Redécouvrir saint Dominique comme guide pour l’Église aujourd’hui

Dans Saint Dominique et sa mission, l’historien dominicain Augustin Laffay, op, s’associe à ses confr res pour ramener les lecteurs aux sources de l’Ordre et redécouvrir la figure vivante de Saint Dominique comme un prédicateur façonné par la prière, l’étude et l’amitié évangélique. S’appuyant sur une recherche approfondie dans les archives et sur une lecture attentive des sources à la fois historiques et hagiographiques, l’ouvrage présente Dominique moins à travers des textes qu’il n’a jamais écrits que par la forme de vie qu’il a fondée. Dans cet entretien, le frère Laffay revient sur la mission toujours actuelle de Dominique — « prêcher les vérités qui sauvent » —, sur l’unité de la contemplation et de la proclamation, et sur les raisons pour lesquelles le Prêcheur de la Grâce demeure aujourd’hui un guide sûr pour l’Église.

Votre livre s’intitule Saint Dominique et sa mission. Quelle est, selon vous, la mission propre de saint Dominique, et en quoi demeure-t-elle décisive pour l’Église aujourd’hui ?

    La mission propre de saint Dominique, c’est de « prêcher les vérités qui sauvent », selon une belle expression du P. Pie Régamey. Il ne s’agit pas pour les dominicains de faire triompher leurs raisons pour le plaisir d’avoir raison ; les Prêcheurs ont pour vocation d’engager tous ceux qui les écoutent à suivre Celui qui est « la voie, la vérité et la vie » jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au Royaume. 

    Vous soulignez que saint Dominique n’a pas laissé une œuvre écrite abondante, mais plutôt une “forme de vie”. En quoi cette manière de vivre constitue-t-elle son véritable héritage spirituel ?

      Saint Dominique a sans doute reçu à Palencia la meilleure formation théologique que l’on pouvait recevoir en son temps en Espagne. Il n’a pourtant laissé aucun écrit d’important. C’est par ses actes qu’il authentifie ce qu’il prêche : il fait ce qu’il dit. Ce n’est pas rien et pas si commun, en son temps comme dans le nôtre. C’est une invitation pour sa famille spirituelle à rechercher toujours la plus grande cohérence entre la parole et les actes. Si nous proclamons la Vérité, nous ne pouvons pas servir en même temps par nos actes le père du mensonge.

      Votre ouvrage distingue soigneusement les sources hagiographiques et historiques. Pourquoi était-il important, selon vous, de tenir ensemble ces deux approches sans opposer sainteté et histoire critique ?

        Saint Dominique a bénéficié d’un des premiers procès de canonisation de l’histoire de l’Église : une enquête sérieuse est menée à Bologne puis à Toulouse pour connaître sa vie, son comportement. C’est avec l’aide de cette documentation, confirmée par des miracles survenus sur sa tombe, à Bologne, que l’Église s’est prononcée pour proclamer sa sainteté. Les sources historiques qui permettent de le suivre sur les routes de l’Europe et qui le montrent en train d’œuvrer au service d’une nouvelle mission apostolique permettent de le saisir de plain-pied, comme un témoin exemplaire de l’Évangile. Les sources hagiographiques offrent une vue d’en-haut : il apparaît alors comme un intercesseur et comme le père d’une vaste famille qui va s’étendre bientôt sur tous les continents. Les deux approches sont complémentaires. Cet homme si admirable, dont l’existence a été si discrète en son temps et si profonde dans l’histoire de l’Église, est en même temps un saint, un ami de Dieu.

        La rencontre de Dominique avec l’hérésie cathare marque un tournant dans sa vocation. Que révèle cet épisode sur son zèle apostolique et sur sa manière profondément évangélique de répondre à l’erreur ?

          Comme saint Augustin, qui fut un maître spirituel pour lui, saint Dominique peut dire qu’il a de la haine pour le péché tout en aimant le pécheur jusqu’à donner sa vie pour lui. Il voit en lui un frère qui se trompe, un frère qu’il faut soigner et guérir de l’erreur qui le conduit à la mort, et non pas un accusé à juger et condamner. 

          Vous insistez sur l’unité entre prière, étude et prédication dans la vie dominicaine. Comment cette intégration éclaire-t-elle les défis actuels de la mission intellectuelle et pastorale de l’Église ?

            La mission de saint Dominique en dehors de l’Espagne commence alors qu’il a une trentaine d’années et il meurt à cinquante ans. Les années passées à étudier sur les bancs d’étudiant de Palencia et à prier dans le cloître des chanoines d’Osma n’ont pas été des années perdues. Dominique ne sacrifie d’ailleurs jamais la prière à la prédication au nom de l’efficacité : il n’y a pas concurrence entre ces deux dimensions de sa vie mais une relation féconde qui continue à inspirer son Ordre. Comme l’enseigne saint Thomas d’Aquin, les Prêcheurs doivent contempler pour pouvoir transmettre à ceux qui les écoutent le fruit de leur contemplation. 

            Le livre accorde une place importante à la vie fraternelle et au gouvernement démocratique dans l’Ordre. En quoi ces éléments sont-ils essentiels pour comprendre l’originalité de la fondation dominicaine ?

              Très tôt, la liturgie parle de saint Dominique comme d’un « père » : il va véritablement engendrer une famille spirituelle et c’est pour cela que la formule dominicaine des vœux de religion ne mentionne pas seulement Dieu et la Vierge Marie mais aussi saint Dominique (et celui qui lui a succédé à la tête de l’Ordre). Les frères ne sont pas ou ne doivent pas être des francs-tireurs, des snipers. De la même manière que les apôtres ont formé un collège apostolique, il est bon que les membres de l’Ordre des Prêcheurs sentent qu’ils ont besoin les uns les autres. La vie d’une famille aussi nombreuse, aussi composite nécessite une organisation qui respecte chacun dans son originalité sans nuire à l’unité familiale : c’est la raison d’être de notre législation.

              Une section entière est consacrée à l’iconographie et à l’art. Que peuvent nous apprendre les représentations artistiques — anciennes et modernes — sur la figure de saint Dominique que les textes seuls ne disent pas ?

                Deux points peuvent être relevés. Le premier c’est que saint François d’Assise, a été représenté en peinture de son vivant tandis que les traits de saint Dominique, son contemporain, ne nous sont connus que par la brève description faite par une moniale romaine qui l’a connu à la fin de sa vie. Le visage de notre saint semble être caché dans son Ordre comme le soleil est parfois caché dans la lumière. Le visage du messager ne doit pas masquer le message du salut. Le deuxième point, c’est que saint Dominique est très tôt représenté comme un homme de prière, au pied du crucifix. On ne le représente pas prêchant aux foules mais accueillant l’eau et le sang jaillissant du côté du Christ crucifié pour le salut des hommes.

                Enfin, à qui recommanderiez-vous ce livre en priorité — dominicains, prêtres, laïcs, chercheurs — et qu’espérez-vous que chaque lecteur emporte avec lui après cette rencontre avec saint Dominique ?

                  Le Jubilé des 800 ans de l’Ordre a offert de nouvelles études savantes, de nouvelles perspectives sur saint Dominique. L’historiographie dominicaine s’est profondément renouvelée ces soixante dernières années depuis les grands travaux du P. Marie-Humbert Vicaire. Ce livre voudrait mettre les résultats de ces recherches à la portée de tous de manière savoureuse et transmettre quelque chose du zèle brûlant de saint Dominique. Le livre est donc recommandé à tous : frères, moniales, religieuses apostoliques, laïcs, amis de l’Ordre, curieux du monde dominicain. Le prédicateur, dit un sermon du XIIIe siècle, est « la bouche de la sainte Église ». Puissent les lecteurs de ce livre y puiser le goût de proclamer l’Évangile de « Celui qui est, qui était et qui vient ».

                  Saint Dominique et sa mission,
                  d’Augustin Laffay et Gianni Festa.
                  280 pages. Août 2021. 20 €.

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