
ominique
nous fascine par sa liberté. C'était
la liberté d'un prêcheur pauvre et itinérant,
liberté de fonder un Ordre qui ne ressemblât
à aucun de ceux qui avaient existé auparavant.
Il était libre de disperser la fragile petite
communauté qu'il avait rassemblée autour
de lui et d'envoyer les frères dans les universités,
et libre d'accepter les décisions des frères
en chapitre, même lorsqu'il n'était pas
d'accord avec eux. C'était la liberté
d'un homme de compassion, qui osait voir et répondre.
L'Ordre
s'est toujours épanoui lorsque nous avons vécu
avec la liberté de coeur et d'esprit de Dominique.
Comment pouvons-nous renouveler aujourd'hui cette
liberté profondément propre à
l'Ordre? Elle a de nombreuses dimensions: une simplicité
de vie, l'itinérance, la prière. Dans
cette lettre, je souhaite juste me centrer sur l'un
des piliers de notre liberté, à savoir
le bon gouvernement. Je suis convaincu, après
avoir visité tant de provinces de l'Ordre,
que la liberté dominicaine typique s'exprime
dans notre mode de gouvernement. Dominique ne nous
a pas laissé une spiritualité qui soit
manifeste dans une série de sermons ou de textes
théologiques. Au lieu de cela, nous avons hérité
de lui et des tout premiers frères, une forme
de gouvernement qui nous rend libres de répondre
avec compassion à ceux qui ont faim de la Parole
de Dieu. Lorsque nous offrons nos vies pour la prédication
de l'Évangile, nous prenons dans nos mains
le livre de la Règle et des Constitutions.
La plupart de ces Constitutions ont trait au gouvernement.
Cela
peut sembler surprenant. Dans la culture contemporaine,
on considère généralement que
le gouvernement est une affaire de contrôle,
de limitations des libertés de l'individu.
Et en effet, bien des dominicains seraient tentés
de penser que la liberté consiste à
échapper au contrôle de supérieurs
envahissants! Mais notre Ordre ne se divise pas en
« gouvernants » et « gouvernés ».
Bien plutôt, le gouvernement nous rend capables
de partager la responsabilité commune de notre
vie et notre mission. Le gouvernement est à
la base de notre fraternité. Il nous forme
comme frères, libres d'être « utiles
au salut des âmes ». En acceptant
un frère dans l'Ordre, nous exprimons notre
confiance qu'il sera capable de prendre sa place dans
le gouvernement de sa communauté et de sa province,
qu'il contribuera à nos débats, et qu'il
nous aidera à parvenir à des décisions
fécondes et à les mettre en oeuvre.
Notre
époque est tentée par le fatalisme,
la croyance selon laquelle, confrontés aux
problèmes de notre monde, nous ne pouvons rien
faire. Cette passivité peut aussi gagner la
vie religieuse. Nous partageons la liberté
de Dominique quand nous sommes tellement touchés
par l'urgence de prêcher l'Évangile,
que nous osons prendre des décisions difficiles,
qu'il s'agisse de lancer une nouvelle initiative,
de fermer une communauté, ou de persister dans
un apostolat qui est dur. Pour cette liberté,
un bon gouvernement est nécessaire. L'opposé
du gouvernement n'est pas la liberté mais la
paralysie.
Dans
cette lettre, je n'essaierai pas de détailler
des observations sur l'application des Constitutions.
C'est la responsabilité des chapitres généraux.
Je voudrais plutôt suggérer comment nos
Constitutions touchent à certains des aspects
les plus profonds de notre vie religieuse: notre fraternité
et notre mission. Il ne suffit pas simplement d'appliquer
les Constitutions comme si elles étaient un
ensemble de règles. Nous devons développer
ce que l'on pourrait appeler une spiritualité
du gouvernement, afin que grâce à elle,
nous puissions grandir ensemble, comme frères
et prêcheurs.
Ces
commentaires seront fondés sur mon expérience
du gouvernement par les frères. Aussi ce que
j'aurai à dire ne sera-t-il pas toujours applicable
aux autres branches de la Famille dominicaine. Je
l'espère cependant utile à nos moniales,
nos soeurs, notre laïcat, vous qui faites face
à de semblables défis.
« Et
le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi
nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire
qu'il tient de son Père comme Fils unique,
plein de grâce et de vérité. »
(Jn 1,14) Les mots de Jean aideront à structurer
ces réflexions fort simples sur le gouvernement.
Il peut sembler absurde de prendre un texte théologique
d'une telle richesse pour base d'une exploration sur
le thème du gouvernement. Je voudrais montrer
comment le défi du bon gouvernement est que
se fassent chair parmi nous cette grâce et cette
vérité.
1.
Le Verbe qui vient parmi nous est « plein
de grâce et de vérité »
La première partie
de la lettre réfléchit sur le but de
tout le gouvernement, à savoir que nous soyons
libérés pour la prédication de
l'Évangile. Tout gouvernement dans l'Ordre
a pour objectif la mission commune.
2.
Ce Verbe « habite parmi nous »
Dans la seconde partie
de la lettre, nous examinerons les principes fondamentaux
du gouvernement dominicain. Au coeur de notre pratique
du gouvernement figurent notre réunion en chapitre,
notre engagement dans le débat, nos votes et
prises de décisions. Mais ces réunions
ne seront que pure administration dans le meilleur
des cas, et politique partisane au pire, si elles
ne relèvent pas de notre accueil du Verbe de
Dieu prenant demeure parmi nous. Le gouvernement a
besoin d'être nourri par une fraternité
vécue.
3.
Ce Verbe de Dieu s'est fait chair
Enfin, cette belle théorie
du gouvernement doit se faire chair dans la réalité
complexe de nos vies, dans nos couvents, nos provinces
et l'Ordre entier. Dans la dernière partie,
je partagerai quelques observations sur les relations
entre les différents niveaux de responsabilité
dans l'Ordre.
1.
LE BUT DU GOUVERNEMENT DOMINICAIN
1.1
La liberté pour la mission
Dans
la vision de sainte Catherine, le Père dit
de Dominique: « Il s'est chargé du
Verbe, mon Fils unique. Il est apparu clairement comme
un apôtre dans le monde, tant il a semé
ma parole avec vérité et lumière,
dissipant les ténèbres et donnant la
lumière. » Tout gouvernement au sein
de l'Ordre a pour but la mise au monde de la Parole
de Dieu, le prolongement de l'Incarnation. La mesure
du bon gouvernement réside dans ce service
de la mission. C'est pourquoi, depuis le commencement
de l'Ordre, un supérieur a le pouvoir de dispenser
de nos lois, « chaque fois qu'il l'estime
opportun principalement en tout ce qui pourrait faire
obstacle à l'étude, à la prédication,
ainsi qu'au bien des âmes ».
Il
est fondamental pour la vie des frères que
nous nous réunissions en chapitre, qu'il soit
conventuel, provincial ou général, pour
prendre les décisions concernant nos vies et
notre mission. Depuis le commencement de l'Ordre,
nous parvenons à ces décisions de façon
démocratique, par un débat qui conduit
à un vote. Mais ce qui rend ce processus démocratique
proprement dominicain, c'est que nous ne cherchons
pas simplement à découvrir la volonté
de la majorité, mais quels sont les besoins
de la mission. À quelle mission nous envoie-t-on?
La Constitution
fondamentale de l'Ordre explicite bien ce lien
entre notre gouvernement démocratique et la
réponse aux besoins de la mission : « Ce
gouvernement communautaire est particulièrement
apte à promouvoir l'Ordre et à le rénover
fréquemment. (...) Ce n'est pas seulement l'esprit
de conversion chrétienne permanente qui réclame
cette mise au point continue ; c'est la vocation même
de l'Ordre qui le presse d'assumer à chaque
génération sa présence authentique
au monde. » (LCO I, § VII)
Nos
institutions démocratiques nous permettent
de prendre nos responsabilités ou de les fuir.
Nous sommes libres de prendre des décisions
qui vont peut-être bouleverser nos vies, ou
bien nous pouvons choisir l'inertie. Nous pouvons
élire des supérieurs qui oseront nous
demander plus que nous ne sentons pouvoir donner,
ou bien nous choisissons un frère qui nous
laissera en paix. Mais soyons bien clairs sur ce point
: notre démocratie n'est dominicaine que si
notre débat et notre vote sont une tentative
d'entendre la Parole de Dieu nous appelant à
marcher sur la voie des disciples.
Toute
institution peut être tentée de faire
de sa perpétuation son but ultime. Une entreprise
qui produit des voitures n'existe pas par un désir
miséricordieux de répondre au besoin
de voitures de l'humanité, mais pour que l'organisation
elle-même puisse croître et se développer.
Nous pouvons nous aussi tomber dans ce piège,
et tout particulièrement si nous parlons de
nos propres institutions en des termes qui dérivent
du monde des affaires: le provincial et son conseil
deviennent « l'administration »,
et le syndic « directeur financier »!
On peut même parler des frères comme
du « personnel ». Quelle mère
a jamais annoncé la naissance d'un nouvel enfant
en disant que le personnel de la famille s'est accru?
Mais nos institutions existent dans un tout autre
but, extérieur à nous-mêmes, celui
de mobiliser les frères pour la mission.
Une
histoire des Vies des frères raconte
comment un grand avocat de Vercelli arriva en courant
vers Jourdain de Saxe, se jeta à ses pieds
et tout ce qu'il put dire fut : « J'appartiens
à Dieu. » Jourdain répondit
: « Puisque tu appartiens à Dieu,
en son nom, nous te remettons à Lui. »
Chaque frère est un don de Dieu mais il nous
est donné afin que nous puissions nous-mêmes
en faire don en le formant pour la mission et le libérant
pour la prédication.
Le
commencement de tout bon gouvernement est l'attention,
écouter ensemble la Parole de Dieu, ouvrir
nos yeux aux besoins des gens. Dans une bénédiction
dominicaine du XIIIe siècle, les frères
priaient pour que l'Esprit Saint « nous
illumine et nous donne des yeux pour voir, des oreilles
pour entendre, des mains pour accomplir le travail
de Dieu, et une bouche pour prêcher la parole
de salut, et l'ange de la paix pour veiller sur nous
et nous conduire enfin, par la grâce de notre
Seigneur, au Royaume ». Chaque fois que
nous nous réunissons en conseil ou en chapitre,
nous prions l'Esprit Saint afin d'avoir des yeux pour
voir et des oreilles pour entendre, mais aussi pour
que ce que nous voyons et entendons nous appelle bien
là où nous préférerions
ne pas aller. La compassion peut bouleverser nos vies.
Et
si la mission est la fin de tout notre gouvernement,
alors quel en est le commencement? Sûrement,
le fait que « nous avons entrevu sa gloire,
gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique ».
Si le gouvernement est l'exercice de la responsabilité,
alors il exprime en dernier ressort notre réponse
à celui qui nous a révélé
sa gloire. La contemplation du Fils unique est la
racine de toute mission, et donc le ressort premier
de tout gouvernement. Sans ce repos il n'y a pas de
mouvement. Tout gouvernement nous amène de
la contemplation à la mission. Sans cela, nous
ne faisons qu'administrer.
1.2
La charge du gouvernement est la mission commune
« Le
Verbe s'est fait chair et il a habité parmi
nous. » La Parole de salut nous rassemble
dans la communion, dans la Trinité et les uns
avec les autres. Dans cette Parole, nous découvrons
notre véritable liberté, la liberté
d'appartenir les uns aux autres dans la grâce
et la vérité. La bonne nouvelle que
nous prêchons, c'est que nous pouvons trouver
notre demeure dans la vie du Dieu Trinitaire.
Si
la prédication de l'Évangile est l'appel
à la communion, alors le prêcheur ne
saurait être un solitaire, engagé seulement
dans sa mission. Toute notre prédication est
le partage d'une charge commune, l'invitation à
appartenir à la demeure commune. Si la fin
du gouvernement dans l'Ordre est la mission de prêcher,
alors son principal défi consiste à
rassembler les frères dans la mission commune,
la mission de l'Ordre et de l'Église. Les disciples
ne sont pas envoyés seuls.
Rien
ne paralyse autant le bon gouvernement que l'individualisme,
par lequel un frère épouse à
tel point « son propre projet »,
« son propre apostolat », qu'il
cesse d'être disponible à la mission
commune de l'Ordre. Cette privatisation de la prédication
ne nous rend pas seulement difficile de développer
et de soutenir des projets communs. Plus radicalement,
elle risque d'offrir une fausse image du salut auquel
nous sommes appelés, l'unité dans la
grâce et la vérité. En fin de
compte, c'est la soumission à une fausse image
de ce que signifie être véritablement
humain: celle de l'individu solitaire dont la liberté
est l'autodétermination, libéré
de l'interférence des autres.
L'un
des principaux défis du gouvernement consiste
à refuser de laisser paralyser la mission commune
de l'Ordre par ce type d'individualisme. Cette liberté
de Dominique, que nous trouvons si caractéristique
de l'Ordre, n'est pas la liberté de creuser
son propre sillon, libre de l'intervention des supérieurs.
C'est la liberté de faire don de nous-mêmes,
sans réserve, avec la folle générosité
du Verbe fait chair.
Certaines
formes de prédication de l'Évangile
ne sont pas facilement partageables. Par exemple,
un frère ou une soeur qui prêche par
la poésie, la peinture, ou même la recherche,
devra souvent travailler seul. Même dans ce
cas, nous devons montrer qu'ils ne font pas seulement
« leur truc à eux », qu'ils
contribuent eux-aussi à la mission commune.
L'Ordre est la plupart du temps vivant lorsqu'il canalise
le dynamisme des frères. Parfois, l'acte le
plus libératoire que puisse faire un supérieur
est d'ordonner à un frère d'accomplir
ce que ce dernier veut le plus profondément
et dont il est capable. Parfois, la mission commune
nous demandera d'accepter des charges que nous n'aurions
pas choisies, d'abandonner, pour le bien commun, un
apostolat aimé. Nous n'avons pas seulement
besoin de prédicateurs et de pasteurs, mais
de syndics, de secrétaires, de supérieurs
et d'administrateurs. Mais cela fait aussi partie
de la prédication de cette Parole qui nous
rassemble en communauté.
2.
LES PRINCIPES FONDAMENTAUX DU GOUVERNEMENT DOMINICAIN
Les
Constitutions nous disent que « notre première
raison d'être rassemblés en communauté,
c'est d'habiter ensemble, et d'avoir en Dieu une seule
âme et un seul coeur » (LCO 2, §
I). Cela pourrait sembler en contradiction avec le
projet fondamental de l'Ordre, qui est de nous envoyer
prêcher la Parole de Dieu. En fait, c'est là
une saine et nécessaire tension qui a toujours
marqué la vie dominicaine. Au nom de la grâce
et de la vérité que l'on nous envoie
prêcher, nous devons vivre ensemble, sinon nous
n'aurons rien à dire. La mission commune que
nous partageons s'enracine dans la vie commune que
nous vivons.
Cette
tension se retrouve dans notre gouvernement. Car si
la fin de tout gouvernement est que les frères
soient libérés pour la prédication,
elle se fonde cependant sur notre fraternité.
Si nous ne cherchons pas à vivre ensemble dans
une unité de coeur et d'âme, notre démocratie
échouera. Dans sa vision, le Père dit
à sainte Catherine que dans le navire de saint
Dominique, « aussi bien le parfait que le
moins parfait ont leur place ». L'Ordre
est une demeure pour les pécheurs. Et cela
implique que pour établir un bon gouvernement,
il ne suffit jamais de se contenter d'appliquer les
Constitutions, de tenir les chapitres, de voter et
prendre des décisions. T. S. Eliot nous parle
de gens qui « rêvent de systèmes
tellement parfaits que personne n'aura besoin d'être
bon ». Notre système de gouvernement
s'enracine en fin de compte dans une recherche de
la vertu. La chair doit se faire verbe et communion,
et le groupe hétéroclite d'individus
que nous sommes, une communauté.
2.1
Pouvoir, autorité et responsabilité
Le
bon gouvernement dépend d'une juste manière
de vivre nos relations de pouvoir, d'autorité
et de responsabilité. Il peut paraître
étrange que je n'inclue pas une section sur
l'obéissance. C'est que j'ai déjà
écrit longuement sur l'obéissance dans
ma Lettre à l'Ordre « Donner
sa vie pour la mission ». La présente
lettre sera bien assez longue sans que j'y répète
ce que j'ai déjà écrit ailleurs!
Et puis, pratiquement tout ce que j'écris dans
cette lettre sur le gouvernement commente les implications
de notre voeu d'obéissance, par lequel nous
nous donnons sans réserve à la mission
commune de l'Ordre.
Le
pouvoir
Notre
vie commune nous confronte inévitablement à
la question du pouvoir. En général,
nous n'aimons pas parler de pouvoir, à moins
que nous sentions que des abus en sont commis. Le
mot semble presque impropre pour parler de la relation
de fraternité qui nous unit. Et pourtant toute
communauté humaine est marquée par des
relations de pouvoir, et les communautés dominicaines
ne font pas exception. En faisant profession, nous
nous remettons entre les mains des frères.
Nos frères prendront, concernant nos vies,
des décisions que nous n'apprécierons
pas toujours, et parfois même ressentirons comme
injustes. Nous serons peut-être assignés
à des lieux où nous ne voudrions pas
aller, ou élus à des postes de responsabilité
que nous ne voudrions pas occuper.
Chaque
frère a du pouvoir, par ce qu'il dit ou ne
dit pas, et par ce qu'il fait ou ne fait pas. Toutes
les questions que nous allons aborder dans cette lettre
-- la démocratie du chapitre, les élections,
les relations entre les différents niveaux
de gouvernement dans l'Ordre -- toutes explorent des
aspects du pouvoir que nous détenons tous dans
nos relations les uns avec les autres. Et pour que
notre prédication ait du pouvoir, nous devons
vivre ces relations de pouvoir de manière ouverte,
saine et conforme à l'Évangile.
La
vie de Jésus montre une relation paradoxale
au pouvoir. Il était l'homme des paroles puissantes:
il a appelé les disciples à le suivre,
il a guéri les malades, il a chassé
les démons, il a fait lever les morts et a
osé affronter les autorités religieuses
de son époque. Et pourtant il était
l'impuissant qui a refusé la protection de
l'épée de Pierre, et qu'on a cloué
sur une croix.
Chez
cet homme fort et vulnérable, le pouvoir guérissait
toujours et donnait la vie. Jamais il ne rabaissait,
ne réduisait, ne diminuait, ne détruisait.
Ce n'était pas tant un pouvoir sur les gens,
qu'un pouvoir qu'il leur donnait. Et en effet il fut
le plus puissant justement en refusant d'être
un canal de violence, en la portant dans son corps,
en la laissant prendre fin avec lui. Il a pris sa
passion, sa mort, dans ses propres mains, et il l'a
rendue féconde, il en a fait un don, l'Eucharistie.
Le
bon gouvernement dans nos communautés exige
que nous vivions les relations de pouvoir de cette
manière, en accordant du pouvoir à nos
frères plutôt que de les miner. Cela
exige de nous le courage d'être vulnérables.
Josef Pieper écrivait: « La force
d'âme suppose la vulnérabilité
; sans vulnérabilité, il n'y a aucune
possibilité de force. Un ange ne peut être
courageux parce qu'il n'est pas vulnérable.
Avoir du courage signifie être prêt à
supporter une blessure. Comme les êtres humains
sont substantiellement vulnérables, oui nous
pouvons être courageux. » Notre gouvernement
invite à vivre cette vulnérabilité
courageuse.
L'autorité
Tout
gouvernement dépend de l'exercice de l'autorité.
Que l'autorité suprême de l'Ordre soit
le chapitre général est une reconnaissance
du fait que pour nous, l'autorité est accordée
à tous les frères. La succession de
nos chapitres généraux, de définiteurs,
et de provinciaux, suggère que pour nous, l'autorité
est multiface. Les supérieurs jouissent de
l'autorité en vertu de leur charge; les théologiens
et les penseurs par la vertu de leur savoir; les frères
engagés dans des apostolats pastoraux jouissent
de l'autorité en raison de leur contact avec
les gens dans leur combat pour vivre la foi; les frères
âgés jouissent de l'autorité en
considération de leur expérience; les
frères plus jeunes ont l'autorité qui
vient de leur connaissance du monde contemporain et
de ses questions.
Le
bon gouvernement fonctionne bien lorsque nous prenons
en considération et respectons l'autorité
dont jouit chaque frère, et refusons de rendre
absolue toute forme unique d'autorité. Si nous
rendions absolue l'autorité des supérieurs,
l'Ordre cesserait d'être une fraternité;
si nous rendions absolue l'autorité des penseurs,
nous ne deviendrions alors qu'une étrange institution
académique; si nous rendions absolue l'autorité
des pasteurs, nous trahirions notre mission dans l'Église;
si nous rendions indiscutable l'autorité des
anciens, alors nous n'aurions plus d'avenir; si nous
ne donnions autorité qu'aux jeunes, nous n'aurions
pas de racines. La santé de notre gouvernement
dépend de la possibilité d'interaction
entre toutes les voix qui façonnent notre communauté.
Bien
plus, nous faisons partie de la Famille dominicaine.
Cela signifie que nous sommes aussi appelés
à être attentifs à la voix de
nos moniales, de nos soeurs, de notre laïcat.
Ils doivent eux aussi avoir autorité dans nos
délibérations. Les moniales ont une
autorité qui découle de leurs vies consacrées
à la contemplation; nos soeurs ont une autorité
qui vient de leurs vies de femmes à la vaste
expérience pastorale. Souvent, elles peuvent
nous en apprendre beaucoup grâce à leur
proximité avec le peuple de Dieu, en particulier
les pauvres. Et de plus en plus souvent aussi, des
soeurs ayant une formation théologique ont
beaucoup à nous apprendre. Les laïcs ont
une autorité de par leurs expériences
et connaissances différentes, parfois parce
qu'ils sont mariés, ont des enfants. En partie,
ce que nous offrons à l'Église consiste
en une communauté où chacune de ces
autorités doit être reconnue.
La
responsabilité
Tout
gouvernement est l'exercice de notre responsabilité
partagée, pour la vie et pour la mission de
l'Ordre. Son fondement est la confiance que nous devrions
avoir les uns dans les autres. Quand saint Dominique
envoya prêcher les jeunes frères, les
Cisterciens se scandalisèrent de sa confiance
en eux, et il leur dit: « Je sais, je sais
avec certitude, que mes jeunes vont partir et revenir,
qu'ils seront envoyés et rentreront; mais vos
jeunes seront tenus enfermés et s'en iront
quand même. »
L'objectif
de toute notre formation est de préparer des
frères libres et responsables, et c'est pourquoi
les Constitutions disent que la responsabilité
première de la formation personnelle incombe
au candidat lui-même (LCO 156). Notre gouvernement
est fondé sur une confiance dans les frères.
Nous montrons notre confiance en acceptant un frère
à la profession; cette même confiance
se manifeste dans l'élection des supérieurs.
Les supérieurs aussi doivent se fier aux frères
qu'ils chargent de responsabilités. Nous serons
parfois déçus, mais ce n'est pas une
raison pour renoncer à cette confiance mutuelle
fondamentale. Comme l'a écrit Simon Tugwell
OP: « En dernière analyse, pour que
les dominicains fassent correctement leur travail,
ils doivent être exposés à certains
aléas, et on doit leur faire confiance pour
faire face à ces aléas -- et l'Ordre
dans son entier doit accepter le fait que quelques
individus, peut-être beaucoup, abuseront de
cette confiance. »
Pareille
confiance nous demande de dépasser la peur,
peur de ce qui arrivera si les frères ne sont
pas contrôlés! Nous devons former les
frères à vivre avec cette liberté
de Dominique. Comme le dit Felicísimo Martínez
OP: « Il n'y a pas de plus grand service
à rendre à une personne que de l'éduquer
à la liberté. (...) La peur de la liberté
peut prendre racine dans la bonne volonté de
ceux qui se sentent responsables des autres, et elle
peut être légitimée par un appel
au réalisme, mais cela n'en fait pas moins
un manque de foi dans la vigueur et la force de l'expérience
chrétienne. La peur et le manque de foi vont
toujours de pair. »
La
peur détruit tout bon gouvernement. Sainte
Catherine écrivait au Pape Grégoire
XI: « Je désire vous voir libre de
toute crainte servile, car je vois bien que dans la
crainte, l'homme affaiblit la sainte résolution
et le bon vouloir. (...) Debout mon Père, courage!
Car je vous le dis, vous n'avez rien à craindre! »
La peur est servile, et par conséquent incompatible
avec notre statut d'enfants de Dieu, et de frères
et soeurs. Elle est par-dessus tout mauvaise chez
un supérieur, appelé à aider
ses frères à croître en confiance
et hardiesse.
Mais
cette confiance réciproque n'est pas une excuse
pour une négligence mutuelle. Parce que j'ai
confiance en mon frère, cela ne veut pas dire
que je peux cesser de penser à lui et le laisser
simplement aller son chemin. Si le bon gouvernement
nous donne une responsabilité partagée,
il s'enracine donc dans la responsabilité réciproque
que nous sommes appelés à assumer les
uns pour les autres. Quand nous faisons profession,
nous mettons nos mains dans celles d'un frère.
C'est un geste d'extraordinaires vulnérabilité
et tendresse. Nous remettons notre vie à nos
frères, et nous ne savons pas ce qu'ils en
feront. Nous sommes dans les mains les uns des autres.
Les
vies des Frères nous parlent d'un certain
Tedalto dont la vocation traversait une période
difficile. « Tout ce qu'il voyait et sentait
lui semblait une deuxième mort. »
Il était à son entrée dans l'Ordre
un homme agréable et calme, mais était
devenu à présent de si mauvaise humeur
qu'il alla jusqu'à frapper le sous-prieur avec
le Psautier. Nous avons tous fait cette expérience!
Quoique nous puissions considérer que Tedalto
n'aurait jamais dû être accepté
dans l'Ordre, Jourdain de Saxe refusa de l'abandonner,
et pria avec lui jusqu'à ce que son coeur fût
apaisé. En l'acceptant à la profession,
nous acceptons la responsabilité d'un frère,
de son bonheur et de son épanouissement. Sa
vocation est notre souci commun.
Luttons-nous
toujours pour la vocation de nos frères? Si
un frère traverse un moment de crise, est-ce
que je détourne le regard? Vais-je prétendre
que le respect de son intimité justifie ma
négligence? Ai-je peur d'écouter les
doutes qu'il pourrait me faire partager? J'espère
bien que si jamais j'en arrive à frapper le
sous-prieur avec le bréviaire, mes frères
auront soin de moi! Aussi dois-je avoir la confiance,
dans les moments de crise, de partager avec mes frères,
assuré de leurs compréhension et miséricorde.
En
tant que prêcheurs du Verbe fait chair, nous
sommes particulièrement responsables des paroles
que nous prononçons. Le Verbe doit se faire
chair par-dessus tout dans les paroles de « grâce
et vérité ». Les Premières
Constitutions ordonnent au maître des novices
d'enseigner aux novices « à ne jamais
parler des absents sinon pour en dire du bien »
(I, 13). Ce n'est pas là un excès de
pieux scrupules nous évitant la confrontation
avec la réalité de nos frères
tels qu'ils sont. C'est une invitation à prononcer
des paroles de « grâce »,
une reconnaissance du pouvoir qu'ont nos mots de blesser,
de détruire, de bouleverser et miner nos frères.
C'est
un aussi grand défi que d'apprendre à
dire des paroles de vérité. Il est fondamental
pour notre démocratie que nous osions parler
en vérité entre nous, que nous osions
mettre en mots les tensions et les conflits qui blessent
la vie commune et font obstacle à la mission
commune. Nous le faisons bien souvent avec n'importe
quel frère sauf l'intéressé.
Si le comportement d'un frère nous inquiète,
alors nous devons oser en parler franchement avec
lui, avec délicatesse et fraternellement. Un
chapitre n'est pas toujours le premier endroit pour
cela. Nous devons oser aller frapper à sa porte
et lui parler seul à seul (Mt 18,15). Nous
devons prendre le temps de nous parler les uns aux
autres, surtout aux frères dont nous sommes
plus distants. La communication à l'intérieur
d'un chapitre dépendra d'un large travail de
communication en dehors. Si nous faisons cet effort,
nous aurons renforcé la fraternité entre
nous de sorte que nous pourrons aborder ensemble les
questions difficiles. Alors nous pourrons avoir ces
débats ouverts sur notre vie commune, comment
nous échouons et comment nous pouvons croître,
ce qui était le but des anciens chapitres des
coulpes. Le chapitre général de Caleruega
(43,2) fait d'excellentes recommandations sur la manière
dont cela peut avoir lieu aujourd'hui.
L'un
des signes de cette confiance dans les frères
se manifeste lorsque nous sommes prêts à
les élire à des postes de responsabilité,
même s'ils sont jeunes ou sans expérience.
Jourdain a été choisi pour être
provincial de Lombardie alors qu'il avait à
peine plus d'un an dans l'Ordre, et il en a été
Maître au bout de deux ans. Quel extraordinaire
signe de confiance dans un homme qui aujourd'hui n'aurait
même pas encore fait sa profession solennelle.
On trouve parfois dans l'Ordre des hommes âgés
qui s'accrochent à des responsabilités,
peut-être par peur de ce que les jeunes pourraient
faire et où cela pourrait nous conduire. Et
souvent ces « jeunes » ne sont
même pas si jeunes de toute façon, sûrement
bien assez vieux pour être pères de famille
et occuper des postes importants dans le monde séculier.
Quelques fois, ils ne sont même pas beaucoup
plus jeunes que moi! Mais notre formation et notre
mode de gouvernement devraient nous faire oser confier
nos vies à des frères qui nous amènerons
nous ne savons pas où. À sa profession,
un frère met ses mains dans les nôtres.
Mais l'accepter comme frère avec une voix,
le droit de vote, signifie que nous avons nous aussi
mis nos mains dans les siennes.
2.2
La démocratie
Quand
on me demanda, lors d'une interview à la télévision
française, ce qui était au coeur de
notre spiritualité, je fus presque aussi surpris
que l'interviewer de m'entendre répondre: « la
démocratie ». Pourtant elle est au
coeur de nos vies. Être frère, c'est
avoir une voix et le droit de vote. Néanmoins,
nos votes ne sont pas simplement ceux de groupes de
simples particuliers cherchant à arranger leurs
décisions de façon à laisser
à chacun la plus grande liberté personnelle
possible. Notre démocratie devrait exprimer
notre fraternité. Elle est une expression de
notre unité dans le Christ, corps unique.
La
démocratie est pour nous plus qu'un vote qui
révèle la volonté de la majorité.
Elle implique aussi la découverte de la volonté
de Dieu. Notre attention à notre frère
est expression de cette obéissance au Père.
Cette attention requiert de l'intelligence. Hélas,
Dieu ne parle pas toujours clairement par la bouche
de mon frère. À vrai dire, ce que dit
celui-ci est parfois manifestement faux! Et pourtant,
il y a au coeur de notre démocratie la conviction
que même si ce qu'il dit est idiot et erroné,
un brin de vérité attend encore d'en
être retiré. Quelque soit l'ampleur de
mon désaccord, ce frère peut m'apprendre
quelque chose. Apprendre à écouter cela
est un exercice d'imagination et d'intelligence. Il
faut que j'ose douter de ma propre position, m'ouvrir
à ses questions, devenir vulnérable
à ses doutes. C'est un acte de charité,
né d'une passion pour la vérité.
C'est en fait la meilleure préparation à
être prêcheur « de grâce
et de vérité ».
Fergus
Kerr OP disait dans son sermon d'ouverture au chapitre
de la province d'Angleterre en 1996 :
- « S'il
y a bien une chose que nous devrions certainement
réussir dans un chapitre, c'est démontrer
cet engagement à chercher la vérité,
à écouter pour saisir ce avec quoi
nous pouvons être d'accord dans ce sur quoi
nous sommes en désaccord, à sauver
ce qui est vrai dans ce que les autres pensent.
(...) Depuis que je suis dans l'Ordre, (...) ce
que j'apprécie de plus en plus, c'est une
manière de penser -- de s'attendre à
ce que les autres aient des idées qui différeront
peut-être des nôtres, de s'attendre
aussi à comprendre pourquoi ils croient ceci
ou cela -- si seulement nous avons l'imagination,
le courage, la foi dans la puissance ultime de la
vérité, la charité, pour écouter
ce que disent les autres, pour écouter en
particulier ce dont ils ont peur quand ils semblent
réticents à accepter ce que nous voulons
qu'ils voient: il y a bien des voies pour découvrir
la vérité, mais j'espère que
celle-ci, l'Ordre des Prêcheurs essaiera toujours
de la suivre. »
Notre
bien-aimée démocratie prend du temps.
C'est du temps que nous nous devons réciproquement.
Cela peut être ennuyeux. Peu de gens s'ennuient
autant que moi aux longues réunions. Elles
ne sont pas efficaces. Je ne crois pas que nous serons
jamais parmi les Ordres les plus efficaces de l'Église,
et ce serait une erreur de notre part que de chercher
à le devenir! Rendons grâce à
Dieu, il y a des Ordres plus efficaces que le nôtre.
Grâce à Dieu, nous ne cherchons pas à
rivaliser avec eux. Une certaine efficacité
est nécessaire pour que la paralysie ne nous
fasse pas perdre notre liberté. Mais si nous
faisons de l'efficacité notre objectif, nous
risquons de ruiner cette liberté qui est notre
don à l'Église. Notre tradition d'accorder
une voix et le droit de vote à chaque frère
n'est pas toujours le moyen le plus efficace de parvenir
aux meilleures décisions, mais elle témoigne
des valeurs évangéliques que nous offrons
à l'Église, et dont l'Église
a besoin aujourd'hui plus que jamais.
2.3
Le vote
Le
but du dialogue dans nos chapitres est que la communauté
parvienne à l'unanimité. Cela n'est
pas toujours possible. Nous devons alors arriver à
une décision par un vote. Une des responsabilités
les plus délicates d'un supérieur est
de juger du moment où un vote doit avoir lieu.
Il doit amener les frères aussi près
que possible de l'unanimité, sans attendre
trop longtemps que la communauté reste paralysée
par l'indécision.
Quand
on en vient au vote, le but n'est pas de gagner. Un
chapitre qui vote est absolument différent
d'un parlement ou d'un sénat. Notre vote, comme
le débat, fait partie du processus par lequel
nous cherchons à discerner ce qui est nécessaire
au « bien commun ». L'objet du
vote n'est pas de déterminer si c'est ma volonté
ou celle des autres frères qui triomphera,
mais de découvrir ce que requièrent
la construction de la communauté et la mission
de l'Ordre.
Le
vote, dans notre tradition, n'est pas un concours
entre groupes, mais le fruit d'une attention portée
à ce que tous les frères
ont dit. Dans la mesure du possible, sans trahir aucune
conviction fondamentale, je devrais m'efforcer de
voter pour des propositions qui reflètent les
préoccupations, les craintes et les espoirs
de tous les frères, pas seulement de la majorité.
Sans quoi il se pourrait en effet que je « gagne »,
mais c'est la communauté qui perdra. En politique,
un vote exprime la fidélité à
un parti. Pour nous, le vote exprime qui nous sommes,
des frères voués à la mission
commune de l'Ordre.
Il
s'ensuit que le résultat d'un vote est une
décision de la communauté et non pas
de ceux-là seuls qui ont voté en sa
faveur. C'est la communauté qui est parvenue
à une décision. Je suis libre de ne
pas être d'accord avec le résultat, et
même de faire ensuite campagne pour son annulation,
mais j'exprime mon identité de membre de la
communauté en mettant en oeuvre la décision.
Se fier à la simple majorité fut une
profonde innovation de la tradition dominicaine. Auparavant,
le choix du supérieur avait été
soit le résultat d'un consensus, soit la décision
des frères les plus « avisés ».
L'on considérait trop risqué de se fier
à la majorité. C'est pour nous l'expression
de notre confiance dans les frères.
Cela
n'est jamais aussi vrai que dans l'élection
des supérieurs. Il est bien naturel, avec des
frères qui pensent comme nous, de discuter
qui ferait un bon supérieur, mais il serait
contraire à la nature de notre démocratie
de présenter un frère comme le « candidat »
d'un parti. C'est pourquoi je doute qu'il soit bien
approprié de contacter un frère à
l'avance pour lui demander s'il est prêt à
se poser en candidat. Il est bien sûr utile
de savoir si un frère accepterait ou refuserait
son élection, mais le danger est qu'il apparaisse
comme le candidat d'un groupe, et accepte l'élection
en tant que son représentant. Et puis, peu
des frères qui feraient de bons supérieurs
auront le désir d'être candidats, tandis
qu'ils accepteront plus probablement l'élection
comme un acte d'obéissance à leurs frères.
Chercher des candidats qui déclarent leur consentement
à être supérieurs pourrait bien
nous conduire à ne pas choisir les frères
les plus adaptés à la fonction.
Un
supérieur est élu pour servir tous les
frères, pour le bien commun de l'Ordre. Son
élection est le résultat d'un vote que
« nous » avons fait, qu'importe
pour qui nous avons voté. Une fois élu,
il a besoin du soutien de la communauté tout
entière, car nous l'avons élu, et qu'importe
pour qui j'ai personnellement voté. Nous avons
prié pour être guidés par l'Esprit
Saint avant le vote, et nous devons croire que cette
orientation nous a bien été donnée.
L'une
des responsabilités les plus solennelles que
puisse exiger de nous notre démocratie est
de voter l'admission dans l'Ordre de candidats, ou
la profession de nos frères. C'est une très
belle expression de notre responsabilité commune.
Notre vote est alors recherche de la vérité,
participant du processus qui permettra de discerner
si ce frère est appelé par Dieu à
partager notre vie. Il ne saurait en aucun cas être
l'expression d'une politique partisane, ni de nos
affinités ou notre aversion pour un frère.
Le vote doit être l'expression d'une charité
vraie, cherchant à discerner ce qui est le
mieux pour ce frère. Dans ce cas, un frère
à qui l'on refuse la profession ne se sentira
pas rejeté, mais que nous l'avons aidé
à discerner ce qu'est en fait la volonté
de Dieu à son endroit. Si notre vote exprime
des conflits de pouvoir au sein de la communauté,
des luttes idéologiques, des amitiés
ou inimitiés, nous aurons alors trahi une immense
responsabilité. Nous encouragerons ainsi les
frères en formation à dissimuler leur
être véritable, et formerons des frères
inaptes à gouverner à leur tour.
Suite : >>>>>
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