(Suite)
2.4
Comment nous soutenir mutuellement?
Si
nous laissons cet amour qu'est Dieu nous toucher, nous
prendrons lentement vie. Il pourrait sembler plus sûr
de rester morts, invulnérables, intouchables.
Mais en est-il bien ainsi? « La nature abhorre
le vide. Des choses terribles peuvent arriver à
un homme au coeur vide. En dernier ressort, mieux vaut
courir le risque d'un scandale de temps en temps que
d'avoir un monastère -- un choeur, un réfectoire,
une salle de récréation -- pleins de morts.
Notre Seigneur n'a pas dit: "Moi, je suis venu pour
qu'ils aient la sécurité et qu'ils l'aient
en abondance." Certains d'entre nous donneraient absolument
n'importe quoi pour se sentir en sécurité,
sûrs de leur vie dans ce monde comme dans le prochain,
mais nous ne pouvons pas avoir les deux: la sécurité
ou la vie, il faut choisir. » (29)
Si nous choisissons la vie, nous aurons besoin de communautés
qui nous soutiennent dans notre venue à la vie,
qui nous aident à grandir dans un amour véritablement
saint, un partage des flots ruisselants de la Parole
de Dieu.
a)
Des communautés d'espérance
Par-dessus
tout, nous devons nous offrir réciproquement
espérance et miséricorde. Souvent, nous
sommes amenés à l'Ordre par notre admiration
des frères. Nous espérons leur devenir
semblables. Bien vite, nous découvrons qu'ils
sont en fait exactement comme nous, fragiles, pécheurs
et égoïstes. Ce moment peut être une
profonde désillusion. Je me souviens d'un novice
qui se plaignait de cette triste découverte.
Le maître des novices lui répondit: « Je
me réjouis d'apprendre que tu ne nous admires
plus. Maintenant, nous avons peut-être une chance
que tu commences à nous aimer. » Le
mystère rédempteur de l'amour de Dieu
ne se manifeste pas dans une communauté de héros
spirituels, mais dans une communauté de frères
et de soeurs qui s'encouragent mutuellement au long
du voyage vers le Royaume, avec espérance et
miséricorde. Le Seigneur ressuscité apparaît
au sein d'une communauté d'hommes timides et
sans force. Si nous voulons le rencontrer, nous devons
oser être là avec eux. Jourdain de Saxe
écrivait aux frères de Paris, qui étaient,
c'est clair, tout à fait comme nous: « Cela
ne peut pas être, que Jésus apparaisse
à ceux qui se sont coupés de l'unité
de la fraternité: Thomas, pour n'avoir pas été
avec les autres disciples quand vint Jésus, se
vit refuser de le voir: et vous iriez vous penser plus
saints que Thomas? » (30)
Par-dessus
tout, nous aurons besoin de nos communautés si
nous échouons en amour. Nous échouerons
par exemple parce que nous entrons dans une période
de stérilité où nous nous sentons
incapables du moindre amour, où nos coeurs de
chair ont été remplacés par des
coeurs de pierre. Alors, nous aurons besoin de nos frères
et soeurs pour croire à notre place que:
« Enfouie
au fin fond de soi
-- qu'importe un passé de trahison
ou combien perverti --
enfouie au fin fond de soi
la semence de l'amour demeure. » (31)
Nos
communautés doivent être des lieux dans
lesquels il n'y a pas d'accusation, « puisqu'on
a jeté bas l'accusateur de nos frères »
(Ap 12,10). Il peut nous arriver de pécher et
sentir que nous avons anéanti notre vocation,
que nous devons quitter l'Ordre honteusement. C'est
alors que nos frères et soeurs devront croire
pour nous en la miséricorde de Dieu quand nous
trouverons peut-être dur d'y croire nous-mêmes.
Si Dieu peut faire fleurir l'arbre mort de Golgotha,
il peut tirer des fruits de mes fautes. Nous aurons
peut-être besoin de nos frères pour croire,
quand nous en serons incapables, qu'un échec
n'est pas la fin de tout, mais que Dieu, dans son infinie
fertilité, peut en faire une étape sur
le chemin de la sainteté. Même nos péchés
peuvent participer de nos maladroites tentatives pour
aimer. Toutes ces années d'aventures sexuelles
d'Augustin firent peut-être partie de sa quête
de celui qui fut le bien-aimé, et cette chasteté
ne fut pas la fin de son désir mais sa consommation.
b)
La communauté et l'orientation sexuelle
C'est
là que les différences culturelles sont
le plus clairement visibles. Il nous faut beaucoup de
délicatesse pour éviter de scandaliser
ou de blesser nos frères et soeurs. Dans certaines
cultures, admettre à la vie religieuse des personnes
d'orientation homosexuelle est de fait impensable. Chez
d'autres, c'est accepté sans problème.
Tout ce qui s'écrit sur le sujet est probablement
examiné à la loupe pour savoir si l'on
est « pour » ou « contre »
l'homosexualité. Ce n'est pas la bonne question.
Ce n'est pas à nous de dire à Dieu qui
appeler ou non à la vie religieuse. Le chapitre
général de Caleruega a affirmé
que les mêmes exigences de chasteté s'appliquent
à tous les frères quelque soit leur orientation
sexuelle, et par conséquent personne ne peut
être exclu sur cette base. Cette question a été
fort débattue à Caleruega et je suis sûr
que cela va continuer.
Comment
nos communautés peuvent-elles aider et soutenir
les frères confrontés à la question
de leur orientation sexuelle? Nous devons tout d'abord
reconnaître qu'elle touche profondément
le sentiment intime de qui nous sommes. C'est par conséquent
une question délicate et importante pour de nombreux
jeunes qui entrent dans l'Ordre, pour deux raisons.
Premièrement, il y a souvent une profonde soif
d'identité. Pour nombre de jeunes, la question
primordiale est: « Qui suis-je? »
Deuxièmement, en raison de l'adolescence prolongée
qui caractérise de nombreuses cultures aujourd'hui,
la question de l'orientation sexuelle n'est souvent
résolue que fort tard. Nous recevons parfois
des demandes de dispenses de frères qui n'ont
réalisé que tardivement dans la vie qu'ils
sont au fond hétérosexuels et peuvent
donc se marier.
Quand
un frère parvient à la conclusion qu'il
est homosexuel, il est important qu'il sache qu'il est
accepté et aimé tel qu'il est. Il vit
peut-être dans la terreur d'être rejeté
et accusé. Mais cette acceptation est du pain
pour son voyage à la découverte d'une
identité plus profonde, celle d'enfant de Dieu.
Car aucun de nous, hétérosexuel ou homosexuel,
ne trouve son identité la plus profonde dans
son orientation sexuelle. Qui nous sommes au fin fond,
nous le découvrons dans le Christ. « Bien-aimés,
dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu,
et ce que nous serons n'a pas encore été
manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation
nous lui serons semblables, parce que nous le verrons
tel qu'il est. » (1 Jn 3,2) Par
nos voeux, nous nous engageons à suivre le Christ,
et à découvrir notre identité en
lui. Cela fait partie de notre pauvreté que d'être
entraînés au-delà de ces petites
identités. « À la racine de
tous les autres désirs possessifs, réside
le désir -- en fin de compte possessif -- d'être
un "moi": le désir de trouver en mon coeur non
pas cet innommable abîme dans lequel, comme dans
le vide, le Dieu sans nom est inévitablement
submergé, mais une identité que je puisse
posséder, une identité définie
par la possession que j'en ai. » (32)
Tout frère qui placerait son orientation sexuelle
au coeur de son identité publique se tromperait
sur son identité la plus profonde. Il s'arrêterait
sur le bord de la route alors qu'il est appelé
à marcher jusqu'à Jérusalem. Ce
qui est fondamental, c'est que nous puissions aimer,
et soyons donc des enfants de Dieu, et non vers qui
nous sommes attirés sexuellement. Mais cela ne
concerne pas seulement un sentiment personnel d'identité
individuelle. Nous avons une identité réciproque
de frères et de soeurs. Nous sommes responsables
des conséquences sur nos frères de notre
manière de nous présenter, en particulier
dans un domaine aussi sensible que celui de l'orientation
sexuelle.
Aussi
chaque frère doit-il être accepté
tel qu'il est. Mais l'émergence, à l'intérieur
d'une communauté, de sous-groupes basés
sur l'orientation sexuelle serait un puissant facteur
de division. C'est une menace pour l'unité de
la communauté; cela peut rendre plus difficile
aux frères de pratiquer la chasteté à
laquelle nous sommes voués. Cela peut pousser
les frères à penser à eux-mêmes
d'une manière qui n'est pas centrale à
leur vocation de prêcheurs du Royaume, et dont
ils découvriraient peut-être en fin de
compte qu'elle est fausse.
c)
Tomber amoureux
Quelque
suprême que nous présentions la révélation
par l'amitié de cet amour qui est la vie de Dieu,
malgré tout, nous pouvons tomber amoureux, et
il arrive que ce soit l'une des expériences les
plus significatives de notre existence. Une des premières
questions que l'on m'ait posées en public après
mon élection comme Maître de l'Ordre, durant
la réunion d'une grande foule d'étudiants
dominicains des Philippines, fut la suivante: « Timothy,
es-tu déjà tombé amoureux? »
Et la seconde question fut: « C'était
avant ou après ton entrée dans l'Ordre? »
Si cela arrive, nous aurons alors vraiment besoin du
soutien et de l'amour de notre communauté.
Pour
un frère ou une soeur qui a fait profession de
sa vie dans l'Ordre, tomber amoureux est quasiment à
coup sûr un moment de crise. Mais, comme Jean-Jacques
Pérennès, op ne manque pas de nous le
rappeler au conseil généralice, une crise
est un moment d'opportunité. Elle peut être
féconde. Toute expérience d'amour peut
être une rencontre avec le Dieu qui est amour.
Tomber amoureux peut être le moment où
se déchire notre égocentrisme et nous
découvrons que nous ne sommes pas le centre du
monde. Cela peut démolir, au moins pour un temps,
ce souci de soi qui nous tue. Tomber amoureux, c'est
« pour beaucoup de gens la plus extraordinaire
et révélatrice expérience de leur
vie, par laquelle le centre signifiant est soudain arraché
au moi et l'ego rêveur se cogne à la conscience
d'une réalité entièrement distincte »
(33).
Après
avoir passé par cette profonde expérience
de « décentrement », on ne
peut pas continuer simplement sa vie comme si de rien
n'était. On ne peut pas faire semblant de n'avoir
jamais rencontré cette personne, et de pouvoir
retourner à notre ancienne vie comme si de rien
n'était. Et ce peut être l'une des raisons
pour lesquelles un frère qui tombe amoureux peut
demander une dispense de ses voeux, car cette ancienne
vie à laquelle il s'était voué
est dépassée.
Alors
que Thomas Merton, cistercien américain, était
au sommet de sa célébrité d'auteur
spirituel, il tomba amoureux fou d'une infirmière
qui l'avait soigné à l'hôpital.
Il écrivit dans son journal: « (J'étais)
tourmenté par la réalisation progressive
que nous étions amoureux et que je ne savais
pas comment vivre sans elle. » (34)
Comme le dit Othello à la perte de sa bien-aimée
Desdémone: « C'est en elle que j'ai
engrangé mon coeur, en elle que je dois vivre
ou ne plus supporter de vivre, elle, la fontaine qui
fait jaillir ma source ou l'assèche. »
Dans
ces moments là nous ne pouvons imaginer une vie
sans la personne que nous aimons et nous devons donc
prier de recevoir le don d'une vie que nous ne pouvons
absolument pas imaginer, une vie qui ne peut venir que
comme un don de Dieu. Sur la croix, Jésus n'attend
pas de vie imaginable, mais l'inconcevable et abondante
vie que le Père lui donnera. Dans ces moments-là
nous ne pouvons faire notre vie. Elle doit nous être
donnée.
C'est
tellement difficile alors de nous laisser aller entre
les mains du Père, confiants que cette mort ouvrira
la voie à la résurrection. Comme jamais
auparavant, nous aurons besoin de nos amis et de nos
frères et de nos soeurs, qui devront peut-être
croire pour nous quand nous ne pourrons pas, que dans
ce désert, nous pouvons rencontrer le Seigneur
de vie. Peut-être ne nous étions-nous jamais
senti si vivant, si vital. Peut-être sentons-nous
que cet amour est ce que nous avons attendu toute notre
vie. Comment prendre le risque de le perdre? Nous pouvons
devenir desséché, de mauvaise humeur et
frustré! À ce moment là, nous devons
croire que si nous restons fidèle à nos
voeux, Dieu sera fidèle aussi. Nous recevrons
la vie en abondance. Le biographe de Merton dit qu'en
fin de compte, l'expérience amoureuse de Merton
lui a apporté « une libération
intérieure, qui lui a donné un nouveau
sentiment de sûreté, l'abandon de ses précautions,
de ses défenses dans sa vocation et au fin fond
de lui-même » (35).
Je
pourrais avoir l'air de suggérer qu'une telle
expérience est quasiment une étape nécessaire
sur la voie de notre développement spirituel.
Tel n'est pas du tout mon propos. « Nul n'a
plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses
amis. » Comme religieux, nous nous engageons
à recevoir la plénitude de la vie dans
le mystère de cette amitié dénuée
de possessivité. Aussi pouvons-nous, prêtres
et religieux, infliger de terribles blessures à
nous-mêmes et aux autres en tombant amoureux.
Les autres nous perçoivent parfois comme « sans
danger » et nous-mêmes nous considérons
tels. Nous pouvons facilement abuser des autres en nous
livrant à une forme de « tourisme émotionnel »,
qui nous laisse libre de retourner à notre communauté
quand les choses deviennent trop dangereuses mais en
laissant éventuellement l'autre blessé,
et sa confiance en l'Église, voire en Dieu, à
jamais entamée.
d)
Le désert de la solitude
Dans
notre développement de personnes capables d'amour,
nous devons parfois traverser le désert. Ce peut
être parce que nous nous sentons incapables d'amour,
ou parce que nous tombons amoureux, ou nous manquons
à nos voeux. Si la vie apostolique nous conduit
à la déroute de Gethsémani, où
la vie perd toute signification, la crise en amour peut
alors nous confronter à la solitude de la croix.
L'expérience
de la solitude révèle sur nous-mêmes
une vérité fondamentale, à savoir
que seuls, nous sommes incomplets. Contrairement à
la perception dominante d'une grande partie de la société
occidentale, nous ne sommes pas des êtres autosuffisants,
indépendants. La solitude révèle
que tout seul, je ne peux pas vivre, je ne peux pas
être. Je n'existe que grâce à mes
relations avec les autres. Seul, je meurs. Cette solitude
révèle un vide, une vacuité au
coeur de ma vie. Nous pouvons être tentés
de le combler par tout une série de choses, la
nourriture, l'alcool, le sexe, le pouvoir ou le travail.
Mais le vide demeure. L'alcool ou autre n'est qu'une
soif de Dieu camouflée. Je soupçonne que
nous ne pouvons pas même remplir ce vide par la
présence des autres. Une pièce pleine
de gens seuls ne change rien. « L'horreur
de cette solitude se montre justement dans le fait que
tous la partagent, nul ne peut la soulager. »
(36) Quand Merton tomba amoureux,
il découvrit que ce qu'il recherchait n'était
peut-être pas sa bien-aimée, mais une solution
à ce creux au milieu de son coeur. Cette personne
était « celle dont j'essayais le nom
comme une formule magique pour briser l'emprise de l'affreuse
solitude de mon coeur » (37).
En
fin de compte, je soupçonne que cette solitude
ne doit pas simplement être supportée.
Elle doit être vécue comme une entrée
dans la solitude du Christ à sa mort, qui porte
et transforme toute la solitude humaine. « Mon
Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? »
Si nous le faisons, le voile du temple sera arraché
à moitié et nous découvrirons le
Dieu qui est au coeur de notre être, nous accordant
à tout moment l'existence: « Tu
autem eras interior intimo meo. Tu es plus près
de moi que moi-même. » (38)
Si nous prenons sur nous la croix de la solitude et
marchons avec elle, il nous sera révélé
que la perception moderne du moi n'est pas exacte. La
plus profonde vérité de nous-mêmes
est que nous ne sommes pas seuls. Au fin fond de mon
être Dieu me donne abondance de vie. Sainte Catherine
se décrivait dans le Dialogue comme « demeurant
dans la cellule de la connaissance de soi, afin de mieux
connaître la bonté de Dieu envers (elle) ».
La profonde connaissance de soi ne révèle
pas le moi solitaire de l'ère moderne mais celui
dont l'existence est inséparable du Dieu qui
nous accorde la vie à chaque instant.
Si
nous pouvons entrer dans ce désert et y rencontrer
Dieu, nous deviendrons libres d'aimer sans possessivité,
librement, sans domination ni manipulation. Nous pourrons
regarder les autres non pas comme des solutions à
nos besoins ou des réponses à notre solitude,
mais simplement là pour se réjouir. « Aussi,
tenez bon, et ne vacillez pas devant votre vide. »
C'est au pied de la croix, là où Jésus
donna l'un à l'autre sa mère et le disciple
qu'il aimait, qu'est née la communauté
de l'Église.
3.
LA VIE DE PRIÈRE
- « Je
vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu
de mon Père, je vous l'ai fait connaître. »
(Jn 15,15).
Celui
qui est touché par l'abondance de vie aime sans
possessivité, spontanément, joyeusement.
Son coeur de pierre devient un coeur de chair. Cette
profonde transformation de notre humanité implique,
suivant notre tradition, tout à la fois l'étude
et la prière. Jourdain de Saxe nous dit qu'elles
nous sont toutes deux aussi nécessaires que le
boire et le manger. Par l'étude, nous remettons
le coeur humain à neuf. Nous découvrons
cette « illumination intellectuelle qui nous
fait entrer dans l'affection de l'amour »
(39). L'étude et la prière
font toutes deux partie de la vie contemplative à
laquelle tout dominicain est appelé. Mais les
réflexions supplémentaires sur l'étude
vous seront épargnées, puisque j'ai déjà
écrit une lettre sur le sujet. Je vous ferai
partager quelques pensées sur la prière
et la plénitude de la vie.
3.1
La communauté de la Parole
À
la fin de la plupart des visites canoniques, le visiteur
fait quelques remarques édifiantes sur la nécessité
de prier davantage. Nous acquiesçons sagement
et formons de vagues résolutions. Est-ce qu'on
a l'impression que l'enjeu est bien de redonner vie
à ces ossements desséchés ?
Dès
la naissance, les parents commencent immédiatement
à parler à l'enfant. Bien avant qu'il
ne soit capable de comprendre, un enfant est nourri
de mots, baigné et bercé de mots. Le père
et la mère ne parlent pas à leur enfant
pour lui transmettre de l'information. Ils l'animent
de leur parole. Il devient humain dans cet océan
de langage. Petit à petit, il saura trouver une
place dans l'amour que partagent ses parents. Sa vie
croît en humanité.
De
même nous sommes transformés par l'immersion
dans la Parole de Dieu qui nous est adressée.
Nous ne lisons pas la Parole pour y chercher de l'information.
Nous y réfléchissons, nous l'étudions,
la méditons, vivons avec elle, la buvons et la
mangeons. « Que ces paroles que je te dicte
aujourd'hui restent dans ton coeur! Tu les répéteras
à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis
dans ta maison que marchant sur la route, couché
aussi bien que debout. » (Dt 6,6 ss).
Cette parole de Dieu travaille en nous, nous rend humains,
nous anime, nous forme à cette amitié
qui est la vie véritable de Dieu. Comme l'écrivait
Jourdain à Diane dans sa lettre de Noël
1229: « Relisez cette parole en votre coeur,
retournez-la en votre esprit, laissez-la devenir douce
comme le miel sur vos lèvres; méditez-la,
habitez-la, afin qu'elle puisse habiter avec vous et
en vous à jamais. » (40)
Un
couple de mes amis a adopté un enfant. Ils l'ont
trouvé dans une immense salle d'hôpital
à Saigon, orphelin de la guerre du Viêt-nam.
Les premiers mois, à l'hôpital, personne
n'avait eu le temps de s'en occuper ou lui parler. Il
a grandi sans savoir sourire. Mais ses parents adoptifs
lui ont parlé et souri, oeuvre d'amour. Je me
souviens du jour où, pour la première
fois, il a renvoyé un sourire. La Parole de Dieu
nous nourrit, afin que nous prenions vie, en humains,
et devenions même capables de renvoyer le sourire
de Dieu. Dans une communauté qui offre la vie,
nous découvrirons cette Parole de Dieu chérie
et partagée. Il ne suffit pas simplement de dire
davantage de prières. Elles peuvent même
nous suffoquer, surtout récitées à
toute vitesse. Lorsque Dominique priait, il se régalait
de la parole de Dieu, « savourait les paroles
de Dieu dans sa bouche et, ce faisant, prenait plaisir
à se les réciter à lui-même »
(Cinquième voie), comme on goûterait un
bon vin français. Albert le Grand disait que
nous devions « être souvent nourris
par la douceur (dulcedo, à nouveau) de
la parole de Dieu » (41).
Ainsi
nourri des mots de ses parents, l'enfant fait la terrifiante
et libératrice découverte qu'il n'est
pas le centre du monde. Derrière le sein, il
y a une mère. Tout ne marche pas à sa
commande. Il se découvre lui-même partie
de la communauté humaine. Dans la conversation
de nos parents, nous découvrons un monde auquel
nous pouvons appartenir. Ainsi, de même, nourris
par la parole de Dieu, nous sommes introduits dans un
monde plus vaste. Le bon pasteur venu pour qu'on ait
la vie, et qu'on l'ait en abondance, est celui qui ouvre
les portes pour que nous puissions sortir à la
découverte d'immenses espaces libres. En prière,
nous partons en exode, au-delà de la minuscule
coquille de notre nombrilisme. Nous pénétrons
dans l'univers plus vaste de Dieu. La prière
est une « discipline qui m'empêche de
me prendre tout naturellement pour le centre immuable
d'un petit univers, et me permet de me trouver, me perdre
et me retrouver en permanence dans la trame d'un monde
que je n'ai pas fait et que je ne contrôle pas »
(42).
L'enfant
mûrit dans la conversation de ses parents, et
découvre qu'il n'est pas seul. De même,
nous sommes gagnés par l'amitié de Dieu,
guéris de notre égocentrisme, et nous
commençons à entrevoir le monde réel.
Yeats écrivait: "Nous avons nourri le coeur de
fantasmes; à ce régime, le coeur en grandissant
est devenu brutal. » (43)
La prière guérit nos coeurs des fantasmes.
Saint Thomas dit que prier le Notre Père « façonne
notre vie affective toute entière »
(44). Par la prière pour
que soit faite la volonté de Dieu et que son
Règne vienne, nos coeurs sont remis à
neuf.
En
nous libérant de nos fantasmes égocentriques
et en pénétrant dans l'univers plus vaste
de Dieu, nous découvrons que d'autres souffrent
violence et désolation. Le frère Vincent
de Couesnongle, op parlait de « la contemplation
de la rue ». Pour Dominique, les affligés
et les opprimés « font partie du 'contemplata'
dans 'contemplata aliis tradere'... La blessure
de conscience qui délie l'esprit et le coeur
de Dominique dans la contemplation, et lui permet, avec
une vulnérabilité impressionnante, de
ressentir les souffrances et les besoins de ses prochains,
ne peut simplement se justifier par l'observation de
certains souvenirs écrasants de souffrances ou
même par sa propre compassion naturelle »
(45). C'est, dit le frère.
Paul Murray, une « blessure contemplative ».
C'est pourquoi la vie contemplative est au coeur de
toute recherche d'un monde juste. La contemplation nous
rend capables de regarder de manière désintéressée.
3.2
Des communautés de célébration
et de silence
En
grandissant, l'enfant va cesser de crier et devenir
capable à la fois de discours et de silence.
Il apprendra et à parler et à écouter.
De même pour nous, construire des communautés
de prière exige davantage que de rajouter un
psaume aux Vêpres. Nous devons créer un
environnement dans lequel nous puissions à la
fois parler et écouter, nous réjouir et
nous taire. C'est l'écosystème dont nous
avons besoin pour nous épanouir.
Dans
la tradition dominicaine, s'adresser à Dieu est
par-dessus tout demander ce que nous désirons.
Ce n'est pas infantile, c'est du réalisme. Cela
montre que nous nous sommes réveillés
du petit monde de fantasmes du marché, où
tout est à vendre, et reconnaissons que dans
le monde réel, tout est don de celui qui est
« source de toute bonté pour nous »
(II II 83 a 2, ad 3). Quand nous commençons à
demander, nous sommes alors sur la voie de l'âge
adulte. Quand nous prions ensemble, osons-nous demander
à Dieu ce que nous désirons au plus profond?
Ou bien nous contentons-nous de réciter quelques
suppliques du bréviaire?
L'exode
de notre Égypte d'égocentrisme est un
moment d'extase. Nous sommes libérés du
petit monde obscur et rétréci de l'ego.
Comme Myriam après la traversée de la
mer Rouge, nous serons certainement exubérants.
Nous exultons d'être entrés dans les immenses
espaces libres de l'amitié de Dieu. David dansait
comme un fou devant l'arche; Marie se réjouissait
du Seigneur et des merveilles qu'il avait faites pour
elle. La prière du prêcheur doit assurément
être exultante, extatique. Nous sommes appelés
« À louer, à bénir, à
prêcher ». Quand les psaumes disent:
« Chantons au Seigneur un chant nouveau »,
et bien, faisons-le! Dominique était exubérant
dans sa prière. Il se servait de tout son corps,
il étendait les bras, il s'allongeait sur le
sol, il s'agenouillait et faisait beaucoup de bruit.
Le corps entier sauvé par la grâce, prie.
Plusieurs de mes souvenirs de prière les plus
beaux sont avec les frères. Je pense à
l'Eucharistie extatique célébrée
en Haïti, au milieu de telles pauvreté et
violence, à la danse et aux chants de nos soeurs
Zoulous en Afrique du Sud, au chant merveilleux et passionné
d'une veillée pascale à Cracovie, aux
pétards et aux sirènes un an plus tard
à Taiwan. Est-ce qu'en célébrant
la liturgie nous nous réjouissons ensemble du
Seigneur qui a fait pour nous des merveilles ? N'est-elle
à nos yeux qu'une obligation à remplir?
C'est bien d'une obligation qu'il s'agit en effet, cette
très solennelle obligation qui naît de
l'amitié. Nous nous réjouissons de faire
des choses pour nos amis.
Eckhart
écrivait que « l'attitude la meilleure
et la plus noble entre toutes dans cette vie, c'est
de se taire et laisser Dieu travailler et parler à
notre coeur » (46). Il
n'y a pas d'amitié sans silence. Si l'on n'a
pas appris à s'arrêter, se tenir tranquille
et écouter l'autre, on restera clos dans son
propre petit univers, dont on est le centre et le seul
vrai habitant. Dans le silence, nous faisons la découverte
formidable et libératrice que nous ne sommes
pas des dieux, mais juste des créatures.
Il
y a plusieurs types de silence. Il y a le silence des
femmes au tombeau, qui « ne dirent rien à
personne, car elles avaient peur » (Mc 16,8).
C'est le silence par lequel nous mettons de côté
l'absolument inattendu, le nouveau, l'impensable. C'est
le silence par lequel je ferme la porte au nez des paroles
indésirables qui risqueraient de m'arracher à
ma tranquillité d'esprit. Et puis il y a le silence
des disciples sur la route d'Emmaüs, qui écoutent
le Seigneur leur expliquer les Écritures. Sur
le moment, ils ne disent rien, mais après coup,
ils s'exclament: « Notre coeur n'était-il
pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous
parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures? »
(Lc 24,32). Paul Philibert, op a appelé
la prière l'ouverture de notre coeur aux initiatives
secrètes de Dieu. Dans ce silence vulnérable,
nous le laissons réaliser des choses nouvelles
et insoupçonnées. Nous sommes ouverts
à l'étonnement devant la nouveauté
du Dieu des surprises: « Voici, je fais l'univers
nouveau » (Ap 21,5).
C'est
le silence qui prépare la voie à une parole
de prédication. Ignace d'Antioche disait que
la Parole naissait du silence du Père. Que c'était
une Parole puissante, claire, décidée
et vraie, parce qu'elle était née dans
le silence. Il « n'a pas été
oui et non; il n'y a eu que oui en lui. Toutes les promesses
de Dieu ont en effet leur oui en lui » (2 Co 1,19
ss). Souvent, notre parole manque d'autorité,
parce qu'elle est oui et non; elle fait des insinuations
et pousse du coude; elle est tintée d'allusions
et d'ambiguïtés, elle porte de petites flèches
et de menus ressentiments. Nous devons créer
ce silence dans lequel concevoir et partager une parole
vraie.
Comment
redécouvrir ce silence en nous-mêmes et
dans nos communautés? D'après mon expérience,
il n'y a pas d'autre moyen que prendre simplement le
temps de faire silence en présence de Dieu chaque
jour (voir LCO 66.11). C'est la discipline que j'ai
poursuivie et fuie, atteinte et laissée s'échapper
depuis mon entrée dans l'Ordre. C'est ainsi que
j'ai passé la plupart du temps à penser
aux repas et aux fax. Pour ce silence contemplatif,
nous avons besoin d'un soutien mutuel. Nous avons besoin
de communautés qui nous aident à croître
dans un silence paisible. Un moine bouddhiste disait
à Merton: « Avant de pouvoir méditer,
tu dois apprendre à ne pas claquer les portes. »
Quiconque vit près de moi sait bien que je ne
maîtrise pas encore cet art! Chaque communauté
doit réfléchir sur la manière de
créer des temps et des lieux de silence.
Il
ne s'agit pas du déprimant silence de morgue
que l'on trouvait parfois dans le passé, le silence
qui laissait les autres au-dehors. Nous avons soif d'un
silence qui nous prépare à la communication
au lieu de la refuser. C'est le silence confortable
qui vient avant et après le partage d'une parole,
plutôt que le silence embarrassé de ceux
qui n'ont rien à se dire. Quand j'étais
enfant, mon plus jeune frère et moi-même
allions souvent dans les bois, à la recherche
d'animaux et d'oiseaux. Le secret était d'apprendre
à faire le silence ensemble. C'était une
communion dans une attention commune. Peut-être
pouvons-nous trouver cela, quand nous écoutons
ensemble dans l'attente d'une parole à venir.
3.3
Le désert de la mort et la résurrection
Jésus
nous appelle à la vie et, et à l'avoir
en abondance. C'est là la bonne nouvelle que
nous prêchons. Pourtant nous avons vu qu'en répondant
à cet appel nous nous retrouvons parfois dans
le désert. Prêcheurs de la parole, nous
découvrons que nous n'avons pas de parole à
offrir, que rien n'a plus de sens. Nous qui prêchons
l'amour de Dieu, nous nous trouvons désolés,
seuls et abandonnés. Nous qui sommes invités
à nous découvrir dans la vie-même
de Dieu, nous serons confrontés à notre
mortalité. Nous sommes des créatures,
pas des dieux, et nous devons mourir. Alors, nous nous
écrierons peut-être comme les Israélites
à Moïse: « Manquait-il de tombeaux
en Égypte, que tu nous aies menés mourir
dans le désert? » (Ex 14,11).
Alors, il nous faudra "tenir bon et ne pas vaciller
devant notre vide", confiants que la vie nous sera donnée.
Comment
nous entraider et nous encourager devant notre condition
de mortels? Tout d'abord, nous devons nous encourager
mutuellement avec la liberté de Jésus.
Sachant que le Fils de l'homme devait mourir, il a tourné
son visage vers Jérusalem. C'est une liberté
que j'ai parfois vue chez les frères et les soeurs,
qui donnent leur vie. Dans les années précédant
son assassinat, le frère Pierre Claverie, évêque
d'Oran, prit la route de Jérusalem, refusant
de céder aux menaces et d'abandonner son peuple.
En 1994, il disait dans un sermon: « J'ai
milité pour le dialogue et l'amitié entre
les gens, les cultures, les religions. Tout cela mérite
probablement la mort et je suis prêt à
en assumer le risque. » (47)
La
liberté de Jésus face à la mort
culmina la nuit précédant sa mort, lorsqu'il
prit son corps et le donna à ses disciples, dans
un geste de stupéfiante liberté. C'est
ce qu'il nous est donné de faire ensemble, face
à notre état de mortels. Je me souviens,
un matin de Pâques, à Blackfriars, avoir
célébré joyeusement l'Eucharistie
avec un frère qui se mourait du cancer. La communauté
tout entière s'était entassée dans
sa chambre. Après quoi nous bûmes du champagne
en l'honneur de la résurrection. Je me souviens
avoir célébré l'Eucharistie avec
les frères et soeurs d'Iraq, il y a quelques
semaines à peine, en attendant l'attaque militaire
qui aurait sûrement lieu. L'Eucharistie ne doit
pas être le centre de notre vie commune parce
que nous nous sentons unis, ou même pour que nous
puissions nous sentir unis. Elle est le sacrement de
cette abondance de vie qui est pur don, le « pain
de vie » dont Dominique promit que nous le
trouverions dans l'Ordre. Nous le recevons ensemble,
en nous offrant mutuellement la nourriture pour la traversée
du désert.
Nous
vivons le sens de l'Eucharistie en nous libérant
les uns les autres, en nous transmettant mutuellement
l'incommensurable liberté du Christ. Peut-être
à travers la petite liberté d'un pardon
généreusement donné, ou en laissant
se briser un vieux schéma de vie, ou en prenant
un risque. Nous lâchons prise. Comme l'écrivait
Lacordaire: « Je vais où Dieu me mène,
incertain de moi mais sûr de lui. »
Sur toutes ces voies, nous nous laissons emporter dans
le mouvement de l'Esprit qui jaillit du Père
et du Fils, et crie en nos coeurs « Abba Père ».
Comme le dit Eckhart: « Nous ne prions pas,
nous sommes priés. » Mais c'est aussi
là que nous entrons en liberté et en spontanéité,
que nous sommes le plus en vie. Nous nous laissons emporter
par le mouvement, comme un danseur s'abandonnant au
rythme y trouve grâce et liberté.
La
sagesse a dansé en présence de Dieu en
créant le monde. Saint Thomas disait que la contemplation
d'un sage est comme un jeu, en ce qu'elle est plaisante
et qu'elle est à elle-même sa propre fin,
comme une danse. « L'excès de sérieux
révèle un manque de vertu, car il méprise
complètement le jeu qui est aussi nécessaire
à une bonne vie humaine que le repos. »
(48) L'abondance de vie nous conduit
à l'enjouement de ceux qui se sont défaits
du fardeau d'être de petits dieux. Nous pouvons
laisser tomber le terrible sérieux de ceux qui
croient pouvoir porter le monde sur leurs épaules.
Alors, nos communautés pourraient bien être
vraiment des lieux où nous initier au bonheur
du Royaume. Saint Dominique, Nos junge beatis.
Unis-nous aux bienheureux, et puissions nous aujourd'hui
partager un avant-goût de leur bonheur.
Frère
Timothy Radcliffe, o.p.
Maître de l'Ordre des Prêcheurs
25
février, Mercredi des Cendres 1998
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Notes
29
Gerald Wann op, op. cit., p.
46 et suivantes.
30
Ibid, p. 157.
31
Paul Murray , op, « A Song for the Afflicted »
(« Un chant pour les affligés »),
poéme inédit.
32
Rowan Williams, Open for Judgement,
Londres, p. 184.
33
Iris Murdoch, The Fire and the Sun: Why Plato banished
the Artists, Oxford, 1979, p. 36,
cité par Fergus Kerr, op, Immortal Longings:
Versions of Transcending Humanity,
Indiana, 1997, p. 72.
34
John Howard Griffin, Thomas Merton: The Hermitage
Years, Londres, 1993, p. 60.
35
Griffin, op. cit., p. 87.
36
Sebastian Moore, osb, The Inner Loneliness,
Londres, 1982, p. 40.
37
Op. cit., p. 58.
38
Saint Augustin, Confessions,
3. 6. 11.
39
Somme Théologique 1.43, a 5, ad 2.
40
Lettre 41, Vann op cit, p.
112.
41
Sermon, Recherches de théologie ancienne
et médiévale 36 (1969)
p. 109.
42
Rowan Williams, ibid, p. 120.
43
« Meditations in time of Civil War »,
Collected Poems, Londres, 1969,
p. 230.
44
Somme Théologique II.II 83. a. 8.
45
Paul Murray op, « Dominican grounded in Contemplative
experience », conf. River Forest Chicago,
juin 1997.
46
Walshe, op cit, vol. 1, p.
6.
47
Sermon après la mort de fr. Henri et sr Paule-Hélène,
dans La vie spirituelle, octobre 1997, p. 764.
48
Eth. ad Nic. iv ib 854.