
otre
famille dominicaine se voue à Dieu, en suivant
le Christ, pour mener dans l'Ordre la vie évangélique,
sous le regard de Marie, et en s'engageant à rester
fidèle à l'esprit et au projet de Dominique.
En faisant profession d'obéissance entre les mains
du représentant du Maître de l'Ordre ou de
la supérieure de leur institution, les frères,
les soeurs et les laïcs des instituts séculiers
donnent une vie qui devra être vécue progressivement.
Ils prennent à leur compte, et de façon
radicale, en un instant, les appels évangéliques
à l'obéissance, à la pauvreté
et à la chasteté, sur lesquels tous sont
invités à structurer leur vie. Ordonnés
à l'amour qui est la vie même de Dieu, sources
de vie et de dynamisme, soutenant notre prédication,
ces choix exigeants nous conduisent vers un avenir inconnu.
C'est là notre joie.
Expression
de notre fraternité les uns avec les autres, notre
obéissance est fondée sur l'écoute,
le dialogue, l'attention et l'ouverture d'esprit. Cette
réceptivité est don total de soi. Nous faisons
le choix de mourir pour vivre en hommes libres. Mettre
sa vie dans les mains du provincial est un acte eucharistique
d'une folle liberté. Un don sans réserve,
de notre propre vie aux frères, qui se déploie
en nous jour après jour et, qui relève de
la liberté en Christ que nous prêchons. Nous
veillons à l'honorer en demandant beaucoup les
uns des autres et relever ainsi les défis qui se
présentent à nous. Elle nous convie à
chercher vouloir faire nôtres les projets de nos
frères.
Avoir
la liberté de nous donner sans réserve à
la prédication de l'évangile nous est offert
par l'appel à la pauvreté. Elle nous demande
une vie vraiment eucharistique, dans l'unité, la
vulnérabilité et le don. Terrible pour celui
qui la subit, la pauvreté choisie n'a de sens que
si elle nous permet de dépasser les frontières
qui séparent les êtres humains les uns des
autres. À défaut souvent d'être exposés
aux humiliations et aux dangers des plus pauvres de nos
sociétés, elle nous pousse à partager
une bourse unique, mais aussi à oser vivre la vulnérabilité
que suppose la vie commune. Vulnérabilité
qui ne fut jamais plus totale que dans le don pur et gratuit
de lui-même du Christ que nous prêchons et
qui nous pousse à devenir "amants de la pauvreté
volontaire".
Vivre
un amour véritable, c'est vivre d'un amour absolument
généreux et non possessif, un amour entre
égaux. Celui-là même de la vie trinitaire
: un amour sans domination ni manipulation, sans paternalisme
ni condescendance. Voulant prêcher que l'amour est
pur don de soi dans la totale réception de celui
qui vient vers soi, nous faisons le choix d'entrer nous-mêmes
sur ce chemin ascétique où ne manquent ni
les échecs, ni les découragements. Loin
d'être une fuite ou un manque d'amour, la chasteté
vécue de façon juste fait de nous des hommes
et des femmes riches en affection et pleinement humains.
Nous pouvons ainsi habiter toute notre corporéité,
bénie et sanctifiée dans l'Incarnation que
nous prêchons. 
(Sources
: Tugwell, Simon. Saint Dominique. Éditions
du Signe, 1996; Bedouelle, Guy; Quilici, Alain. Les
frères prêcheurs autrement dits dominicains.
Le Sarment / Fayard. 1997).