L'Ordre des Prêcheurs
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Saint Dominique de Matisse
Liberté dominicaine et responsabilité

fr. Timothy Radcliffe, o.p.

(Suite)

3. LES NIVEAUX DU GOUVERNEMENT DOMINICAIN

3.1. La responsabilité à saisir

     Le Verbe que nous proclamons n'est pas une parole abstraite, car il s'est fait chair et sang. Ce que nous prêchons n'est pas une théorie du salut mais la grâce incarnée dans la vie, la mort et la résurrection d'un homme, il y a quelque deux mille ans. De même pour nous, ne suffit-il pas d'avoir une belle théorie de la responsabilité. Nous devons la vivre. Nous avons de formidables structures démocratiques, qui nous offrent la liberté, mais c'est une liberté que nous devons saisir.

     J'ai acquis la conviction au long de mes visites aux provinces, que l'un des problèmes majeurs que nous affrontons est de répondre de manière efficace et responsable aux défis actuels. Nous souffrons parfois de ce que j'ai souvent appelé « le mystère de la responsabilité disparue ». Comment se fait-il que nous, pour qui la responsabilité est essentielle, la laissions si souvent filer entre nos doigts? Nos chapitres, général et provincial, sont normalement des moments de vérité, où nous regardons avec honnêteté ce qui doit être fait et comment nous allons le faire. De grandes décisions y sont prises. Des textes formidables y sont écrits. Mais parfois, après avoir tout vu et analysé si clairement, nous sommes comme « un homme qui observe sa physionomie dans un miroir. Il s'observe, part, et oublie comment il était » (Jc 1, 23).

     Une des raisons pour lesquelles nous fuyons la responsabilité, quoique nous soyons appelés à la liberté, est que la liberté nous fait peur, la responsabilité est ennuyeuse et il est donc tentant de fuir. Nous avons de nombreux niveaux de responsabilité dans l'Ordre, et il est souvent attirant de s'imaginer que c'est à un autre niveau qu'elle devrait être exercée. « Il faut faire quelque chose », mais c'est en général quelqu'un d'autre qui doit le faire, le supérieur, ou le chapitre, ou même le Maître de l'Ordre! « La province doit agir », mais qu'est-ce que la province sinon nous-mêmes? Pour être véritablement les héritiers de la liberté de Dominique, nous devons identifier la responsabilité qui nous incombe justement et nous en saisir. Nous devons articuler les relations entre les différents niveaux de gouvernement de l'Ordre.

     Les Constitutions disent que notre gouvernement se distingue par « la collaboration organique et équilibrée de toutes les parties », et que « son pouvoir, qui est universel dans sa tête (...) se trouve proportionnellement participé par les provinces et les couvents, dotés chacun de l'autonomie convenable » (LCO I. § VII). Pour que notre gouvernement soit dans les faits « organique et équilibré », et reconnaisse l'autonomie convenable à chaque frère, couvent et province, nous devons clarifier les relations entre les différents niveaux de gouvernement dans l'Ordre. Je n'aime pas le mot « niveaux » mais je n'ai pas réussi à trouver de terme meilleur.

     Les relations entre les différents niveaux de responsabilité dans l'Ordre s'articulent au moins autour de trois principes fondamentaux.

a) L'itinérance

     Aucun frère n'est ou ne devrait être trop longtemps supérieur. Il y a une limite au nombre de mandats qu'un frère peut exercer comme prieur ou provincial sans postulation. Nous n'avons pas d'Abbés à vie. Il ne devrait pas y avoir de caste des supérieurs, car le gouvernement est la responsabilité commune de tous les frères. Si nous sommes élus supérieurs, c'est un service que nous devons offrir. Mais il n'y a ni carrière, ni promotion, dans l'Ordre des Frères Prêcheurs.

b) Nous devons nous affermir mutuellement

     Il ne peut y avoir de compétition pour le pouvoir de la responsabilité, ni pour s'en emparer, ni pour l'éviter. Nous devons nous affermir mutuellement. L'une des responsabilités primordiales d'un prieur est d'affermir ses frères, d'avoir confiance en leur capacité à donner plus qu'ils ne l'ont jamais imaginé, et de les soutenir quand ils prennent une position courageuse sur quelque problème que ce soit. Lorsque Montesinos prêcha son célèbre sermon sur les droits des Indiens, c'est son prieur, Pedro de Córdoba qui le soutint, en disant que c'était la communauté tout entière qui avait prêché ce sermon. Chaque frère est un don pour la communauté et c'est une obligation pour le supérieur d'accueillir et de valoriser les talents des frères que Dieu nous a donnés.

     Mais cette relation est réciproque. Chaque frère est à son tour particulièrement responsable du frère que nous avons élu. Une des façons que nous avons d'affirmer la valeur d'un frère, c'est de l'élire supérieur. Ayant placé une charge sur ses épaules, nous avoir le devoir de le soutenir, d'avoir soin de lui, et de l'encourager. Et s'il échoue, il a besoin de notre pardon. Si nous avons un supérieur inefficace, ou manquant de vision, c'est bien parce que nous avons choisi ce frère. Ne le blâmons pas pour des fautes que nous connaissions déjà lorsque la communauté l'a choisi. Plutôt que de l'accabler sous le poids de son échec, nous devons l'aider à faire tout ce dont il est capable.

     Ce que le Seigneur a dit à Pierre, il nous le dit à tous: « Affermis tes frères » (Luc 22, 32). Si notre système de gouvernement, avec toute sa complexité, travaille à nous ôter mutuellement tout pouvoir, alors nous sommes totalement paralysés et avons perdu la liberté de Dominique. Mais s'il travaille à l'affermissement de tous, alors nous pouvons faire de grandes choses.

c) Discerner le bien commun

      Le discernement et la poursuite du bien commun sont la tâche principale du gouvernement, et c'est là que les relations entre les différents niveaux de gouvernement peuvent devenir plus tendues et douloureuses (cf. 1.2). Un frère se trouvera assigné à une communauté dans laquelle il ne souhaite pas vivre ou à une tâche pour laquelle il ne se sent pas fait. Ou bien une province se verra demander de laisser partir pour quelque mission de l'Ordre un frère qu'elle peut difficilement supporter de perdre. Cela est dur, et pourtant c'est la plus claire expression de notre unité en une mission commune, et souvent, le bien commun, plus large, doit avoir la priorité sur le bien plus local, pour que l'Ordre ne se fragmente pas en une vague association d'individus.

     La demande est douloureuse, des deux côtés. Au lieu de faire face à cette souffrance, le supérieur pourrait être tenté de demander des volontaires, ou de déclarer qu'on ne peut rien faire. Mais ce serait là une fuite devant la responsabilité pour laquelle on l'a élu, et elle mènerait à la paralysie.

     Il faut parfois oser gouverner, justement parce que nous tenons à la liberté qui est au coeur de la vie dominicaine. Nous chérissons cette liberté des frères de se réunir en chapitre et de prendre des décisions sur notre mission et notre vie communes, décisions qui peuvent être mises en oeuvre et ne resteront pas de simples déclarations sur le papier. Nous chérissons aussi la liberté avec laquelle un frère a fait don de sa vie à l'Ordre et à sa mission commune. Ne pas oser demander à un frère de se donner pour une mission serait manquer au respect de ce libre don de soi qu'il a fait à sa profession. J'admets avoir souvent hésité à demander à un frère ce que je soupçonne qu'il ne veut pas donner. Qui suis-je pour demander cela à mon frère ? Je ne demande cependant pas une soumission à ma volonté, mais l'acceptation de ce bien commun que les frères ont déterminé ensemble. Il arrive parfois que l'on doive insister, « au nom de l'obéissance ». Mais dans ce cas, ce serait une erreur de croire que c'est la meilleure image de l'obéissance, puisqu'elle est pour nous avant tout fondée sur une attention mutuelle, dans laquelle nous cherchons tous deux à comprendre ce qui est juste et meilleur.

     Je vais à présent vous faire partager quelques brèves observations sur quelques uns des défis que nous relevons en saisissant la responsabilité aux différents niveaux de gouvernement dans l'Ordre. Ce n'est en aucune manière un tableau exhaustif. Il y faudrait un livre.

3.2 Le gouvernement conventuel

     Il est fondamental pour la vie de l'Ordre que nous partagions la responsabilité dans les communautés où nous vivons. Nous n'élisons pas un frère supérieur de la communauté pour nous décharger de la responsabilité de nos vie et mission communes, mais pour nous aider à les partager. Dans certaines provinces, il est difficile de trouver des frères qui acceptent leur élection au priorat. Une raison possible est que nous comptons sur lui pour assumer seul toutes les responsabilités. Le prieur, ayant d'abord été une figure majestueuse, est parfois devenu le régisseur de la maison, celui qui doit perpétuellement résoudre les problèmes de la communauté. Que mon ampoule ne marche plus ou que le chauffage central ne fonctionne pas, c'est au prieur de résoudre le problème. Ce n'est qu'en devenant prieur d'Oxford que j'ai rencontré le problème de savoir comment le lait va de la vache au pot, pour que je puisse mettre du lait dans mon café! En vérité le prieur est appelé à « servir par la charité » (LCO 299), mais cela ne signifie pas que nous pouvons lui entasser toutes les responsabilités sur les épaules, et le laisser seul et sans secours. Le droit que nous avons d'élire un supérieur implique le devoir de le soutenir dans la construction de notre vie et notre mission communes.

     Les supérieurs ont aussi besoin du soutien du provincial et de son conseil. Plusieurs provinces tiennent des réunions annuelles des supérieurs, où discuter les défis qu'ils affrontent et s'offrir mutuellement soutien et encouragement. La province de Saint-Albert-le-Grand aux États-Unis a même édité un excellent manuel pour aider les nouveaux supérieurs à comprendre leur rôle et comment y survivre.

     Serviteur du bien commun, le prieur a parmi ses tâches principales celle de présider le chapitre et d'aider les frères à rechercher un consensus. Il doit par-dessus tout s'assurer que tous les frères ont une voix, en particulier les plus timides ou ceux qui soutiennent des idées minoritaires. Il est là pour protéger le faible contre le fort. « Il y a des frères fragiles qui peuvent beaucoup souffrir de l'écrasement que leur imposent, bien involontairement, les fortes personnalités. Le rôle du prieur est de les protéger, d'une part en mettant leurs dons en valeur, et d'autre part en faisant prendre conscience aux fortes personnalités du devoir qui leur incombe de ne pas écraser les autres. » Sainte Catherine écrivait aux dirigeants de Bologne qu'ils laissaient souvent les forts s'en sortir à bon compte, alors qu'avec les faibles « qui sont bien peu de chose et dont ils n'ont rien à craindre, ils montrent un grand zèle pour la justice; et sans nulle pitié ni miséricorde, ils infligent de sévères châtiments à la moindre faute ». Même un supérieur de communauté dominicaine peut être tenté de montrer plus de zèle à désigner les manquements du faible que ceux du fort.

     Le supérieur doit consacrer du temps à chaque frère. Il ne suffit pas de présider aux réunions de la communauté. Il doit être attentif à chaque frère, et les rencontrer régulièrement seuls, afin que chacun d'eux puisse partager ses espoirs et ses craintes librement, sûr de trouver une oreille attentive. Surtout, un supérieur doit avoir le souci de la dignité de chaque frère. Si je puis donner un conseil, c'est bien celui-ci: ne laissez jamais, au grand jamais, humilier un frère.

     L'une des fonctions les plus importantes du supérieur consiste à aider la communauté à déterminer son « projet communautaire ». Son caractère central pour nos vie et mission communes a été souligné par les trois derniers chapitres généraux de l'Ordre, mais certaines provinces le négligent. Cela est parfois dû à un malentendu qui fait croire que chaque communauté doit identifier une tâche unique à laquelle tous les frères doivent se consacrer, comme par exemple une école ou une paroisse. La première étape est pour chaque frère de parler à la communauté de sa vie et de ses ministères, de partager les joies et les déceptions qu'il rencontre. Mais cela doit nous conduire plus loin, à une profonde collaboration dans nos tâches respectives, et à l'émergence d'une mission commune. C'est le moment pour la communauté d'évaluer ensemble la présence apostolique de l'Ordre dans une région, et jusqu'où elle est en cohérence avec les priorités de l'Ordre. Je soutiens fortement la recommandation 44 du chapitre général de Caleruega, que chaque communauté tienne des journées annuelles pour évaluer les ministères des frères et planifier l'année à venir.

     La démocratie ne signifie pas que le prieur doive tout soumettre au chapitre. Nous élisons des frères pour assumer certaines responsabilités afin de pouvoir être libres pour la mission. Ayant élu un frère pour gouverner, nous devons le laisser libre de le faire. Les Constitutions définissent quand le prieur doit consulter la communauté, ou quand le chapitre ou le conseil a pouvoir de décider. Mais le supérieur ne devrait pas s'en servir comme excuse pour nier à la communauté la responsabilité de quoi que ce soit d'important pour les frères. « Ce qui concerne tous doit être approuvé par tous. » Le principe fondamental fut établi par Humbert de Romans au XIIIe siècle, selon lequel le prieur doit consulter la communauté pour tous les sujets d'importance, mais ce n'est pas la peine de le faire si la question est insignifiante, et pour ce qui est des sujets intermédiaires, la prudence voudrait qu'il consulte ses conseillers.

     Le rôle démocratique du chapitre est tellement central pour notre vie que nous sommes parfois tentés de considérer que le prieur n'est que le président du chapitre, que son unique rôle est de guider les débats de manière que les frères parviennent, si possible, à un consensus. Mais les Constitutions (LCO 299, 300) précisent aussi clairement que le prieur a un rôle de garant de la vie religieuse et apostolique de la communauté. Par exemple, il doit prêcher aux frères régulièrement. Cela n'entame en aucune façon le principe démocratique. Cela démontre que la communauté locale fait partie de la province, tout comme la province fait partie de l'Ordre, et la communauté locale ne peut donc pas prendre de décisions en contradiction avec ce que les frères ont décidé en chapitre provincial ou général. C'est justement au nom de notre démocratie la plus large que le prieur local peut juger qu'il ne saurait accepter la volonté de la majorité. Si les frères devaient voter l'installation d'un sauna dans chaque cellule, il devrait refuser son consentement!

3.3 Le gouvernement provincial

     Au chapitre général de Mexico, la province est décrite comme le centre normal d'animation du dynamisme apostolique de l'Ordre (N° 208). C'est au niveau de la province qu'une grande part de la planification effective de la mission de l'Ordre doit avoir lieu. Ayant à ce jour visité quelque trente-cinq entités de l'Ordre, je vais devoir faire de grands efforts pour limiter mon texte. Rendez grâce que je n'aie pas attendu une autre année pour écrire cette lettre ! Je regrette qu'il n'y ait pas eu de place pour parler des relations des vicariats avec les provinces.

a) Créer de nouveaux projets

     Chaque province a besoin d'établir des projets et institutions qui donnent corps et forme à notre mission commune. Pour la plupart, nous sommes amenés à l'Ordre par notre désir d'être prêcheurs. Mais quelle forme prend cette prédication? Quels projets incarnent aujourd'hui notre charisme dominicain?

     Nous pouvons succomber à la profonde suspicion envers les institutions qui fait partie de notre culture contemporaine, et pourtant la fondation de l'Ordre fut un acte de suprême créativité institutionnelle. Dominique et ses frères ont répondu au besoin de prêcher l'Évangile avec une extraordinaire imagination, l'invention d'une nouvelle institution, notre Ordre. Nous avons besoin d'une telle créativité. Les institutions ne sont pas nécessairement complexes ou coûteuses: une station de radio ou une page sur Internet, une université ou un groupe de musique, un couvent ou une galerie d'art, une librairie ou une équipe de prêcheurs itinérants. Tous sont des « institutions » pouvant soutenir de nouvelles voies de prédication. L'incarnation du Verbe de Dieu à de nouvelles frontières exige de nouvelles conceptions.

     Quand nous nous réunissons en chapitre pour planifier les missions de nos provinces, nous devons toujours nous demander si les institutions que nous entretenons servent la mission de l'Ordre. Nous donnent-elles une voix dans les débats d'aujourd'hui? Saint Dominique envoya les frères dans les nouvelles universités, parce que c'était là que les questions importantes de l'époque étaient discutées. Où nous enverrait-il aujourd'hui?

     La planification de la mission nous demande cette créativité institutionnelle, la capacité d'imaginer de nouveaux projets, de nouvelles chaires, qui donnent à l'Ordre une voix et une visibilité. À une certaine période, les jeunes dominicains français avaient inventé une nouvelle forme de mission: « la mission à la plage », qui fut très populaire! Un frère américain, chargé d'une mission dans le sud protestant du pays, transforma une caravane en chapelle itinérante avec une chaire. Si nous voulons vraiment partager de toute urgence la bonne nouvelle de Jésus Christ, alors nous utiliserons pleinement notre imagination.

     Si nous n'avons pas ce courage et cette ingéniosité, soit nous resterons en panne, à attendre dans nos églises que les gens viennent à nous alors qu'ils seront ailleurs, assoiffés d'une parole. Ou bien nous nous retrouverons à travailler pour d'autres institutions, fondées par d'autres groupes, même des ordres religieux, qui auront eu plus d'audace et d'imagination que nous.

     Nous avons besoin de frères jeunes et de vocations nouvelles pour prêcher de manières que nous ne pouvons encore imaginer. Quand la province de Chicago acceptait des novices voici quelques années, qui aurait alors deviné qu'aujourd'hui, ces jeunes prêcheraient sur le World Wide Web et envisageraient même la fondation d'un centre d'étude virtuel?

b) Planifier

« C'est dans les rêves que commence la responsabilité » écrivait W. B. Yeats. Les chapitres provinciaux devraient être des moments où nous osons répondre aux défis en rêvant de nouveaux projets. Souvent les chapitres prennent des décisions courageuses et audacieuses, de s'engager davantage pour la justice et la paix, de développer notre présence dans les médias, d'envoyer des frères dans les missions. Dieu merci! Et pourtant, souvent, quatre ans après, il ne s'est pas passé grand chose. Il y a une prière pour les chapitres dans l'ancien missel dominicain, dans laquelle les frères prient pour que l'Esprit Saint leur fasse don « de chercher à discerner ces choses qu'(Il) désire, et utiliser leurs forces pour les accomplir ». Probablement cette prière était-elle nécessaire parce que les frères, alors comme aujourd'hui, trouvaient plus facile de prendre des décisions que de les mettre à exécution. Mais si nous n'apprenons pas à la fois à prendre les décisions et à les mettre en oeuvre, nous deviendrons des désenchantés de tout gouvernement, et notre liberté et notre responsabilité seront détruites.

     Incarner le Verbe dans notre temps, trouver de nouvelles formes de prédication maintenant, cela doit commencer par les rêves, mais aboutir à une planification rigoureuse et pratique. Le bon gouvernement repose sur la vertu de la prudence, une sagesse pratique. Nous devons parvenir à un accord sur ce que nous pouvons réaliser. Nous ne pouvons tout faire à la fois, aussi devons-nous déterminer l'ordre dans lequel réaliser les projets. Nous devons faire face aux conséquences de nos choix, même si cela implique une profonde réorientation de la mission et de la vie de la province. Nous devons décider du processus au cours duquel un projet sera planifié, proposé, évalué et mis en oeuvre. Si le processus ne fonctionne pas, nous devons alors chercher à comprendre pourquoi et comment y remédier.

c) Les défis de la croissance et de la diminution

     Il y a dans la vie d'une entité de l'Ordre des moments spécifiques où une planification attentive est particulièrement importante.

La transition vers une identité pleinement dominicaine

     Il y a des temps successifs dans la naissance de l'Ordre dans un nouveau pays. Il arrive parfois, dans les débuts, que pour nous faire accepter et entrer dans une nouvelle culture, nous devions accepter des apostolats qui n'expriment pas pleinement notre charisme de prêcheurs et d'enseignants.

     Partout dans l'Ordre, en Afrique, en Amérique Latine, en Europe de l'Est et en Asie, j'ai vu l'excitation et la difficulté de passer cette transition vers l'étape suivante de la vie dominicaine. C'est un moment de profonde transformation, où les frères essaient de former des communautés, d'abandonner certaines paroisses, d'adopter de nouveaux apostolats, d'établir des centres de formation et d'étude, de monter un corps professoral. L'épanouissement de l'Ordre dépend de la capacité des frères à traverser ce moment de transition dans une compréhension et un soutien mutuel.

     Pour les frères âgés, les « pères fondateurs » peut-être, ce sera un moment douloureux parce que les aspirations des jeunes paraissent rejeter tout ce qu'ils ont accompli. Ils ont accueilli dans l'Ordre des jeunes qui semblent vouloir détruire l'oeuvre de leur vie, en invoquant de plus le caractère « pleinement dominicain ». Pour les jeunes aussi ce sera une période d'angoisse, où ils se demandent s'ils seront capables de réaliser leurs rêves d'une vie dominicaine plus développée.

     Dans ces moments de transition, nous avons besoin d'une planification et d'une consultation bien pensées. Mais ce n'est pas uniquement une question d'administration. Nous devons à la fois montrer que nous apprécions ce que les anciens ont fait, et vivre ce moment comme un temps de mort et de renaissance, sur les traces du Christ. Lors d'une retraite qu'il donnait aux frères du Pakistan à l'époque où naissait la nouvelle vice-province, Mgr Paul Andreotti dit aux frères venus de l'étranger: « Certains d'entre vous vont maintenant décider de rentrer dans leurs provinces, mais ceux qui choisiront de demeurer doivent être parfaitement sûrs de leurs motivations. Je crois que Jésus nous offre un chemin pour mourir. » Si les frères âgés peuvent parcourir ce chemin dans la joie, ils donneront aux jeunes la plus profonde formation. Car la formation, surtout pour un frère mendiant itinérant, c'est toujours un apprentissage du dépouillement.

     Gilbert Márkus OP disait au chapitre général de Caleruega: « Si ces jeunes viennent à l'Ordre pour suivre le Christ, eux-mêmes devront aussi être guidés dans l'art de mourir. Ils se sont confiés à l'Ordre, et une partie de la responsabilité que nous assumons en recevant leur profession est la responsabilité de leur enseigner cet art. Il n'y a aucun espoir pour un jeune dominicain qui ne parvient pas à saisir un tant soit peu, au cours de sa formation, comment il doit se perdre, mourir à lui-même. Ce n'est pas une excuse pour que les frères plus âgés se tiennent sur la défensive, accrochés à leur propre position, ou résistent au changement. Ils doivent plutôt mener les jeunes sur le chemin du sacrifice, et cela veut dire le parcourir avec eux, donner un exemple de générosité. »

La diminution

     Très peu de provinces de l'Ordre meurent, quoique plusieurs, en particulier en Europe occidentale, diminuent. Comment ces provinces peuvent-elles garder la capacité d'entreprendre de nouveaux projets et des initiatives nouvelles?

     Une province doit se demander ce qu'elle veut vraiment. Quelle est sa mission aujourd'hui? À quels nouveaux défis doit-elle faire face? Quelles nouvelles formes de prédication peut-elle élaborer? Pour en avoir la liberté, elle pourrait bien devoir prendre des mesures radicales. Il sera peut-être nécessaire de fermer deux maisons pour gagner la liberté d'en ouvrir une autre, qui offrira de nouvelles possibilités. Mieux vaut prendre des mesures énergiques afin de nous libérer, plutôt que nous contenter de battre lentement en retraite, victimes passives de circonstances qui échappent à notre contrôle. Comment prêcher la liberté des enfants de Dieu si nous avons nous-mêmes renoncé à toute liberté? Comment être les messagers de l'espérance si nous avons abandonné tout espoir de faire quelque chose de neuf pour Dieu? À moins qu'on ne nous voie saisir cette liberté, nous n'attirerons ni ne retiendrons jamais de vocations.

d) Le provincial et son conseil

     Le conseil provincial est élu pour assister le provincial dans son gouvernement de la province en proposant des avis et prenant des décisions. Les conseillers ont pu être élus parce qu'ils représentaient une diversité d'opinions, ou de couvents, ou d'intérêts, mais ils ne sont pas membres du conseil pour représenter un groupe ou une idéologie. Le développement d'une faction au sein du conseil minerait son service de la province. Son rôle est d'aider le provincial à mettre en oeuvre les décisions du chapitre et rechercher le bien commun. Cela demande un profond respect de la confidentialité, sans quoi le provincial ne pourra bénéficier du soutien dont il a besoin.

     Dans sa mise en oeuvre des décisions du chapitre et dans sa recherche du bien commun, le provincial devra parfois prendre des décisions douloureuses. J'ai déjà évoqué la souffrance parfois provoquée par les assignations (3.1.c). On ne gouverne cependant pas une province selon le principe consistant à attendre que les frères se portent volontaires pour les ministères. Si demander des volontaires peut sembler le signe d'un respect de la liberté des frères, hormis quelques circonstances très exceptionnelles, c'est une erreur d'interprétation de la nature de la liberté dans laquelle nous nous sommes donnés à la mission de l'Ordre. Cela entame aussi la liberté de la province pour prendre des décisions et les mettre en oeuvre effectivement. Enfin, cela repose sur la supposition que le meilleur juge de ce dont un frère est capable est ce frère lui-même. Nous pouvons nous tromper radicalement. Parfois, un frère peut se prendre pour le véritable successeur de saint Thomas alors qu'il tient plutôt du boeuf muet. Plus souvent, les frères sous-estiment ce dont ils sont capables. Je me fie à mes frères pour savoir ce que je ferai le mieux. Cela fait partie de la confiance qui soude l'Ordre.

     Un provincial ou le Maître de l'Ordre doit quelquefois casser une élection. Cela aussi peut être douloureux. On aura l'air de toucher aux droits démocratiques des frères à choisir leur supérieur. Pourtant, il faut parfois le faire, justement parce que ces supérieurs ont eux-mêmes été élus démocratiquement pour avoir le souci du bien commun de la province et de l'Ordre. Ce serait toucher à la démocratie que de refuser d'assumer la responsabilité pour laquelle ils ont été élus. Il y a différentes étapes dans ce processus. La communauté vote; le supérieur doit décider de confirmer ou casser l'élection; le frère élu peut accepter ou refuser; le supérieur doit décider d'accepter le refus ou d'insister. À chacun de ces moments, nous devons pouvoir exercer la responsabilité qui nous incombe, sans interférence ni pression, afin de pouvoir découvrir ce qui favorise vraiment le bien commun.

3.4 Le Maître de l'Ordre et le conseil généralice

     Le gouvernement général de l'Ordre est lié aux autres niveaux de gouvernement selon les mêmes principes suggérés en 3.1, l'itinérance, le soutien mutuel, et la recherche du bien commun le plus large.

a) Affermir les frères

     Le premier rôle du Maître de l'Ordre et du conseil généralice est de soutenir les frères, et en fait toute la Famille dominicaine. Partout où je voyage, je rencontre des frères et des soeurs qui prêchent l'Évangile avec un formidable courage, souvent dans des situations de pauvreté et de violence. C'est là une source d'inspiration pour le conseil et moi-même.

     Le principal moyen pour le Maître de l'Ordre d'affermir les frères passe par les visites, en essayant de rencontrer tous les frères. C'est un privilège et une joie. Le programme est si rempli qu'il reste bien peu de temps pour autre chose. Entre novembre dernier et ce mois de mai, j'ai passé à Rome moins de quatre semaines. Je n'ai pas pu, comme je l'avais espéré, visiter les frères et soeurs de la région des Grands Lacs en Afrique, pour leur apporter le soutien dont ils ont besoin. C'est une question que je poserai au chapitre général de Bologne: si nous ne devrions pas repenser la manière dont sont faites les visites, afin que le Maître de l'Ordre ait la liberté de répondre autrement aux besoins de l'Ordre.

     Quand une province passe par un profond processus de renouvellement ou affronte une période de crise, une visite occasionnelle ne suffit pas. De plus en plus, le conseil généralice constate la nécessité d'accompagner certaines provinces de l'Ordre face à des défis difficiles. Nous devons les soutenir pour qu'elles trouvent la force et le courage de prendre les décisions pénibles nécessaires à leur renouvellement. Le socius du Maître pour la province en question a souvent un rôle exigeant, d'accompagnement des frères devant les défis d'une reconstruction de la vie et du gouvernement dominicains.

     Il est rarement nécessaire que le Maître de l'Ordre intervienne directement dans le gouvernement d'une province. S'il le fait, cela peut être dur à supporter pour les frères. Il semble qu'on outrepasse leur droit démocratique à prendre des décisions touchant leur vie et leur mission. Pourtant toute intervention de ce type est toujours une tentative d'affermir les frères, et de les aider à trouver un renouveau dans leur liberté et leur responsabilité. Si le gouvernement au niveau provincial s'affaiblit ou se paralyse, le Maître doit parfois intervenir directement pour que les frères se retrouvent libres de faire face à l'avenir. C'est souvent le cas lorsque nous envisageons l'unification de provinces.

b) Le bien commun le plus large

     Le Maître de l'Ordre doit promouvoir l'unité de l'Ordre dans sa mission commune. Nous voyons plus clairement cette mission commune dans l'établissement de nouvelles fondations, dans le renouveau de l'Ordre là où il est fragile, et dans les maisons sous la juridiction immédiate du Maître.

     L'une des tâches les plus ardues du Maître de l'Ordre est de trouver les frères pour cette mission commune. Humbert de Romans écrivait à l'Ordre au XIIIe siècle que l'un des principaux obstacles à la mission de l'Ordre était « l'amour des frères pour leur terre natale, dont la séduction si souvent les piège que -- leur nature n'ayant pas encore été touchée par la grâce --, plutôt que de quitter leur pays et leurs relations et d'oublier leur nation, ils souhaitent vivre et mourir au milieu de leur famille et de leurs amis, ne se souvenant pas qu'en de semblables circonstances le Sauveur ne s'est pas même laissé rejoindre par sa propre mère ». Il y a des choses qui ne changent pas!

     En vérité, je peux dire que beaucoup de frères, en particulier les jeunes, ont un sens profond et croissant de cette mission commune de l'Ordre à laquelle nous sommes appelés. Certaines provinces sont profondément généreuses dans leur don de frères pour la mission commune de l'Ordre. Par exemple, nous avons trouvé des frères pour nous aider à reconstruire l'Ordre dans l'ex-Union Soviétique. Cependant, il est souvent difficile de trouver les frères dont nous avons besoin, par exemple pour soutenir les frères du Rwanda et du Burundi en cette période de souffrance. Nous avons besoin de frères pour la fondation de l'Ordre dans l'Ouest du Canada. Nous avons besoin de frères pour renouveler et soutenir nos centres d'étude internationaux.

     Comment approfondir notre participation à la mission commune de l'Ordre? Cela nous demande de grandir ensemble, dans la grâce et la vérité du Verbe Incarné.

  1. Nous sommes appelés à la totale et gratuite générosité du Verbe. Ce n'est pas seulement la générosité d'une province qui donne un frère disponible, ou même qui demande des volontaires. Ce sont souvent justement les frères qui ne sont pas disponibles dont nous avons besoin. Cela impose de redéfinir les priorités de la province à la lumière des besoins de notre mission commune. Par exemple, en Amérique Latine, nous essayons de renouveler l'Ordre en demandant aux provinces les plus solides de travailler étroitement avec les provinces où nous sommes plus fragiles. Nous évoluons vers une sorte de partenariat dans lequel on demande à une province d'accompagner une autre entité. Nous demandons à ces provinces de redéfinir leur mission à la lumière des besoins de l'Ordre.
  2. Cela nécessite que nous vivions dans la vérité. Tout d'abord la vérité de ce que signifie être frère dominicain. Nous avons fait notre profession au Maître de l'Ordre pour la mission de l'Ordre. Bien sûr la mission de chaque province est une expression de cette mission. Mais il nous faudra parfois exprimer notre identité dominicaine la plus profonde par l'affranchissement, pour la mission, des limites de notre province.
  3. Cela requiert que nous cherchions ensemble, en vérité, à savoir quelles sont nos ressources pour la mission commune. Cela exige de nous une immense confiance mutuelle. Lorsque le Maître de l'Ordre demande à un provincial s'il y a un frère qui conviendrait pour telle fonction dans notre mission commune, un instinct bien compréhensible va parfois à la protection des intérêts de la province. Il nous faut, pour discerner le bien commun, une profonde confiance et transparence, afin de pouvoir dialoguer sur la meilleure façon de répondre aux besoins de l'Ordre tout en respectant la situation de la province. Par le passé, il était courant pour les Maîtres de l'Ordre d'assigner tout simplement les frères hors de leur province, fut-ce contre la volonté des provinciaux. Il est encore nécessaire de le faire quelques fois, tout comme un provincial doit parfois assigner un frère d'un couvent à un autre, malgré la réticence du supérieur. Mais en fin de compte notre mission commune nous demande espoir et confiance réciproque, grâce et vérité.

3.5. L'incarnation du gouvernement dominicain dans des cultures différentes

     Le Verbe s'est fait chair dans une culture particulière. Cependant, le Verbe transforme ce qu'il touche, levain d'une vie nouvelle. Une nouvelle forme de communauté est née, et la chair se fait verbe et communion.

     De même le gouvernement dominicain porte la marque des temps et lieux de sa naissance, un moment déterminé dans l'histoire de l'Europe. Nous sommes nés à une époque d'expérimentation de nouvelles formes d'institutions démocratiques, et d'intense fermentation intellectuelle. Comment cette forme de gouvernement se fera-t-elle véritablement chair dans l'Ordre au cours des années qui viennent, alors que deux tiers des frères en formation sont issus d'une culture non-occidentale ? Comment s'incarnera-t-elle dans la culture occidentale contemporaine, avec ses forces et ses faiblesses, son amour de la liberté et sa tentation du consumérisme? Au coeur de notre tradition du gouvernement il y a la recherche de la vérité, par le débat et le dialogue. Comment soutiendrons-nous le gouvernement dominicain dans une société où l'idée même de vérité est en crise? L'incarnation du gouvernement dominicain dans toutes ces cultures est toujours à la fois un défi et une richesse. Il devrait témoigner d'une liberté et d'une responsabilité profondément évangéliques, mais les cultures différentes nous aideront à apprendre la véritable signification de ces valeurs.

     Les cultures africaines par exemple, peuvent nous aider à comprendre la nature du débat, l'importance du temps et de la patience dans l'écoute de nos frères; en Amérique du nord, l'immense sens du respect de l'individu peut approfondir notre compréhension de la liberté dominicaine; en Europe de l'est, l'engagement passionné pour la foi peut nous aider à comprendre ce que veut dire donner sa vie à l'Ordre; en Amérique Latine, nous pouvons apprendre combien est essentiel à notre prédication l'engagement pour la justice.

     Pour autant, il est également vrai que notre tradition dominicaine de gouvernement offre un défi à toutes les cultures dans lesquelles nous implantons l'Ordre. Elle peut interpeller le pouvoir de l'identité tribale en Afrique; elle critique l'individualisme de l'Amérique contemporaine; elle invitera les frères d'Europe de l'est à se libérer des effets d'années de pouvoir communiste et à croître dans une confiance mutuelle. En Amérique Latine, la tradition du coup d'état ne favorise pas toujours l'orientation vers un engagement profond pour nos structures élues de gouvernement.

     Le défi consistera souvent à comprendre quand une culture nous invite à une nouvelle vision et quand elle risque de déformer ce qui est essentiellement dominicain dans notre gouvernement. Le respect pour les anciens dans la société africaine nous offre-t-il une nouvelle vision de l'autorité propre à chaque génération, ou est-il contraire à notre tradition démocratique? La pratique adoptée par certaines provinces occidentales, consistant à permettre aux frères d'avoir des comptes bancaires privés, conduit-elle à approfondir un véritable sens dominicain de la responsabilité, ou amène-t-elle une privatisation de la vie qui détruit notre vie commune?

     Répondre à ces questions prendra du temps. Les chapitres généraux, les rencontres régionales de frères dans chaque continent, et jusqu'aux visites du Maître devraient apporter une aide aux frères pour trouver notre chemin vers la découverte du sens de la responsabilité et de la liberté dans une société particulière. Le temps, la prière, le débat honnête et le contact avec les dominicains d'autres cultures seront nécessaires pour parvenir à comprendre véritablement comment mettre en oeuvre le gouvernement dans chaque société. Il est bon de prendre ce temps, à la fois pour le profit de l'Ordre, et pour que nous construisions partout où nous sommes des communautés sachant offrir un témoignage vrai de fraternité.

CONCLUSION

     Je n'ai pas abordé un grand nombre de thèmes centraux pour le gouvernement. Par exemple je n'ai pas discuté gouvernement et argent, ni l'importance des visites. Je n'ai dit qu'un mot à peine de la Famille dominicaine ou de la collaboration régionale. Il y a une limite à ce que l'on peut écrire dans une lettre.

     Dans la vision de sainte Catherine, Dieu dit: « Dominique s'est allié à ma Vérité en montrant qu'il ne voulait pas que le pécheur meure, mais plutôt qu'il soit converti et qu'il vive. Il a fait son navire vaste, heureux, et parfumé, un jardin des plus délicieux » dans lequel « aussi bien le parfait que le moins parfait ont leur place ». Là, grâce et vérité du Verbe incarné s'unissent en miséricorde. C'est ce qui rend le navire si vaste, lieu où nous autres moins parfaits pouvons être chez nous. Ce navire peut aller de l'avant, lentement ; on ne sait pas toujours clairement dans quelle direction il va, et l'équipage change de rôles avec une fréquence surprenante. Mais c'est un endroit où nous pouvons espérer grandir dans la liberté de Dominique, avec nos hésitations et erreurs, confiants dans la miséricorde de Dieu et celle des autres.

Frère Timothy Radcliffe, o.p.
Maître de l'Ordre

Le 10 mai 1997, Fête de saint Antonin OP

 


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spacer Vitrail. Gaston Petit, o.p.