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fils de saint Dominique se considèrent comme les
serviteurs privilégiés de la Parole. L'intuition
originale du fondateur de l'Ordre des Prêcheurs
n'est pas d'avoir voulu rester en terre cathare pour prêcher
pauvre à ceux qui prêchaient la pauvreté.
Cette idée est plutôt celle de son évêque
Diègue d'Osma. Ce n'est pas non plus de remettre
à l'honneur une forme itinérante de prédication
selon les préceptes du Seigneur (Lc 9, 3-5), car
beaucoup en ces années charnières du XIIe
au XIIIe siècle en avaient eu l'idée et
la mettaient à exécution.
L'idée
originale de saint Dominique a été de doter
l'Église d'un ordre de prêcheurs. Il met
à sa disposition des communautés de moniales
et des communautés de frères dont la vocation
est de " porter la Parole ". La porter d'abord
dans une prière permanente, comme une femme porte
un enfant dans son sein, dans ses bras, ou sur son dos.
La porter aussi comme le héraut porte, en courant,
une nouvelle importante à tous ceux dont la vie
en dépend. (Pour en savoir plus sur la dimension
"prédicante" de la vocation dominicaine
lire l'article de J. G Ranquet, o.p. : Au
service de la prédication.)
Un
feu à transmettre
La
Parole est comme un feu qui habite le coeur et toute la
vie des disciples de Dominique. Et ce feu vient de l'Esprit.
Il tombe sur l'Église primitive, le jour de la
Pentecôte. Il éclaire les Apôtres sur
les mystères qu'ils ont côtoyés et
qu'ils doivent maintenant annoncer. Il les illumine, leur
donnant de vivre à la perfection ce que les prêcheurs
demandent au Seigneur de vivre aussi. Leur théologien
et maître, saint
Thomas d'Aquin, en a donné la définition
qui est devenue leur devise " Contempler et porter
aux autres Le fruit de cette contemplation. " Le
feu les rend incandescents du feu qui brûle au coeur
du Christ et qui n'est autre que l'amour de charité.
C'est
ce feu qui les unit les uns aux autres par des liens d'un
amour brûlant, car ils partagent tous une même
passion pour le Sauveur. La Parole est un feu et elle
se répand comme le feu, de proche en proche, de
personne à personne. Elle brûle le coeur
des auditeurs et purifie en eux tout ce qui n'est pas
pur. Elle les réchauffe et les réconforte.
Et rien ne l'arrête si ce n'est le refus de "
prendre " qui lui est opposé, comme on dit
d'un feu qu'il prend, ou qu'il refuse de prendre.
Les
dominicains sont voués au service de la Parole.
Ils ne sont pas les seuls dans l'Église, loin de
là. Tous les baptisés et confirmés
ont reçu du Christ, une participation à
son pouvoir prophétique. Le collège des
évêques, successeurs des Apôtres, est
par priorité l'ordo praedicatorum, comme l'écrivait
saint Grégoire le Grand à la fin du VIe
siècle. Mais les frères prêcheurs
de saint Dominique, en leur "qualité de
coopérateurs de l'ordre des évêques,
de par l'ordination sacerdotale font) pour office propre,
la charge prophétique dont la mission est d'annoncer
partout l'Évangile de Jésus Christ. "
(Constitution fondamentale, LCO 1, § V. )
Ils
ne sont pas les seuls à être au service de
la Parole de Dieu, et ils ne sont pas les propriétaires
exclusifs de ce ministère. Il est vrai ! Mais quant
à eux, ils sont voués à lui entièrement
et exclusivement. Ils ne font que cela, et ils le font
complètement, c'est-à-dire aussi bien par
la parole que par leur mode de vie. S'ils en dévient,
ils trahissent leur vocation. Ils lui consacrent toute
leur vie, aussi bien dans le sens de la durée car
ils s'engagent jusqu'à la mort, que dans le sens
de l'intensité, car ils s'engagent... à
en mourir! De nombreux martyrs dominicains sont morts
au service de la prédication, et plus nombreux
encore sont ceux qui sont morts, consumés par un
travail modeste et assidu, animés d'une passion
tout aussi forte. À commencer par saint
Dominique lui-même et saint
Thomas d'Aquin.
Se
mettre au service de la Parole c'est se mettre au service
du Seigneur Jésus, puisqu'il est la Parole de Dieu.
C'est aussi se mettre au service de l'homme, pour lui
donner la Parole. 
(Source
: Bedouelle, Guy; Quilici, Alain. Les frères
prêcheurs autrement dits Dominicains. Le Sarment/Bayard.
1997)