ous
avons décrit, pour la fête des bienheureux
martyrs dominicains célébrée
le 6 novembre, les étapes de l'évangélisation
et des persécutions que connut l'Indochine du XVIe
au XIXe siècles. Les martyrs du 6 novembre ont
porté leur témoignage au XVIIIe siècle
(1744 et 1773) et au XIXe siècle (1861). Ceux que
nous fêtons le 11 juillet furent victimes (le 1a
persécution de l'empereur Minh-Mang qui sévit
de 1820 à 1841. Tenu en échec jusqu'en 1832
par le gouverneur de la Cochinchine bien disposé
à l'égard des chrétiens, il donna
libre cours à la violence quand celui-ci mourut.
"Ordre fut donné aux chrétiens de renier
publiquement leur religion en foulant aux pieds le crucifix
; les églises devaient être détruites
et l'enseignement chrétien supprimé. En
1836, les portes furent fermées aux Européens,
la chasse aux prêtres fut décrétée."
Minh-Mang
avait convoqué évêques et prêtres,
soi?disant pour leur faire traduire en annamite des écrits
européens. Flairant le piège, ils refusèrent
et se cachèrent. C'est alors que l'empereur décida
le massacre.
Ignace
Delgado et Dominique Hénarez, évêques
et vicaires apostoliques, joseph Hernandez, prêtre,
étaient espagnols de la province des Philippines.
Ils furent arrêtés et avec eux vingt trois
indigènes, prêtres, catéchistes laïcs,
membres du Tiers-Ordre. Ignace fut emmené à
Nam-Dinh, enfermé dans une petite cage de bambous.
"Un crucifix avait été jeté
sur la route afin que les porteurs dussent passer dessus
avec leur prisonnier, mais, sur les instances d'Ignace,
on le déplaça. Cependant, on le remit sur
la route après son passage ; s'ils voulaient suivre
leur évêque, les fidèles devaient
marcher sur lui".
Le
premier qui mérita de répandre son sang
fut le catéchiste François : il eut la tête
tranchée le 25 juin 1838 ; puis ce fut le tour
de Dominique Hénarez. Ignace Delgado, épuisé
par la maladie et 1a fatigue (il avait 76 ans) mourut
dans sa cage exposée au soleil ; sa tête
fut tranchée et jetée au fleuve où
on la retrouva intacte trois mois plus tard. Parmi les
autres, onze furent décapités, six étranglés,
deux furent coupés par le milieu, un succomba assommé
avec une masse de fer, trois moururent en prison. Parmi
ces derniers un catéchiste, Thomas Toan, avait
faibli sous la torture, mais il se repentit et mourut
de faim et de soif. Un tailleur annamite, Thomas De dit
à sa femme venue 1e visiter : "Va nourrir
nos enfants. (Source : Chéry, Henri-Charles. Saints
et bienheureux de la famille dominicaine. Fraternité
dominicaine Lacordaire. Lyon. 1991.)