
Prendre des décisions sous pression
« Faut-il agir maintenant ? Faut-il attendre ? »
Cette question revient sans cesse dans la vie de tous ceux qui doivent prendre des décisions, sans parler de la vie d’un supérieur tel qu’un provincial, qui est responsable des frères, des structures, de la mission.
« Faut-il agir ? Le faut-il maintenant ? Est-ce le moment ? Il m’arrive de ne pas savoir comment prendre une décision parce que je ne sais pas ce qu’il faut faire, que je suis embarrassé, ou que j’ai peur de me tromper, ce qui me paralyse. J’ai peur de regretter une décision imprudente, pas assez informée. Et puis, ai-je tous les paramètres en main ? Ai-je suffisamment bien compris les enjeux, décrypté la culture (quand elle n’est pas la mienne), saisi ce qui ne m’a pas été dit, ou ce qui m’a été dit sans que je l’aie vraiment entendu ? »
Ce sont des mots que tout supérieur pourrait signer. Des mots qui reflètent la tension du discernement quotidien : entre le désir d’agir et la conscience de la responsabilité. Entre le désir de réagir et le risque de précipitation. Je pense que beaucoup de ceux qui liront ces mots se reconnaîtront facilement dans cette tension, beaucoup reconnaîtront leurs propres dilemmes.
Un espace de discernement partagé
Le Chapitre général des Provinciaux est un espace de conversation, d’écoute et de recherche commune d’un chemin. C’est un lieu où les décisions ne sont pas prises à la hâte, mais à la lumière d’un discernement partagé.
C’est pourquoi c’est un espace où la vertu de patience doit primer.
Le provincial français, frère Nicolas Tixier, nous l’a rappelé dans son homélie d’aujourd’hui :
« La patience est une vertu et notre Église a souffert de ne pas toujours l’exercer assez. Nous payons encore aujourd’hui le prix des joies impatientes, d’une pastorale du résultat, des lieux de croissance trop rapide, sans prudence, sans droit parfois. »
Il l’a appelé sans « le visage de la miséricorde ».
Dans ses réflexions, il s’est inspiré de l’image des saints Joachim et Anne, qui ont attendu toute leur vie que la promesse se réalise.
Il a également rappelé la parabole du blé et de l’ivraie : dans la vie, il faut parfois laisser les deux pousser jusqu’au moment de la moisson. Car une intervention trop hâtive peut détruire ce qui est bon.
Le temps appartient à Dieu
Le chapitre n’est pas un lieu pour les impatients.
Il ne crée pas de réformes pour le simple plaisir de l’effet. Il ne fonctionne pas selon la logique des résultats immédiats.
« À Mossoul, en Irak, notre couvent (tout juste restauré après les blessures de la tragédie de Daech) porte le beau nom de Notre-Dame de l’Heure. Cette Heure a donné son nom à tout ce quartier de la vieille ville : l’Heure (Al Saar). De fait, l’horloge des frères donne l’heure à toute la ville, chrétiens et musulmans confondus. J’aime cette image de l’heure, du temps qui s’égrène pour tous. Dans ce champ de la vie des hommes, c’est en effet Dieu lui-même qui marque le temps, et c’est à son heure que le jugement se fait. »
La patience ne signifie pas la passivité. C’est l’acceptation du rythme de Dieu, qui ne coïncide tout simplement pas toujours avec notre calendrier.
La patience en pratique
En parlant de patience, il faut admettre qu’elle est également très utile dans la pratique du chapitre.
L’agenda est serré, les journées remplies jusqu’à la dernière minute. Il est difficile de trouver un moment pour respirer.
Il n’y a pas un seul jour que l’on puisse qualifier de « libre ».
Je pense que tout le monde serait d’accord avec cela : les participants au chapitre, les frères étudiants, le personnel du couvent, les cuisiniers, et même le chroniqueur qui écrit ces mots.
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Bureau de Communication – Chapitre Général des Prieurs Provinciaux
Kraków, 26 juillet 2025
Photographies : @dominikanie.pl

