Le 6 décembre, à l’Université pontificale grégorienne de Rome, a eu lieu la soutenance de la thèse de doctorat du fr. Llewellyn Muscat O.P., secrétaire de la Postulation générale de l’Ordre. Le titre de son travail est : Il governo dell’Ordine dei Predicatori dall’Inter graviores (1804) al magistero di Angelo Domenico Ancarani (1838-1844) [(Le gouvernement de l’Ordre des Prêcheurs de l’Inter graviores (1804) jusqu’à Angelo Domenico Ancarani (1838-1844)]. Le Prof. Jan Mikrut, prêtre séculier polonais incardiné dans l’archidiocèse de Vienne, a dirigé la rédaction, le censeur était le Prof. Marek Inglot, SJ, doyen de la faculté d’histoire et de patrimoine culturel de l’Eglise à l’Université pontificale grégorienne, et le Prof. Paul Oberholzer, SJ était Président de la Commission.

La période examinée par le doctorant, la première moitié du XIXe siècle, est très mouvementée pour la vie ecclésiastique : les bouleversements de la Révolution française qui ont marqué la fin de l’ancien régime viennent d’être surmontés, une nouvelle société naissante veut abandonner les anciennes coutumes, des États libéraux émergent, la propriété ecclésiastique est expropriée, les ordres religieux sont dissous, etc. Tous ces événements, comme le souligne le fr. Llewellyn, ont laissé une marque indélébile sur l’Ordre des Prêcheurs, et au fil des années, il a été possible de voir combien de difficultés les Maîtres et les Vicaires généraux ont rencontré dans l’exercice de leur gouvernance, et combien leurs efforts ont été remarquables pour empêcher son démantèlement.

Le doctorant a souligné que le risque de schisme, précisément au sein de l’Ordre, semblait inévitable lorsque les frères des provinces espagnoles ont refusé d’accepter l’autorité de Pie Giuseppe Gaddi comme vicaire général, invoquant comme raison le fait qu’il n’avait jamais été élu, mais avait été nommé directement par le pape Pie VII en 1798 en raison de la mort de Baltasar de Quiñones. Comme, à cette même époque, l’autorité civile espagnole avait tendance à exercer de fortes pressions sur le Saint-Siège pour que les provinces religieuses présentes dans la juridiction de leur Royaume soient rendues autonomes, le Pape décida de donner suite à leurs demandes et, en 1804, la Bulle Inter graviores divisa les Ordres religieux en juridictions distinctes, apportant également diverses modifications à leur propre législation. Dans cet article, l’auteur se concentre sur l’explication des effets que ces sanctions pontificales ont eus sur les Dominicains, sans entrer dans les détails des conséquences subies par chacun des Ordres. Parmi les changements qui apparaissent immédiatement, il y a la division des ordres religieux en deux juridictions parallèles : l’une romaine et l’autre espagnole, une limitation de la période de six ans pour le vicaire général et le maître général ainsi que leur alternance.

La période de quarante ans d’histoire du gouvernement de l’Ordre analysée par l’auteur a été décrite comme l’une des plus turbulentes de son existence. Après la promulgation de la bulle, on peut noter que Pie VII ne décide d’instituer comme maître général Pie Giuseppe Gaddi qu’en 1806. Ce dernier avait sous sa juridiction toutes les provinces appartenant à l’Ordre en dehors de l’Espagne et de ses territoires. Cependant, pendant la période en question, Gaddi ne pouvait gouverner que les provinces considérées comme les plus vulnérables et les plus faibles à l’époque et elles étaient concentrées sur le territoire italien. Lorsque Napoléon a entraîné le pontife en France, le Maître général des Dominicains ainsi que tous les autres supérieurs religieux présents à Rome ont subi le même sort. Le frère Llewellyn fait remarquer que Gaddi est revenu à Rome à la fin du mandat de six ans de son magistère, mais il se trouve que Pie VII n’a pas jugé opportun de nommer un autre maître général ; il a donc décidé de conserver à Gaddi le titre de vicaire général comme il l’a fait pour le supérieur espagnol Juan Ramón Guerrero qui a succédé à Delgado y Gabaldó après sa mort en 1809.

La thèse révèle qu’au cours des années suivantes, l’effort pour mettre pleinement en œuvre l’Inter graviores a causé des difficultés considérables. Souvent, les supérieurs généraux, aussi bien espagnols que romains, étaient directement institués par le pontife. Les espagnols ont dû attendre vingt ans avant de réussir à avoir “leur” Maître général en la personne de Joaquím Briz. Le doctorant souligne les difficultés rencontrées à convoquer les chapitres généraux en vue de l’élection du supérieur. Une tentative fut faite pour en réunir un pour la partie espagnole en 1832, mais plus qu’un chapitre général, il s’agissait en fait d’un chapitre national puisque seuls les vocaux de la Péninsule Ibérique y participaient. A Rome, en revanche, trois chapitres généraux furent célébrés : celui de 1838 qui aboutit à l’élection d’Ancarani ; celui de 1841 qui fut également appelé “définitif”, et celui de 1844 qui donna comme successeur à Ancarani le calabrais Vincenzo Ajello. Il faut cependant remarquer que la participation des provinces à ces chapitres a été très limitée.

À la fin de sa thèse, l’auteur illustre comment cette importante période historique a été marquée par un dynamisme constant de la part de ceux qui avaient entre leurs mains les organes directeurs de l’Ordre. Les circonstances ecclésiastiques et politiques de l’époque ne permettaient pas de parvenir à un style de gouvernement cohérent. Cependant, l’événement le plus important que le doctorant souligne est le fait que malgré tout, l’Ordre de Saint Dominique ait réussi à survivre et, à l’époque d’Ancarani, il ait également réussi à envisager l’avenir avec une certaine dose d’espoir et d’optimisme. Pour enrichir encore la thèse, l’auteur inclut la transcription de 54 documents inédits et une annexe photographique des portraits des maîtres généraux examinés au cours de ces quarante années d’histoire ainsi que quelques documents d’archives. La référence constante de l’auteur aux sources d’archives consultées au cours de ses recherches donne sans aucun doute à son travail un caractère d’excellence et de professionnalité. Il est indiscutable que cette thèse offre une contribution valable à l’historiographie de l’Ordre des Prêcheurs.

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