
Une bienvenue aux serviteurs
« «Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. Bienvenue, esclaves ! » C’est par ces mots que l’ancien Maître de l’Ordre, frère Timothy Radcliffe, a commencé son homélie aujourd’hui.
Trois chapitres, une mission
Pour respecter l’ordre chronologique, rappelons que notre Ordre se réunit en chapitres généraux sous trois formes différentes. Le chapitre qui se tient actuellement à Cracovie est un chapitre des provinciaux, qui rassemble les supérieurs de toutes les provinces du monde. Il y a trois ans, à Tultenango, au Mexique, s’est tenu un chapitre des définiteurs. Et dans trois ans, un chapitre électoral sera organisé pour élire un nouveau Maître de l’Ordre.
Le sens du service
L’homélie du frère Timothy aujourd’hui s’est concentrée sur une question fondamentale : en quoi consiste réellement le service aux frères ?
Hier, j’ai écrit qu’un dominicain a toujours une parabole, une image ou une histoire à portée de main, non pas pour éviter de répondre à une question, mais pour l’éclairer sous un angle non évident. Ce fut aussi le cas aujourd’hui. Le prédicateur a rappelé l’histoire d’un de nos confrères :
« La plus belle obéissance consiste à demander à un frère d’utiliser ses talents pour la mission commune de l’Ordre. Notre frère irlandais, Paul Murray, est un merveilleux poète. Cela a été libérateur pour lui d’entendre son Provincial lui dire que sa poésie n’était pas seulement une occupation privée. Elle fait partie de notre mission ! Il est notre poète, il fait partie de notre prédication. »
Cet exemple prend une profondeur particulière à la lumière de la fête de saint Jacques que nous célébrons aujourd’hui. Jésus ne lui promet pas une place à sa droite. Au contraire, il refuse d’accepter cette demande. En revanche, il fait quelque chose de bien plus grand : il invite Jacques à donner sa vie. Et il sait que Jacques, avec la grâce de Dieu, sera capable de le faire. La tradition dit que Jacques fut le premier des apôtres à subir le martyre.
« La mère de Jacques et Jean, ou les disciples eux-mêmes dans l’Évangile de Marc, demandent à Jésus de leur donner une place à sa gauche et à sa droite dans le Royaume. Mais ils ne savent pas ce qu’ils demandent. Ce sont les deux voleurs qui auront ces places à gauche et à droite de Jésus sur la croix. Jacques, dont nous célébrons aujourd’hui la fête, s’enfuit.
Mais Jésus voit ce dont Jacques est finalement capable. « Tu boiras mon calice ».
[…] Jésus sert Jacques, non pas en faisant ce qu’il demande, mais en lui demandant finalement beaucoup plus : le don gratuit de sa vie. »
Quand servir, c’est refuser
Cette histoire devient également un tournant pour nous qui avons été appelés à servir nos frères.
« Parfois, nous servons les frères en ne faisant pas ce qu’ils nous demandent. », a dit le prédicateur. « Cela peut être parce qu’ils se trompent sur leurs talents. Un frère peut penser à tort qu’il est le Thomas d’Aquin du XXIe siècle, alors qu’il ferait un excellent économe. Ou, plus rarement », ajouta-t-il avec humour, « l’inverse ».
Le service, nous a-t-il rappelé, consiste à voir le potentiel caché dans de fragiles vases d’argile. C’est croire que la grâce de Dieu agit précisément là où la force humaine est la plus faible.
« Nous essayons de voir qu’ils sont tous capables de faire des choses merveilleuses, au-delà de ce qu’ils peuvent imaginer. La grâce de Dieu est à l’œuvre dans ces vases d’argile. Surprenez-les. »
Servir en temps de guerre
La journée d’aujourd’hui a été consacrée au travail en commission et s’est terminée par une réunion avec des représentants de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Les frères ont terminé la journée par une prière commune pour la paix, présidée par le frère Mykola Luchok, évêque de Moukatchevo en Ukraine.
Lorsque la guerre a éclaté en Ukraine, le provincial polonais a immédiatement offert son soutien total aux frères qui y vivaient. Il a proposé à chacun d’entre eux de retourner dans leur pays si leur présence dans les zones déchirées par la guerre s’avérait trop difficile. Cependant, aucun des frères n’a décidé de franchir ce pas. Le provincial a respecté leur décision et leur a permis de rester où ils étaient, parmi ceux qu’ils servaient et pour lesquels, si nécessaire, ils étaient prêts à donner leur vie.
Servir ses frères, répétons-le, c’est être capable de voir que ces fragiles vases d’argile sont véritablement remplis de la grâce et de la puissance du bon Dieu.
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Bureau de Communication – Chapitre Général des Prieurs Provinciaux
Kraków, 25 juillet 2025
Photographies : Dawid Kołodziejczyk OP @dominikanie.pl

