciat ou trop peu d'étudiants dans une
Province avec l'argument de ne pas vouloir les déraciner.
En ce domaine, la collaboration interprovinciale à
l'intérieur d'une même aire culturelle
peut et doit jouer.
29. Dans des aires où cette coopération
n'est pas possible pour des raisons culturelles, géographiques
ou autres, la permission d'établir de nouveaux
modèles de formation doit être demandée
au Maître de l'Ordre et les modèles approuvés
par lui.
30. Dans la Constitution fondamentale, notre Ordre affirme
sa vocation universelle. Par ailleurs nous sommes de
plus en plus conscients des cultures et des mentalités
particulières desquelles sont issus les candidats.
La formation initiale a donc la double tâche d'intégrer
ces cultures et ces mentalités, dans la mesure
où elles disposent déjà à
l'accueil et à l'annonce de l'Évangile,
et d'ouvrir simultanément à une communion
plus large et donc plus catholique.
31. On veillera cependant à ne pas déraciner
les jeunes frères venant des nouvelles Eglises.
On pourra envisager le noviciat et même les études
institutionnelles dans les vicariats régionaux
qui remplis-sent les conditions exprimées ci-dessous
au chapitre « noviciat» ou qui peuvent fournir
un programme d'étude partiel ou entier conforme
à la Ratio studiorum generalis de l'Ordre.
III. LES ÉTAPES DE LA FORMATION INITIALE
A. Le pré-noviciat (ou le postulat)
32.
Le pré-noviciat (ou postulat) est la première
des étapes qui conduisent l'aspirant à
la profession solennelle.
33. Cette étape n'a jamais eu dans l'Ordre le
même caractère institutionnel que les autres.
Une certaine latitude est laissée aux Provinces
sur la manière et la durée, ainsi que
sur le lieu de la «préparation au noviciat»
(cf. L.C.O. 167).
34. Cette préparation au noviciat nous paraît
cependant importante pour le bon déroulement
de la formation. Depuis le Concile et Renovationis causam
de nombreux Ordres, Congrégations et monastères
ont mieux perçu la nécessité et
le bien-fondé de ce temps préparatoire
au noviciat proprement dit.
35. « La plupart des difficultés rencontrées
de nos jours dans la formation des novices proviennent
du fait que ceux-ci ne possédaient pas, au moment
de leur admission au noviciat, le minimum de maturité
nécessaire. Une préparation au noviciat
s'avère donc de plus en plus indispensable...
» (Renovationis causam I,4).
36. La durée, la forme et le lieu du pré-noviciat
seront déterminés par le chapitre provincial
ou par le Prieur provincial en son conseil (L.C.O. 167).
Généralement il ne devrait pas dépasser
un an et il peut se dérouler dans une maison
autre que celle du noviciat où la vie de l'Ordre
soit observée de sorte que le mode de vie soit
mieux adapté à la croissance de chaque
candidat et aux besoins de cette période de,
transition. La Ratio formationis particularis déterminera
les détails de la formation pendant le pré-noviciat.
37. [vacat]
38. Le pré-novice reçoit de manière
adaptée une catéchèse approfondie
théorique et pratique (foi–sacrement) et
une initiation aux relations personnelles dans le cadre
de la vie commune.
39. Le passage à l'état religieux requiert
une certaine finesse de compréhension des jeunes
et de leur monde. Le pré-noviciat doit ménager
une transition progressive de la vie séculière
à la vie dominicaine tenant compte du temps nécessaire
à une progressive adaptation spirituelle et psychologique
et doit aider le candidat aux changements nécessaires
qu'il devra assumer lors de son entrée dans la
vie religieuse.
40. Il est souhaitable que le pré-novice visite
et connaisse plusieurs communautés de la Province
dans laquelle il va entrer.
41. Au cours du pré-noviciat on invitera le candidat
à rencontrer un psychologue particulièrement
averti en matière de vie religieuse. Il s'agit
d'une matière très délicate et
on doit respecter soigneuse-ment les droits des individus
(cf. Can. 646, 220). Cette aide peut être très
utile pour guider les candidats dans leur croissance
future comme êtres humains et religieux, en même
temps qu'elle sert la commission d'admission à
prendre sa décision. Cependant il doit être
clairement compris que cette évaluation ne doit
pas usurper lafonction de la commission d'admission.
Le droit d'admettre le candidat appartient toujours
à la Province (L.C.O. 171).
42. Le responsable du pré-noviciat fournira un
rapport sur le candidat au Maître des novices
ainsi qu'à la commission d'admission. Ce rapport
sera transmis au Prieur provincial en même temps
que le résultat du vote de la commission d'admission.
B.
L'admission au noviciat
43. Les Provinces doivent user au maximum des possibilités
que donne notre droit de vérifier l'aptitude
des aspirants à entreprendre un noviciat.
44. Outre l'évaluation du temps du pré-noviciat
par le responsable du pré-novice, il y aura un
examen de l'aspirant par les membres de la commission
d'admission sous la responsabilité du Prieur
provincial (cf. L.C.O. 173 § II).
45. Qu'on applique sérieusement pour cette évaluation
et pour cet examen les critères indiqués
dans Can. 642 et L.C.O. 155. D'une importance capitale
sera la capacité d'apprendre de l'aspirant et
son ouverture progressive au projet dominicain (cf.
Rome 245).
46. On veillera à ce que les examens par le comité
d'admission et le Prieur provincial ne soient pas de
pures formalités (cf. L.C.O. 173 § II).
Peuvent être membres de cette commission ceux
qui ont accompagné les aspirants et qui les connaissent.
47. Le Maître des novices vérifiera soigneusement
avant l'admission si toutes les conditions demandées
par le droit commun (cf. Can. 643) et nos constitutions
(cf. L.C.O. 168s) sont remplies.
48. Il veillera à accomplir avec soin les démarches
préalables exigées par le droit (dimissoriales
pour les clercs, indults pour membres d'autres rites,
dispenses, etc.) et il se chargera aussi d'obtenir tous
les autres documents nécessaires (cf. Can. 645
et L.C.O. 170).
49. Pour les aspirants qui ont quitté notre Ordre
et qui demandent une réadmission, on suivra les
normes de L.C.O. 168.
50. Lorsqu'un aspirant a déjà été
refusé au noviciat, il ne pourra pas être
validement reçu dans une autre Province sans
que celle-ci ait obtenu un rapport écrit du Provincial
de la Province qui l'avait re-fusé. Ce document
sera soumis au Provincial et à la commission
d'admission de la Province dans laquelle il pose sa
candidature.
51. Le comité d'admission aura toujours le droit
de refuser quelqu'un à qui le conseil provincial
a permis de présenter sa candidature.
C.
Le noviciat
52. Le noviciat constitue la première phase d'intégration
institutionnelle dans l'Ordre des Prêcheurs.
53. Les normes de L.C.O. 178 § III et IV déterminent
la durée du noviciat.
54. L'entrée au noviciat est précédée
par des exercices spirituels (cf. L.C.O. 178 §
1). Là où elle ne coïncide pas avec
la prise d'habit (cf. L.C.O. 176), l'entrée au
noviciat est marquée par une liturgie communautaire
qui manifeste visiblement l'accueil du pré-novice
dans l'Ordre.
55. Il est nécessaire de signifier au novice
qu'il est dès son entrée au noviciat sous
la responsabilité du Maître des novices
(cf. L.C.O. 181) pour tout ce qui concerne la vie du
noviciat (cf. Can. 652, 2).
56. Durant le temps du noviciat, le novice doit prendre
conscience qu'il est le premier responsable de sa formation
et de son intégration dans l'Ordre (cf. L.C.O.
156).
57. De cette formation, le Maître des novices
est l'initiateur et l'animateur. A lui revient le discernement
(cf. L.C.O. 186). Il est aidé par des assistants
et un conseil de formation (cf. L.C.O. 158).
58. La communauté d'accueil et plus largement
la Province toute entière ont leur rôle
à jouer dans l'intégration et la formation
des no-vices, selon les modalités que le Maître
des novices et le Prieur provincial veilleront à
déterminer et à rappeler.
59. Le temps du noviciat est un temps d'apprentissage
de la vie dominicaine en ses diverses composantes, avec
une priorité effective accordée à
la découverte de la vie spirituelle et de la
vie communautaire.
60. Cela exige une entrée progressive et contrôlée
dans les domaines fondamentaux de notre vie que sont
la vie intellectuelle et la vie apostolique, la vie
intellectuelle étant au service de la vie apostolique
(cf. L.C.O. 78 à 83).
61. Le programme du noviciat est établi par le
Maître des novices et ses collaborateurs. Il sera
soumis au Provincial pour approbation.
62. Le programme de formation doit nécessairement
comporter une initiation à la Parole de Dieu,
l'histoire, la tradition et la législation de
notre Ordre ainsi qu'à l'histoire et à
la théologie de la vie religieuse. On donnera
également une initiation concrète à
la liturgie, à la pratique sacramentelle et au
rôle de Marie, Mère de Dieu comme on le
trouve dans la riche tradition de l'Ordre (cf. L.C.O.
129).
63. Le Maître des novices veillera à ce
qu'il y ait une initiation à la prière
liturgique et privée.
64. En ce qui concerne la dimension apostolique de la
vie dominicaine, qu'on n'oublie pas que cette «formation
ne doit pas être seulement théorique mais
aussi pratique par une certaine participation aux activités
apostoliques de l'Ordre» (cf. L.C.O. 188). Les
priorités apostoliques et les orientations définies
par nos derniers chapitres généraux guideront
la sélection de ces activités.
65. À côté de ce programme de formation
et en lien avec lui, des réunions communautaires
régulières permettront aux novices d'apprendre
à échanger, communiquer et délibérer
sur leur vie au noviciat et les initieront ainsi à
une pratique fructueuse du chapitre régulier
(cf. L.C.O. 7 § 3).
66. Ces divers travaux de groupe ne remplacent pas les
échanges réguliers que le novice aura
avec le Maître des novices et/ou avec le frère
désigné à cet effet.
D.
Le studentat
67.
La formation à la vie dominicaine ne prend pas
fin avec la profession simple. Le développement
de la vie spirituelle des étudiants reste la
première priorité (cf. L.C.O. 213).
68. Soucieux de leur besoin, le Maître des étudiants
s'assurera de la disponibilité de confesseurs
et permettra aux étudiants de rechercher une
direction spirituelle d'autres personnes lorsque cela
sera demandé.
69. Le temps qui précède la profession
solennelle et qui est consacré aux études
de manière prioritaire est un moment très
important de la formation initiale.
70. Les formateurs (Maître des étudiants,
Régent des études, Modérateur de
centre d'études institutionnelles) doivent veiller
soigneusement à ce que le frère étudiant
découvre et intègre l'étude dans
sa vie religieuse dominicaine.
71. La place de l'étude dans notre tradition,
son rôle dans la vie contemplative, son importance
pour la vie apostolique, sa dimension à la fois
équilibrante et ascétique (cf. L.C.O.
76 à 83), doivent être mis en valeur dans
le service de Dieu et du monde.
72. Les Provinces font de gros efforts financiers pour
permettre à leurs étudiants de se livrer
à leur tâche en toute liberté d'esprit.
On veillera à les rendre conscients de ce privilège
et à être d'autant plus responsables en
matière de pauvreté.
73. Le programme des études est fixé par
la Ratio studiorum generalis et particularisé
dans la Ratio studiorum de chaque Province.
74. Si les frères font leurs études hors
de l'Ordre, il convient que dans leur communauté
leur soit présenté le caractère
spécifique de l'étude chez les Prêcheurs.
75. Tout en étant consacré de manière
prioritaire aux études, le temps du studentat
est aussi le temps pour découvrir davantage la
dimension apostolique de la vie dominicaine et pour
acquérir progressivement une compétence
pastorale.
76. L'intégration progressive de la dimension
apostolique dans la vie des frères étudiants
ne peut se faire que par des expériences apostoliques
concrètes : activités pastorales durant
l'année scolaire, stages durant les vacances,
possibilité d'interrompre le cycle d'étude
par une expérience pastorale prolongée
(cf. L.C.O. 225).
77. On veillera à ce que ces engagements apostoliques
permettent aux frères étudiants d'avoir
une expérience du monde des pauvres, des exploités,
des marginaux, pour les introduire peu à peu
à la mission et à l'existence aux frontières
spécifiques de la vie dominicaine.
78. Que durant ces engagements apostoliques concrets
les frères étudiants soient suivis par
un frère compétent désigné
par le Maître des étudiants qui fera avec
eux une évaluation périodique de cette
expérience.
79. Au Maître des étudiants d'assurer en
même temps l'accompagnement spirituel nécessaire
pour aider les frères étudiants à
évaluer et à approfondir ces expériences
en vue de l'intégration de la dimension apostolique
dans leur vie dominicaine.
80. Les vacances et autres temps libres doivent être
des temps de détente, mais aussi des moments
d'enrichissement en vue de profiter davantage des moments
consacrés à l'étude.
81. On peut envisager dans cette ligne des échanges
entre Provinces en vue d'apprendre des langues étrangères,
des séjours dans des couvents et maisons représentant
un intérêt particulier, des rencontres
entre étudiants d'une même région,
etc.
82. Le temps des études est un temps de maturation
et d'intégration en profondeur de la vie dominicaine
(cf. L.C.O. 213 § I et II). Ces années de
défi sont également un temps de croissance
continue dans la foi.
83. Un accompagnement spirituel des personnes et du
groupe, régulier et précis, est nécessaire.
84. Au Maître des étudiants (et à
ses collaborateurs) d'assurer cet accompagnement spirituel
tant au plan individuel par des échanges personnels
et réguliers qu'au plan de la vie du groupe par
des réunions communautaires.
85. Pour éviter tout conflit de juridiction,
la Ratio formationis particularis aura soin de préciser
le rôle respectif du Maître des étudiants
en matière de responsabilité (permissions,
vacances, stages, dispenses, etc.).
E.
Les frères coopérateurs
86. Les membres de notre Ordre sont clercs ou coopérateurs
(cf. L.C.O. 1 § 9). Les uns et les autres contribuent
par leurs fonctions différentes à l'unique
mission de l'Ordre (cf. Quezon City 62).
87. On veillera à former ceux qui se présentent
pour être coopérateurs à vivre pleinement
le charisme de l'Ordre.
88. Le frère coopérateur accomplit son
noviciat avec les frères clercs (cf. L.C.O. 179).
89. Toute modification du programme de formation doit
être faite après mûre délibération
de sorte qu'il n'y ait jamais deux programmes de formation
au noviciat, l'un pour les clercs et l'autre pour les
coopérateurs.
90. Les frères coopérateurs seront dès
le noviciat éveillés à la vie apostolique
de l'Ordre tout comme les frères clercs.
91. Après le noviciat, les trois premières
années de formation se pas-sent dans la communauté
de formation de la Province (cf. L.C.O. 217).
92. Le Régent des études et le Maître
des frères coopérateurs organiseront un
programme de formation théologique pour les frères
coopérateurs (cf. L.C.O. 217).
93. Cette formation sera prioritaire par rapport à
une éventuelle formation professionnelle.
94. Néanmoins on donnera à chaque frère
coopérateur la possibilité d'acquérir
une compétence professionnelle dans un domaine
qui corresponde à ses capacités et qui
soit utile en vue de la mission de l'Ordre.
95. On veillera à ce que le frère coopérateur
ait la possibilité d'exercer une tâche
apostolique conforme à sa grâce et à
ses capacités, comme pour les frères étudiants
clercs.
96. L'accompagnement spirituel se fera de la même
façon que pour les frères étudiants
clercs.
97. Si cela est possible, on associera un frère
coopérateur aîné à l'équipe
des formateurs. Il aidera le frère en formation
surtout à découvrir et à vivre
le charisme propre des frères coopérateurs
dans notre Ordre.
98. Avant la profession solennelle du frère,
une évaluation soigneuse sera faite avec les
formateurs sur sa vocation de coopérateur dans
notre Ordre et sur son aptitude à vivre sans
tension excessive dans une communauté où
la majorité des frères sont clercs.
F. Profession simple et profession solennelle
99.
En ce qui concerne les critères pour l'admission
à la profession (cf. L.C.O. 189 et 191 §
II), on fera tout d'abord attention à la maturité
humaine et spirituelle du candidat.
100. En outre il faut s'assurer que le candidat soit
conscient de la dé-marche qu'il entreprendra
et qu'il prenne librement sur lui les obligations de
notre profession.
101. Parce que nous nous engageons par la profession
à rester fidèles à l'esprit de
saint Dominique (cf. L.C.O. 189, 4), on tiendra compte
de la disposition du candidat au travail apostolique,
son amour de l'Évangile et tout particulièrement
sa compassion pour les pauvres, les pécheurs,
ceux qui ne sont pas évangélisés.
102. De plus on vérifiera soigneusement si le
candidat est vraiment capable de mener la vie commune
propre à notre Ordre (cf. les critères
donnés par Walberberg 76.5).
103. Avant la profession simple ou solennelle, certaines
Provinces proposent un questionnaire d'évaluation
auquel il doit répondre par écrit. Une
telle manière de procéder peut être
encouragée. Elle doit être faite dans la
plus grande discrétion.
104. On veillera à respecter les conditions établies
par notre droit, en particulier en ce qui concerne les
délais pour les votes du conseil et du chapitre
et pour l'examen préalable (cf. L.C.O. 191s).
105. On n'usera pas à la légère
du droit accordé d'anticiper les professions
(cf. L.C.O. 197,2 ; 203 § II et 210).
La profession simple (L. C.O. 195-204)
106.
La profession simple a lieu au terme du noviciat.
107. Dans les Provinces où le statut prévoit
de faire profession pour un an renouvelable ou pour
trois ans, ces deux éventualités seront
soigneusement envisagées entre le Maître
des novices et le novice (cf. L. C. O. 195 § 2).
108. Le Prieur provincial, dans la visite canonique
annuelle des couvents de formation à laquelle
il est tenu par notre droit (cf. L.C.O. 340), s'enquerra
soigneusement de la manière dont les novices
ont été informés sur les voeux
et formés à ces voeux qu'ils vont prononcer.
Les examinateurs devront faire de même (cf. L.C.O.
191).
109. Si un novice venant d'une autre congrégation
est déjà profès de voeux perpétuels
et ne fait donc pas profession simple au terme de son
noviciat, un vote décisif du chapitre et du conseil
sera requis et sur la base de ce vote il poursuivra
sa probation ou retournera dans son Institut propre
(cf. L.C.O. 201 § II).
110. Dans les pays où les jeunes religieux sont
astreints au service militaire ou à un service
civil, la Ratio formationis particularis spécifiera
les conditions sous lesquelles ces services doivent
être accomplis.
La profession solennelle (L.C.O. 205-212)
111.
Après trois ans de profession simple, le frère
peut être admis à la profession solennelle.
112. Le Maître des étudiants doit régulièrement
rappeler aux frères qu'ils ont la possibilité,
en cas de doute ou d'hésitation, de prolonger
leur temps de réflexion, toutefois pas au-delà
de trois ans (cf. L.C.O. 201 § I).
113. Outre le vote du conseil et du chapitre, ainsi
que le rapport écrit du Maître des étudiants,
le Prieur provincial est tenu d'avoir avec le frère
qu'il reçoit à la profession un entretien
approfondi sur la démarche qu'il va accomplir.
114. On informera sérieusement le frère
des conséquences du testament qu'il établit
avant sa profession (cf. L.C.O. 200 § 4 et 212).
G. Ministères et ordres
115.
La mission de prêcher est la mission spécifique
confiée à l'Ordre en tant que tel. Ainsi
la charge de prêcher revient aux frères
par leur appartenance à l'Ordre des Prêcheurs
(cf. L.C.O. 1 § III).
116. Néanmoins il y a un lien étroit entre
cette mission et l'ordination diaconale et presbytérale,
« le ministère de la Parole trouvant son
achèvement dans les sacrements de l'Eucharistie
et de la Réconciliation» (cf. L.C.O. 105).
117. Les ministères de lecteur et acolyte peuvent
être conférés après la profession
simple (cf. L.C.O. 215 bis). La Ratio formationis particularis
en déterminera les modalités exactes.
118. La collation de ces ministères suppose une
formation préalable à l'animation d'une
célébration liturgique.
119. Pour la collation des ordres (diaconat et presbytérat)
on veillera à observer les prescriptions de nos
constitutions surtout en matière d'examens (cf.
L.C.O. 246 à 248) ainsi que les prescriptions
du droit commun en matière d'intervalles (cf.
Can. 1031 § 1 et 1035 § 1), en respectant
également le nombre d'années d'études
requises pour recevoir les ordres (cf. Can. 1032).
120. À la demande du candidat ou sur la proposition
du Maître des étudiants un frère
pourra demeurer diacre jusqu'à la fin de ses
études complémentaires.
121. L'aptitude à la prédication sera
l'un des éléments importants à
considérer pour l'admission aux ordres.
122. En plus de la formation ecclésiologique
et sacramentelle indispensable à l'accession
aux ordres, il importe que les candidats reçoivent
une bonne initiation pratique aux différentes
célébrations.
123. On encourage les Provinces à prévoir
entre le diaconat et l'ordination presbytérale
un stage pastoral au sein d'une communauté pleinement
active.
124. Outre les prescriptions du droit commun on ne permettra
pas de confesser avant l'examen ad confessiones audiendas.
Celui-ci sera fait avec toute la préparation
et le sérieux requis (cf. L.C.O. 251).
125. Cet examen peut être l'occasion de vérifier
l'aptitude à l'exercice fructueux du ministère.
Dans le cas où cette aptitude apparaîtrait
insuffisante, un retard peut être envisagé
et, surtout, un accompagnement pastoral sera donné
au candidat.
IV. PERSONNES ET INSTANCES IMPLIQUÉES DANS LA
FORMATION
A.
Les frères en formation
126.
Dès le début de leur entrée dans
l'Ordre les jeunes frères doivent prendre conscience
du fait qu'ils sont les premiers responsables de leur
formation. Ainsi une participation active et la volonté
de collaborer leur sont demandées.
127. Qu'ils soient prêts à apprendre des
responsables de la formation et de leurs frères
aînés l'existence dominicaine et qu'ils
se laissent vraiment aider par eux.
128. De même qu'on les accueille avec bienveillance
et qu'on leur accorde une avance de confiance, à
eux aussi de développer cette attitude à
l'égard des responsables de la formation. Sans
confiance mutuelle le processus de formation ne peut
pas réussir.
129. Qu'ils acceptent surtout l'aide et la compétence
des responsables de la formation dans le discernement
de leur vocation, qui est présumée être
une vocation dominicaine mais n'est pas nécessairement
telle. C'est précisément cela qu'il s'agit
d'examiner et de vérifier.
130. Sans correction fraternelle, pas de progrès
dans la vie dominicaine. Que les jeunes frères
l'acceptent avec empressement de la part des responsables
de la formation en essayant de comprendre que leur propre
bien est en jeu.
131. Qu'on leur découvre dès le début
que, pour la maturation humaine et spirituelle ainsi
que pour progresser dans la vie dominicaine, il est
d'une importance capitale d'avoir un vrai conseiller
spirituel parmi les frères, auquel on peut en
toute confiance et confidence ouvrir son coeur.
132. Nous croissons lentement dans la vie religieuse
et dominicaine. Ainsi les frères en formation
doivent apprendre avec patience à accepter leur
condition fondamentale de disciples et à avoir
la ferme volonté de continuer et d'avancer dans
le pèlerinage de la foi dans lequel nous sommes
tous engagés.
133. S'il n'y a pas de compréhension possible
entre un frère en formation et un responsable
de la formation et si leur relation s'avère trop
conflictuelle de sorte que la situation semble être
irrémédiable et insupportable pour le
jeune frère, l'un d'eux ou les deux ont le droit
et le devoir de faire appel au Prieur provincial.
B. Les responsables de la formation
134.
Le frère chargé de la formation aux diverses
étapes de la formation initiale sera choisi en
fonction de son charisme d'éducateur (initiateur
et accompagnateur) spirituel et de l'expérience
pastorale qui a pu développer ce charisme.
135. Il doit avoir fait preuve, dans les communautés
où il a vécu, d'une intégration
harmonieuse des diverses composantes de la vie dominicaine.
136. Une autre condition pour être chargé
de la formation est une bonne connaissance et un amour
réel de l'Ordre, ainsi qu'une compréhension
bienveillante et la bonté à l'égard
de ceux qui lui sont confiés.
137. Le responsable de la formation doit avoir exercé
un certain temps un ministère apostolique. Il
ne sera pas nommé à cette charge immédiatement
après ses études institutionnelles.
138. Le maître responsable de la formation doit
accorder une priorité à l'accomplissement
de sa charge. Il est néanmoins souhaitable qu'il
ait un autre ministère.
139. Le frère choisi pour une tâche de
formation à l'intérieur d'une Province
doit pouvoir disposer d'un certain temps pour acquérir
une formation spécialisée lorsqu'il en
ressent la nécessité.
140. Il aura à coeur de rencontrer les responsables
de la formation d'autres Provinces, de nos soeurs dominicaines
ou d'autres instituts, et cela en vue d'une collaboration
éventuelle.
141. Une part importante de la formation se joue dans
la cohabitation régulière avec les frères
en formation initiale. En aucun cas, le responsable
ne pourra donc résider en dehors de la communauté
de formation.
142. Il veillera en outre à ce que ses responsabilités
apostoliques ne le contraignent pas à de trop
longues et de trop fréquentes absences.
143. Si les frères en formation doivent être
intégrés réellement et progressivement
à la communauté de formation, le responsable
de la formation garde toute liberté pour organiser,
dans le cadre de la formation, des activités
spécifiques d'ordre apostolique ou communautaire,
le prieur conventuel en étant toujours informé.
144. Responsable directement devant le Prieur provincial,
toute personne chargée de formation doit rencontrer
le Prieur provincial comme il est spécifié
dans les Constitutions au sujet de ces frères
(cf. L.C.O. 185, 214 § 3 et 209).
145. Le maître (des étudiants, des coopérateurs
et des novices) doit toujours être présent
au conseil provincial lorsque la discussion porte sur
un frère dont il a la charge ou une question
concernant son domaine de responsabilité dans
la formation initiale.
146. Ceux qui sont chargés de la formation ont
besoin du support de toute la Province dans leur travail.
147. Pour des questions délicates qui requièrent
une compétence particulière, ils n'hésiteront
pas à demander l'aide ou la supervision de personnes
compétentes et à participer à des
sessions ou des stages organisés à cet
effet.