«L’audace de l’improbable : quand le rêve naît de la volonté de Dieu»

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel»
(Matthieu 6,10)

Mémoire de St. Ignace de Loyola

« Dieu veut, l’homme rêve, l’œuvre naît »
« Dieu veut, l’homme rêve, l’œuvre naît. » C’est le premier vers du poème « O Infante » (L’Infant), du poète portugais Fernando Pessoa (1888-1935). Ce célèbre poème, dans lequel Pessoa exalte les exploits accomplis par le Royaume du Portugal à l’époque des Grandes Découvertes, nous aide aujourd’hui, en cette fête de saint Ignace de Loyola, maître spirituel et fondateur de la Compagnie de Jésus, à réfléchir au sens de l’expression provocante que notre frère Bruno Cadoré a utilisée dans son homélie d’ouverture de la XXXVIe Congrégation générale de la Compagnie, en 2016 : « l’audace de l’improbable ».

Dans le passage de l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre, Jésus, après avoir parlé du Royaume à travers des paraboles bien connues, conclut son discours en louant le scribe devenu disciple du Royaume des Cieux (Mt 13,52). Lorsque nous regardons le collège apostolique, nous nous souvenons que le Seigneur a fait de simples pêcheurs des « pêcheurs d’hommes ». En d’autres termes, il n’a pas changé l’identité, la personnalité ou les talents de ceux qui sont devenus ses disciples. Mais, une fois devenus ses compagnons, ils ont mis au service du Royaume tout ce qu’ils étaient et tout ce qu’ils avaient.

Un ancien archevêque de São Paulo, le cardinal Arns, franciscain, écrivait un jour que chaque être humain a au moins une dizaine de vocations différentes. Le défi est d’en choisir une et de mettre les neuf autres au service de celle qui est principale. Le scribe devenu disciple a mis toute son intelligence, toute sa science, tout son art au service du Royaume, tout comme les pêcheurs devenus apôtres ont mis tout ce qu’ils étaient au service de la prédication. Il en va de même pour chacun de nous, qui, à un moment de notre vie, avons accepté de mettre tous nos talents au service de notre vocation de prédicateurs.

Nous connaissons l’histoire d’Ignace. Ce vaillant chevalier basque, blessé au combat, s’est trouvé contraint de rester seul avec lui-même durant sa convalescence. En découvrant l’histoire de grandes figures du christianisme, comme saint Dominique, il s’est senti poussé à devenir un chevalier du Seigneur suprême. Il s’est mis, de tout son être, avec la force inlassable d’un guerrier, au service de Dieu, faisant tout ad maiorem Dei gloriam. La grâce de Dieu, qui n’écrase pas mais élève la nature humaine (cf. I, I, 8, ad 2), n’a pas fait de lui un clerc paisible. Ignace a mis le feu de sa personnalité — feu qu’il portait dans son nom et dans sa passion pour l’Évangile — au service d’un seul Seigneur, qu’il avait enfin rencontré. Il a trouvé des compagnons avec qui il a pu rêver la volonté de Dieu. Grâce à son audace, la Parole de Dieu a pu parvenir jusqu’aux confins les plus reculés de la terre. En d’autres termes, Ignace a vécu « l’audace de l’improbable ».

Dans un contexte complexe pour l’Église, dans une société en mutation, à une époque marquée par la découverte d’un monde totalement nouveau, Dieu a eu besoin d’hommes audacieux comme Ignace. Aujourd’hui encore, dans un temps marqué par la guerre, les inégalités, les peurs liées aux nouvelles technologies, le Seigneur a besoin que nous osions cette « audace de l’improbable ». Cette audace n’est pas raisonnable si l’on regarde uniquement nos forces humaines ; mais la grâce rend possible l’impossible, lorsque nous nous laissons fortifier et guider par l’Évangile, qui nous donne d’oser rêver la volonté de Dieu.

« Dieu veut, l’homme rêve, l’œuvre naît. » Le rêve du missionnaire naît de la volonté de Dieu. Il ne s’agit pas de la volonté humaine. Bien au contraire. L’œuvre ne peut naître que lorsque le rêve de l’homme ne vient pas de lui-même, mais de ce que Dieu veut. En vérité, lorsqu’il s’agit de « l’audace de l’improbable », de l’audace évangélique, la volonté de Dieu demande presque toujours un sacrifice de l’homme. Comme le priait Ignace : « Que ma seule récompense soit de savoir que je fais ta volonté. »

Un autre vers de Pessoa peut être évoqué pour conclure cette brève méditation. Un vers qui nous invite à ne pas craindre l’ampleur des défis. Il trouve un écho tout particulier en cette année de l’espérance. Car l’espoir, en tant que passion de l’âme, est toujours tournée vers ce qui est difficile, comme l’a écrit Thomas d’Aquin (I-II, 40). Pessoa a écrit :
« Dieu donna à la mer le danger et l’abîme / Mais c’est en elle qu’il refléta le ciel. » (Mar Portugez).

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Frère André Tavares, OP
Province du Brésil
Cracovie, 31 juillet 2025
Bureau de Communication – Chapitre Général des Prieurs Provinciaux
Photo : OP.ORG / Wikipedia

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