Les pauvres, présence sacramentelle du Christ : Laïcat dominicain, justice et paix

Cet article est issu des récentes discussions au sein du Conseil international des Fraternités Laïques dominicaines (ICLDF) sur la mission de Justice et Paix dans la vie des Laïcs dominicains. En tant que Coordinateur international, Sébastien Milazzo offre sa réflexion sur la manière dont le souci des pauvres se situe au cœur même de l’identité dominicaine.

J’aimerai partager avec vous quelques points, en tant que coordinateur de l’ICLDF, sur le retentissement du travail de Justice et Paix. Il ne s’agit pas d’une leçon magistrale, mais seulement de quelques réflexions libres. 

Dans un premier temps, je tacherai de positionner le laïcat dominicain au regard de Justice et Paix, sur le plan de notre culture institutionnelle. 

Dans un second temps, je tacherai de donner quelques tips –comme disent les jeunes sur Instagram- qui seraient susceptibles de nous faire relire à la lumière de la théologie nos actions pour Justice et Paix.

  1. Justice et paix dans la culture institutionnelle du laïcat dominicain

Avec près de 133 000 laïcs dominicains dans le monde, soit une augmentation de 3500 membres en l’espace de seulement 3 ans, on peut dire que le laïcat dominicain est l’une des forces les plus vives, non seulement de l’Ordre des Prêcheurs, mais aussi de toute l’Eglise catholique : et que de compétences sociales et professionnelles y trouve-t-on ! De quoi de créer de nombreux réseaux thématiques sur les affaires qui nous préoccupent ! Mais les chiffres de croissance ne sont rien en vis-à-vis du mystère qui habite tant d’hommes et de femmes à désireuses de suivre le Christ dans les pas de Saint Dominique, dans un Ordre mendiant. Par « mendiant », j’entends la capacité que nous avons à vivre dans une sobriété joyeuse et féconde : cette sobriété joyeuse et féconde tend à refuser, comme les Ordres mendiants (dominicains, franciscains, augustins, carmes), toute forme de mondanités, y compris ecclésiastiques. Nous ne devenons pas dominicains pour faire carrière, mais pour servir, surtout les plus vulnérables qui sont, peut-être au regard des structures, « aux périphéries de l’Eglise » comme le rappelait le Pape François, mais qui, au regard du Christ, sont le péricarde de l’Eglise dans lequel son cœur bat : de fait, les apôtres eux-mêmes étaient des écorchés vifs ou des bras cassés, mais qui n’ont pas attendus d’être parfaits pour suivre le Christ et être vivants. 

Cette sobriété joyeuse est prophétique, aujourd’hui, plus que jamais : elle va à contre-sens du perfectionnisme, de la convenance, du consumérisme qui atteint jusqu’à la sphère intime, relationnelle et existentielle de l’homme. Elle va à contre-sens d’une société post-industrielle qui tend à segmenter la vie de la personne humaine entre son travail, sa vie conjugale, sa vie familiale, sa vie amicale et sa vie sociale : c’est là un enjeu capital que nous sous-estimons. La fragmentation de la vie est certes rendue possible par les structures sociales, mais nous oublions bien souvent l’impact d’une telle fragmentation dans le sens de l’existence de chacun jusqu’à un impact sur la santé mentale. C’est, j’ose le dire, le mystère du mal en toute sa noirceur qui s’y exprime : quand un homme doute de sa dignité –qui lui est intrinsèque- parce que les structures ont contribué à tellement fragmenter sa vie qu’il ne sait plus qui il est et qu’il ne sait quel choix il doit faire, c’est un drame, un drame qui touche tout autant les structures juridico-sociales que le sens même de l’existence. Or, le droit, a pour finalité de faire exister l’homme dans sa dignité, non de la morceler voire de l’annihiler. Alors, à la suite de Saint Thomas d’Aquin, préférons éclairer, que briller seulement. Or, dans tous ces différents secteurs de notre vie, nous sommes appelés à demeurer profondément unifiés et non pas à jouer des rôles de comédies différenciés –et parfois contradictoires- en fonction des taches que nous devons accomplir. C’est un défi existentiel majeur. Pour être un bon chrétien, un bon dominicain, il faut être vivant : et ce n’est qu’en étant profondément vivant –sans face de Carême- qu’alors nous pourrons partager le feu dévorant de la Sainte Prédication. Le christianisme est un vitalisme : c’est là un argument nécessaire pour la lutte contre les pauvretés.

La sociologie du laïcat dominicain inscrit dans son ADN même les défis de Justice et Paix : notre sociologie est très diversifiée ; c’est ce qui atteste, à mon sens, d’une communion authentique, et non d’une convenance ou d’une convergence d’intérêts particuliers. Il n’y a que dans l’Ordre où nous pouvons rencontrer un éminent membre de cabinet d’un ministre de l’économie et un chômeur faire la vaisselle ensemble et rire ensemble durant une retraite : ils sont frères à part égal, sans sentiment de supériorité et d’infériorité. Cette mixité sociale est prophétique en ce qu’elle brise les chaînes d’une aliénation dans un monde où le statut, le salaire et l’apparence seuls restent des points de repères dans les interactions sociales : notre gratuité de relation entre frères et sœurs est ferment d’une communion authentique et réelle. La gratuité de relation dans une sociologie aussi diversifiée est gage d’une meilleure compréhension des défis concernant les droits humains et sociaux aujourd’hui : c’est dans nos fraternités que nous apprenons à devenir frères de tous, verbo et exemplo. Nous apprenons déjà concrètement la solidarité dans nos fraternités. Pour mieux l’exprimer en dehors, car la charité ne peut se laisser enfermer dans un groupe : elle parcourt le monde. Nous sommes résolument tournés vers un apostolat auprès des plus pauvres : le temps manque pour vous lister ce qui se passe dans chaque province ou dans chaque fraternité. Mais l’on peut donner quelques items de ces apostolats : droit social et du logement, monde carcéral, monde de la santé, monde éducatif et universitaire, insertion professionnelle, sont autant de pôles d’activités qui reviennent. La semaine dernière encore, lors de l’Assemblée Générale du COFALC, j’ai rencontré une jeune médecin argentine spécialisée en soins palliatifs qui, en plus, exerce un apostolat dans une maison de retraite : au fond, notre condition de laïcs et nos compétences professionnelles nous permettent d’instiller davantage de paroles et d’actions de Justice et Paix.

Pour autant, notre culture institutionnelle est perfectible au regard de Justice et Paix. En ce sens, l’ICLDF, a émis le souhait à ce que chaque conseil régional (ECLDF, COFALC, North America, Africa, Asia-Pacific) se dote d’un représentant ayant à charge de diffuser les informations de Justice et Paix au niveau des Provinces. C’est là une évolution institutionnelle majeure : chaque Conseil régional, à l’instar des conseils provinciaux, aura un référent Justice et Paix qui aura pour mission la diffusion des informations de Justice et Paix. Il n’est pas de communion sans bonne communication. Et fait, lors de nos réunions, je dis souvent que je rêve d’un laïcat dominicain conservant sa longue et traditionnelle culture de la délibération (cela prend du temps, beaucoup de temps), mais avec une efficience davantage jésuite.

En tant que Coordinateur, j’ose le dire, et je ne suis absolument pas le seul à le penser, il ne serait pas improbable que le laïcat dominicain organise des missions itinérantes de prédications, et pourquoi pas auprès des plus pauvres, dans des lieux de fractures. 

Le laïcat dominicain est un vivier de forces vives aux compétences humaines, sociales et professionnelles inestimables : à nous de nous en saisir en toute synodalité.

  1. Les pauvres ne sont pas une option facultative, mais constitutive de la dogmatique de la foi catholique : regard sur le patrimoine théologique dominicain

Mon dernier point, plus réflexif, cherche, en tant que théologien « à remettre l’église au centre du village », comme on dit en français, ou plus exactement à soutenir que la lutte contre toutes les formes de pauvreté (tant structurelles qu’existentielles) n’est pas une valeur connexe de la foi catholique mais en est l’ADN. Elle découle de l’œuvre messianique du Christ dans l’économie du Salut.

La première exhortation apostolique du Pape Léon XIV Dilexi te va clairement en ce sens. Notre « capital narcissique » peut se réjouir de voir citer notre Ordre mendiant par le Pape : 

« 66. Saint Dominique de Guzmán, contemporain de François, fonda l’Ordre des Prêcheurs, avec un autre charisme mais dans la même radicalité. Il voulait proclamer l’Évangile avec l’autorité qui découle d’une vie pauvre, convaincu que la Vérité a besoin de témoins cohérents. L’exemple de la pauvreté de vie accompagnait la Parole prêchée. Libérés du poids des biens terrestres, les frères dominicains pouvaient mieux se consacrer à leur tâche principale, à savoir la prédication. Ils se rendaient dans les villes, surtout celles qui avaient une université, pour enseigner la vérité de Dieu. [54] En dépendant des autres, ils démontraient que la foi ne s’impose pas, mais s’offre. Et, en vivant parmi les pauvres, ils apprenaient la vérité de l’Évangile “d’en bas”, comme des disciples du Christ humilié.

67. Les Ordres mendiants ont donc été une réponse vivante à l’exclusion et à l’indifférence. Ils n’ont pas expressément proposé des réformes sociales, mais une conversion, personnelle et communautaire, à la logique du Royaume. Pour eux, la pauvreté n’est pas une conséquence du manque de biens, mais un libre choix : se faire petit pour accueillir les petits. Comme le disait François Thomas de Celano : « Il montrait qu’il aimait intensément les pauvres […]. Il se dépouillait souvent pour vêtir les pauvres, auxquels il cherchait à se rendre semblable ». [55] Les mendiants sont devenus le symbole d’une Église pèlerine, humble et fraternelle, qui vit parmi les pauvres non par prosélytisme, mais par identité. Ils enseignent que l’Église est lumière lorsqu’elle se dépouille de tout et que la sainteté passe à travers un cœur humble et tourné vers les petits. »

Pour me faire l’écho du Saint-Père, j’ajouterai que bien souvent, nous oublions dans nos cursus de théologie que la doctrine sociale de l’Eglise n’est pas connexe à la foi, mais constitutive de la foi : St Pier Giorgio Frassati est surnommé « l’homme des huit béatitudes » (quel programme dogmatique, n’est-ce pas ?) par Jean-Paul II, Giogio La Pira fera grève, en tant que Maire, et occupera l’usine Pignone de Florence en 1953 avec les ouvriers. Notre identité de « Pauvres mendiants » est prophétique : elle cherche à dire que les pauvres doivent être sortis de leur pauvreté par le biais d’une méthodologie inductiviste où nous sommes parmi les pauvres (parce que nous nous reconnaissons nous-mêmes comme des pauvres) et non d’une méthodologie déductiviste et paternaliste.

Nous ne sommes pas dominicains seulement durant la messe ou durant le temps de la pratique d’un sacrement : nous le sommes ontologiquement ; c’est donc ontologiquement que les sacrements de l’Eglise résonnent en nous pour la Mission. Notre société post-industrielle nous pousse au clivage : je suis catholique durant 45 minutes à la messe du dimanche matin, et le reste de la semaine, la question des pauvres n’aiguise pas ma conscience. Il devrait y avoir une plus grande unité sacramentelle entre la pratique des sacrements et le soin donné aux pauvres : telle est ma conviction.

Dans un très long passage commentant la visite de Jésus à la maison de Zachée, Albert le Grand commente le verset « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison » (Lc 19, 9) soulignant la nécessité d’aider les pauvres en lien avec le sacrement de l’eucharistie : c’est une pépite de notre tradition dominicaine.

Parmi toutes les pièces de la maison de Zachée que Jésus visite, il y en a une qui lui retient son attention : la chambre haute appelée encore cénacle. Ce cénacle porte à la méditation et Albert y voit trois tables :

« Le cénacle est occupé par la sainte méditation, qui dispose tout le lit de table  pour s’y étendre. Car la meditation fréquente est un retour de l’esprit sur ce qu’il a auparavant entendu ou découvert.
C’est ainsi, en effet, que le Christ s’est restauré.
Mc 14, 15 : “Il vous montrera une grande salle à l’étage, garnie ; c’est là que vous préparerez.”

Mais, hélas ! aujourd’hui ces sanctuaires domestiques sont en ruine, car il n’est plus personne qui médite jour et nuit dans la Loi de Dieu, comme le devrait faire l’homme saint, selon le Psaume 1, 2. Et c’est ce que pleure Judas Maccabée.

Dans ce cénacle se trouvent trois tables :
la table de l’Écriture,
la table de l’Eucharistie,
et la table de l’aumône.

De la table de l’Écriture, il est dit en Lc 22, 29-30 :
“Et moi, je dispose pour vous le royaume, comme mon Père l’a disposé pour moi, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume”, c’est-à-dire dans l’Église.

De la table de l’Eucharistie, il est dit au Ps 22 (23), 5 :
“Tu as préparé devant moi une table, face à ceux qui me persécutent.”

Et de la table des pauvres, qui se réalise dans l’aumône,
il est dit en Tb 2, 2 :
“Va, et amène quelques-uns de notre tribu, craignant Dieu,
afin qu’ils festoient avec nous.”
Et en Jb 31, 17 : « Ai-je mangé seul mon morceau de pain sans le partager avec l’orphelin ?»

L’eucharistie, dans son mystère sacramentel le plus pur qui soit, est donc faits de trois tables : celle de la Parole de Dieu prêchée, celle de la consécration célébrée sur les saintes espèces et enfin, the last but not the least, la table des pauvres. Les pauvres sont inclus dans le mystère de l’eucharistie : le Christ est tout aussi réellement et sacramentellement présent dans la Parole de Dieu, la consécration du pain et du vin que dans le soin apporté aux pauvres. C’est le même Christ qui habite ces trois segments de l’Eucharistie, si bien que lorsque nous aidons un pauvre, une personne malade ou handicapé, c’est la présence réelle du Christ en lui que nous reconnaissons, ni plus, ni moins.

Le Pape Léon XIV, reprend ces arguments en articulant Saint Jean Chrysostome, dont nous connaissons que trop le texte qu’il cite puisque nous le lisons dans ma Province de France lors de la semaine Sainte, ainsi que Saint Augustin :

« 41. Parmi les Pères orientaux, le prédicateur le plus ardent de la justice sociale fut peut-être saint Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople entre le IV ème et le V ème siècle. Dans ses homélies, il exhortait les fidèles à reconnaître le Christ dans les nécessiteux : « Veux-tu honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu’il est nu et, pendant qu’ici tu l’honores par des étoffes de soie, ne le méprise pas à l’extérieur en le laissant souffrir le froid et la nudité […]. En effet, [le corps de Jésus-Christ qui est sur l’autel] n’a pas besoin de vêtements, mais d’une âme pure, au lieu que cet autre a besoin de beaucoup de soin. Apprenons donc à être sages et à honorer le Christ comme Il le veut lui-même. L’honneur le plus agréable à celui que nous voulons honorer, c’est l’honneur qu’il désire lui-même, non celui auquel nous pensons […]. Honore-le donc aussi de la manière qu’Il a établie, c’est-à-dire en donnant ses richesses à des pauvres. Dieu n’a pas besoin d’objets en or, mais d’âmes en or ». [30] Affirmant avec une clarté cristalline que si les fidèles ne rencontrent pas le Christ dans les pauvres qui se trouvent à la porte, ils ne pourront pas non plus l’adorer sur l’autel, il poursuit : « À quoi lui sert une table pleine de coupes en or, tandis qu’il meurt de faim ? Commence par combler sa faim et, de ce qu’il restera, orne ensuite sa table ». [31] Il comprenait donc l’Eucharistie également comme l’expression sacramentelle de la charité et de la justice qui la précédent, qui l’accompagnent et qui doivent la prolonger, dans l’amour et l’attention aux pauvres. »

Et la Pape continue de plus belle en prenant Augustin comme exemple : « Pour Augustin, le pauvre n’est pas seulement une personne à aider, mais la présence sacramentelle du Seigneur. »

On ne mesure pas à quel point ce document du Pape Léon XIV justifie, par la voie du Magistère romain, nos actions : affirmer que le soin donner aux pauvres est de nature sacramentelle va au-delà de toutes nos espérances et confirme la dogmatique catholique dans son union intrinsèque avec la doctrine sociale de l’Eglise. S’occuper des pauvres n’est pas un loisir catholique du dimanche, mais fait partie de l’identité même du catholique : c’est là une avancée radicale en matière de Magistère. Sans vouloir aller dans des excès où par exemple Bernard de Clairvaux et Pierre Damien considéraient le mandatum du lavement des pieds comme un sacrement (notre position n’est pas d’étendre le septénaire des sacrements), nous pouvons affirmer qu’il y a une qualité de présence sacramentelle du Christ dans les pauvres.

Notre frère Gustavo Guttierez avait également souligné le fait que face à l’absurdité du mal, nous ne pouvons pas nous contenter d’apporter des réponses toutes faites, préfabriquées, comme les trois amis de Job cherchant à justifier son mal si mystérieux : notre parole doit être inductiviste, inclusiviste et contextualiste ; et nous ne devons pas oublier que la prédication commence par l’écoute. Le mal de Job est tout aussi social qu’existentiel : les deux sont intrinsèquement liés. En écrivant le livre Job, parler de Dieu à partir de la souffrance de l’innocent, livre que je recommande vivement, on peut dire que notre frère Gustavo a fait un « bon Job » (nice Job) ! Cette démarche inductive entre en résonnance avec notre vocation de « Mendiant-Prêcheurs ».

Nous n’aidons pas les pauvres par snobisme embourgeoisé pour nous donner bonne conscience : nous aidons les pauvres parce que c’est le mandatum –irréfutablement dogmatique- du Christ et que nous sommes empressés de rejoindre le Christ, seul et unique centre de notre vie ; et dans les pauvres, nous reconnaissons le Christ, sa présence, et nous l’écoutons, et nous le servons, et finalement, nous l’aimons. Et peut-être aussi, parce que nous-mêmes, nous sommes des pauvres… Il y a quelque chose de magnifique chez les laïcs dominicains : ils prolongent, en vertu de leur sacrement du baptême, la célébration de l’eucharistie en s’investissant pour les pauvres, jamais par paternalisme, toujours par souci de vouer le seul vrai culte agréable rendu à Dieu. La présence du Christ nous précède dans les pauvres.

Il existe donc une tradition patristique et médiévale capitale à l’égard de la doctrine sociale de l’Eglise, et notre Ordre, peut être fier d’y avoir contribué pour une meilleure unification de la vie. Combien de pépites théologiques seraient susceptibles de nous inspirer dans nos actions à Justice et Paix et de devenir une véritable force d’ingénierie pour la théologie aujourd’hui ? Il y en a tellement ! Je forme le vœu, que, dans la cadre d’une théologie catholique traditionnelle, ces pépites théologiques soient à nouveau cultivées et communiquées pour une meilleure action de soutien à l’égard des plus vulnérables : cela pourrait donner lieu à un véritable axe de recherches. Comme le Christ, les pauvres nous précèdent en nos chemins respectifs de Galilée (Mc 16, 7). Continuons alors à courir à Sa rencontre !

M. Sébastien Milazzo, o.p.

Coordinateur International ICLDF

The Poor, Sacramental Presence of Christ: Lay Dominican and Justice & Peace
M. Sébastien Milazzo, OP

I would like to share with you a few points, as coordinator of the ICLDF, about the impact of the work of Justice and Peace. This is not meant to be a formal lecture, but just a few free reflections.

First, I will try to position the Dominican laity in relation to Justice and Peace, from the perspective of our institutional culture.

Second, I will try to offer some tips—as young people say on Instagram—that might help us reinterpret our actions for Justice and Peace in the light of theology.

I. Justice and Peace in the Institutional Culture of the Lay Dominican Life

With nearly 133,000 Lay Dominicans in the world — an increase of 3,500 members in just three years — one can say that the Lay Dominican body is one of the most lively forces, not only in the Order of Preachers but in the whole Catholic Church: and what social and professional competencies are found among you! Enough to create many thematic networks on issues that concern us! But growth in numbers is nothing compared to the mystery that dwells in so many men and women desirous of following Christ in the footsteps of Saint Dominic, in a mendicant Order. By “mendicant,” I mean the capacity we have to live in a joyful and fruitful sobriety: this joyful and fruitful sobriety tends to refuse, like the mendicant Orders (Dominicans, Franciscans, Augustinians, Carmelites), all forms of worldliness, including ecclesiastical worldliness. We do not become Dominicans to build a career, but to serve — especially the most vulnerable, who are, perhaps with regard to structures, “on the peripheries of the Church” as Pope Francis reminds us, but who, in Christ’s view, are the heart of the Church in which His heart beats: in fact, the apostles themselves were wounded or broken limbs, but they did not wait to be perfect to follow Christ and be alive.

This joyful sobriety is prophetic, today more than ever: it runs counter to perfectionism, to propriety, to consumerism that penetrates even into the intimate, relational, and existential spheres of the person. It opposes a post-industrial society that tends to segment a person’s life into work, married life, family life, friendship life, and social life: this is a crucial issue which we often underrate. The fragmentation of life is certainly made possible by social structures, but we too often forget the impact of such fragmentation in the existential direction of each person, even on mental health. It is, I dare say, the mystery of evil in all its darkness that is expressed there: when a person doubts their dignity — which is intrinsic — because structures have contributed to fragment their life so severely that they no longer know who they are and do not know which choice to make, that is a tragedy, a tragedy that touches as much the juridical-social structures as the very meaning of existence. Yet law’s purpose is to make the person exist in dignity, not to fragment or even annihilate it. So, following Saint Thomas Aquinas, let us prefer enlightening to merely shining. And in all those sectors of our life, we are called to remain deeply unified and not to play differentiated — and sometimes contradictory — roles depending on the tasks we must accomplish. It is a major existential challenge. To be a good Christian, a good Dominican, you must be alive: and it is only by being deeply alive — without a “Lenten mask” — that we can share the devouring fire of the Holy Preaching. Christianity is a vitalism: that is a necessary argument for the struggle against poverty.

The sociology of the Lay Dominican Life inscribes within its very DNA the challenges of Justice and Peace: our social composition is very diversified; that is, in my view, a sign of an authentic communion, and not of convenience or a convergence of special interests. There is only in the Order that we can meet a distinguished member of a minister’s cabinet and an unemployed person doing the dishes together and laughing together during a retreat: they are brothers and sisters on equal footing, without feelings of superiority or inferiority. This social mix is prophetic insofar as it breaks the chains of alienation in a world where status, salary, and appearance alone remain reference points in social interactions: our free relationships among brothers and sisters is the ferment of an authentic and real communion. The freedom in relationships in such a diversified social body is a guarantee of better understanding the challenges concerning human and social rights today: it is in our fraternities that we learn to become brothers of all, in word and example. We already concretely learn solidarity in our fraternities. To better express it outside, for charity cannot be confined to a group: it traverses the world. We are resolutely turned toward apostolate among the poorest: time is short to list what is happening in each province or in each fraternity. But one can give some items of these apostolates: social and housing rights, the prison world, the health sector, education and university world, professional insertion are as many poles of activity that recur. Just last week, during the General Assembly of COFALC, I met a young Argentinian doctor specialized in palliative care who, moreover, carries out apostolic work in a retirement home: essentially, our lay condition and our professional skills allow us to instill more words and actions of Justice and Peace.

However, our institutional culture is improvable with regard to Justice and Peace. In this sense, the ICLDF has expressed the wish that each regional council (ECLDF, COFALC, North America, Africa, Asia-Pacific) have a representative whose duty is to diffuse information about Justice and Peace at the level of the Provinces. This is a major institutional development: each Regional Council, like the provincial councils, will have a Justice and Peace referent whose mission will be the dissemination of Justice & Peace information. There is no communion without good communication. And indeed, during our meetings, I often say that I dream of a Lay Dominican life preserving its long and traditional culture of deliberation (it takes time, a lot of time), but with a Jesuit-like efficiency.

As Coordinator, I dare say, and I am absolutely not the only one to think this, it would not be improbable that the Lay Dominican body organize itinerant preaching missions, and why not among the poorest, in places of fractures.
The Lay Dominican body is a reservoir of living forces with inestimable human, social, and professional competencies: it is up to us to seize them in full synodality.

II. The Poor Are Not an Optional Add-on, but Constitutive of the Catholic Faith’s Dogmatics: A Look at the Dominican Theological Heritage

My final point, more reflective, seeks, as theologian, “to put the Church back at the center of the village,” as one says in French, or more precisely to assert that the struggle against all forms of poverty (both structural and existential) is not a peripheral value of the Catholic faith but part of its DNA. It flows from the messianic work of Christ in the economy of Salvation.

The first apostolic exhortation of Pope Leo XIV Dilexi te goes clearly in this direction. Our “narcissistic capital” can rejoice to see our mendicant Order cited by the Pope:

“66. Saint Dominic de Guzmán, a contemporary of Francis, founded the Order of Preachers, with a different charism but the same radicalism of life. He wanted to proclaim the Gospel with the authority that comes from a life of poverty, convinced that the Truth needs witnesses of integrity. The example of poverty in their lives accompanied the Word they preached. Free from the weight of earthly goods, the Dominican Friars were better able to dedicate themselves to their principal work of preaching. They went to the cities, especially the universities, in order to teach the truth about God. [54] In their dependence on others, they showed that faith is not imposed but offered. And by living among the poor, they learned the truth of the Gospel “from below,” as disciples of the humiliated Christ.

67. The mendicant orders were therefore a living response to exclusion and indifference. They did not expressly propose social reforms, but an individual and communal conversion to the logic of the Kingdom. For them, poverty was not a consequence of a scarcity of goods, but a free choice: to make themselves small in order to welcome the small. As Thomas of Celano said of Francis: “He showed that he loved the poor intensely… He often stripped himself naked to clothe the poor, whom he sought to resemble.” [55] Beggars became the symbol of a pilgrim, humble and fraternal Church, living among the poor not to proselytize but as an expression of their true identity. They teach us that the Church is a light when she strips herself of everything, and that holiness passes through a humble heart devoted to the least among us.”

To echo the Holy Father, I add that all too often we forget in our theological curricula that the social doctrine of the Church is not a peripheral interest to faith, but constitutive of faith: St Pier Giorgio Frassati is called “the man of the eight Beatitudes” (what a dogmatic program, isn’t it?) by John Paul II; Giorgio La Pira went on strike, as Mayor, and occupied the Pignone factory in Florence in 1953 with the workers. Our identity as “poor mendicants” is prophetic: it signifies that the poor ought to be lifted from their poverty by an inductive methodology in which we are among the poor (because we recognize ourselves as poor) and not by a deductive paternalistic methodology.

We are not Dominicans only during Mass or when a sacrament is being practiced: we are so ontologically; it is therefore ontologically that the sacraments of the Church resonate in us for the Mission. Our post-industrial society pushes us toward division: I am Catholic for 45 minutes at Sunday Mass, and the rest of the week the question of the poor does not alert my conscience. There should be a greater sacramental unity between the practice of the sacraments and care for the poor: such is my conviction.

In a very long passage commenting on Jesus’ visit to Zacchaeus’ house, Albert the Great comments on the verse “Today salvation has come to this house” (Lk 19:9) underlining the necessity of helping the poor in connection with the sacrament of the Eucharist: it is a jewel of our Dominican tradition.

Among all the rooms in Zacchaeus’ house that Jesus visits, there is one that draws His attention: the upper room also called the cenacle. This cenacle invites reflection and Albert sees three tables there:

“The cenacle is occupied by holy meditation, which prepares the entire table for the bed of the table to extend there. For frequent meditation is a return of the spirit upon what it has previously heard or discovered. It is thus, in fact, that Christ restored Himself. Mk 14:15: ‘He will show you a large furnished upper room; there you prepare.’ But alas! today these domestic sanctuaries are in ruins, because there is no longer anyone who meditates day and night in the Law of God, as the holy person ought to do, according to Psalm 1:2. And this is what Judas Maccabee laments. In this cenacle are three tables: the table of Scripture; the table of the Eucharist; and the table of alms. From the table of Scripture, it is said in Lk 22:29-30: ‘And I assign to you, as my Father assigned to me, a kingdom, that you may eat and drink at my table in my kingdom’, that is, in the Church. From the table of the Eucharist, it is said in Ps 22 (23):5: ‘You prepare a table before me in the presence of my enemies.’ And of the table of the poor, which is realized in almsgiving, it is said in Tb 2:2: ‘Go, and bring some of our tribe, fearing God, that they may feast with us.’ And in Job 31:17: ‘Did I not eat my own bread alone, and the orphan was not fed?’”

The Eucharist, in its most pure sacramental mystery, is thus made of three tables: that of the Word of God preached, that of the consecration celebrated upon the holy species, and finally, the table of the poor. The poor are included in the mystery of the Eucharist: Christ is just as truly and sacramentally present in the Word of God, in the consecration of bread and wine, as in the care given to the poor. It is the same Christ who dwells in these three segments of the Eucharist, so much so that when we help a poor person, someone ill or disabled, it is the real presence of Christ in them that we recognize, no more, no less.

Pope Leo XIV takes up these arguments again by articulating Saint John Chrysostom, whose text we know only too well because we read it in my Province of France during Holy Week, as well as Saint Augustine:

“41. Among the Eastern Fathers, perhaps the most ardent preacher on social justice was Saint John Chrysostom, Archbishop of Constantinople from the late 300s to the early 400s. In his homilies, he exhorted the faithful to recognize Christ in the needy: “Do you wish to honor the body of Christ? Do not allow it to be despised in its members, that is, in the poor, who have no clothes to cover themselves. Do not honor Christ’s body here in church with silk fabrics, while outside you neglect it when it suffers from cold and nakedness… [The body of Christ on the altar] does not need cloaks, but pure souls; while the one outside needs much care. Let us therefore learn to think of and honor Christ as he wishes. For the most pleasing honor we can give to the one we want to venerate is that of doing what he himself desires, not what we devise… So you too, give him the honor he has commanded, and let the poor benefit from your riches. God does not need golden vessels, but golden souls.” [30] Affirming with crystal clarity that, if the faithful do not encounter Christ in the poor who stand at the door, they will not be able to worship him even at the altar, he continues: “What advantage does Christ gain if the sacrificial table is laden with golden vessels, while he himself dies of hunger in the person of the poor? Feed the hungry first, and only afterward adorn the altar with what remains.” [31] He understood the Eucharist, therefore, as a sacramental expression of the charity and justice that both preceded and accompanied it. That same charity and justice should perpetuate the Eucharist through love and attention to the poor.”

And the Pope continues even more strongly using Augustine as example: “For Augustine, the poor are not just people to be helped, but the sacramental presence of the Lord.”

One does not measure how much this document of Pope Leo XIV justifies, by means of the Roman Magisterium, our actions: to affirm that caring for the poor is sacramental in nature goes beyond all our hopes and confirms Catholic dogma in its intrinsic union with the social doctrine of the Church. Taking care of the poor is not a Sunday Catholic hobby, but part of the very identity of the Catholic; this is a radical advance in the Magisterium. Without wishing to go into excesses where, e.g., Bernard of Clairvaux and Peter Damian considered the mandatum of the washing of the feet as a sacrament (our position is not to extend the set of the seven sacraments), we can affirm that there is a quality of sacramental presence of Christ in the poor.

Our brother Gustavo Gutiérrez also emphasized the fact that in the face of the absurdity of evil, we cannot be satisfied with ready-made, prefabricated answers, like Job’s three friends attempting to justify his suffering, mysterious as it is: our word must be inductive, inclusive, and contextual; and we must not forget that preaching begins with listening. The suffering of Job is as much social as existential: the two are intrinsically linked. In writing the Book of Job, speaking of God from the suffering of the innocent — a book I recommend highly — one could say that our brother Gustavo made a “Good Job”! This inductive approach resonates with our vocation of “Mendicant-Preachers.”

We do not help the poor out of bourgeois snobbery for the sake of our own good conscience: we help the poor because it is the mandatum — irretrievably dogmatic — of Christ and because we are eager to follow Christ, the one and unique center of our life; and in the poor, we recognize Christ, His presence; we listen to Him, we serve Him, and in the end we love Him. And perhaps also because we ourselves are poor… There is something beautiful among the Lay Dominicans: they extend, by virtue of their baptismal sacrament, the celebration of the Eucharist by engaging with the poor, never by paternalism, always with care to render the only true worship pleasing to God. Christ’s presence precedes us in the poor.

There thus exists a capital patristic and medieval tradition with regard to the social doctrine of the Church, and our Order can be proud to have contributed to a better unity of life. How many theological jewels could inspire us in our actions for Justice and Peace today and become a real strength of theological engineering? There are so many! I make the wish that, within the framework of a traditional Catholic theology, these theological jewels be again cultivated and communicated for better action of support toward the most vulnerable: this could lead to a real axis of research. As Christ, the poor precede us on our respective paths in Galilee (Mk 16:7). Let us then continue to run toward His meeting!

M. Sébastien Milazzo, O.P.
International Coordinator ICLDF

LOS POBRES, PRESENCIA SACRAMENTAL DE CRISTO:

LAICADO DOMINICO Y JUSTICIA Y PAZ

M. Sébastien Milazzo, OP

Me gustaría compartir con ustedes algunos puntos, como coordinador del ICLDF, sobre el impacto del trabajo de Justicia y Paz. No se trata de una lección magistral, sino solo de algunas reflexiones libres.

En primer lugar, trataré de situar al laicado dominicano en relación con Justicia y Paz, desde el punto de vista de nuestra cultura institucional.

En segundo lugar, intentaré dar algunos consejos —como dicen los jóvenes en Instagram— que podrían ayudarnos a releer nuestras acciones por Justicia y Paz a la luz de la teología.

I. Justicia y Paz en la cultura institucional del laicado dominico

Con casi 133.000 laicos dominicos en el mundo —un aumento de 3.500 miembros en tan solo 3 años— se puede decir que el laicado dominico es una de las fuerzas más vivas no solo de la Orden de Predicadores, sino también de toda la Iglesia católica: ¡y cuántas competencias sociales y profesionales encontramos allí! ¡Suficientes como para crear numerosas redes temáticas sobre los asuntos que nos preocupan!

Pero las cifras de crecimiento no son nada en comparación con el misterio que habita a tantos hombres y mujeres deseosos de seguir a Cristo tras las huellas de Santo Domingo, en una Orden mendicante. Por « mendicante » entiendo la capacidad que tenemos de vivir en una sobriedad alegre y fecunda: esta sobriedad alegre y fecunda tiende a rechazar, como lo hacen las Órdenes mendicantes (dominicos, franciscanos, agustinos, carmelitas), toda forma de mundanidad, incluso eclesiástica.

No nos hacemos dominicos para hacer carrera, sino para servir, especialmente a los más vulnerables que, quizá desde la perspectiva estructural, están “en las periferias de la Iglesia”, como recordaba el Papa Francisco, pero que, desde la perspectiva de Cristo, son el pericardio de la Iglesia, en el que late su corazón. De hecho, los apóstoles mismos eran personas con heridas abiertas o « torpes », pero no esperaron a ser perfectos para seguir a Cristo y estar vivos.

Esta sobriedad alegre es profética, hoy más que nunca: va contra el perfeccionismo, la conveniencia, el consumismo que afecta hasta la esfera íntima, relacional y existencial del ser humano. Va contra una sociedad postindustrial que tiende a segmentar la vida de la persona entre su trabajo, su vida conyugal, familiar, amistosa y social: ese es un reto fundamental que subestimamos.

La fragmentación de la vida ciertamente es facilitada por las estructuras sociales, pero muy a menudo olvidamos el impacto de tal fragmentación en el sentido mismo de la existencia de cada uno, hasta el punto de afectar la salud mental. Es, me atrevo a decirlo, el misterio del mal en toda su oscuridad lo que se expresa ahí: cuando un hombre duda de su dignidad —que le es intrínseca— porque las estructuras han contribuido a fragmentar tanto su vida que ya no sabe quién es ni qué decisión tomar, eso es una tragedia. Una tragedia que toca tanto a las estructuras jurídico-sociales como al sentido mismo de la existencia.

El derecho, en efecto, tiene como finalidad hacer existir al ser humano en su dignidad, no fragmentarla ni aniquilarla. Así pues, siguiendo a Santo Tomás de Aquino, preferimos iluminar antes que simplemente brillar.

En todos esos diferentes sectores de nuestra vida, estamos llamados a permanecer profundamente unificados, y no a desempeñar papeles diferenciados —y a veces contradictorios— según las tareas que tengamos que cumplir. Es un desafío existencial mayor. Para ser un buen cristiano, un buen dominico, hay que estar vivo: y solo estando profundamente vivos —sin cara de Cuaresma— podremos entonces compartir el fuego devorador de la Santa Predicación. El cristianismo es un vitalismo: ese es un argumento necesario en la lucha contra las pobrezas.

La sociología del laicado dominico lleva inscrita en su ADN los desafíos de Justicia y Paz: nuestra sociología es muy diversa; eso atestigua, a mi juicio, una comunión auténtica, no una conveniencia ni una convergencia de intereses particulares.

Solo en la Orden es posible ver a un alto funcionario del ministerio de Economía lavar los platos y reír junto a un desempleado durante un retiro: son hermanos en igualdad, sin sentimientos de superioridad ni inferioridad. Esta mezcla social es profética, porque rompe las cadenas de una alienación en un mundo donde el estatus, el salario y la apariencia son los únicos puntos de referencia en las interacciones sociales. Nuestra gratuidad en las relaciones entre hermanos y hermanas es fermento de una comunión auténtica y real.

La gratuidad relacional dentro de una sociología tan diversa garantiza una mejor comprensión de los desafíos actuales sobre derechos humanos y sociales: en nuestras fraternidades aprendemos a ser hermanos de todos, verbo et exemplo. Aprendemos concretamente la solidaridad en nuestras fraternidades, para poder expresarla mejor hacia afuera, pues la caridad no puede quedar encerrada en un grupo: recorre el mundo.

Estamos decididamente orientados hacia un apostolado con los más pobres. No hay tiempo suficiente para listar lo que ocurre en cada provincia o fraternidad. Pero sí pueden mencionarse algunas áreas de este apostolado: derecho social y vivienda, mundo carcelario, salud, educación y universidad, inserción laboral… son varios de los ejes de acción recurrentes.

La semana pasada, durante la asamblea general del COFALC, conocí a una joven médica argentina especializada en cuidados paliativos que además ejerce un apostolado en un hogar de ancianos. En el fondo, nuestra condición de laicos y nuestras competencias profesionales nos permiten aportar aún más palabras y acciones de Justicia y Paz.

Sin embargo, nuestra cultura institucional es perfectible respecto a Justicia y Paz. En este sentido, el ICLDF ha propuesto que cada consejo regional (ECLDF, COFALC, América del Norte, África, Asia-Pacífico) tenga un representante encargado de difundir las informaciones sobre Justicia y Paz a nivel provincial. Se trata de una evolución institucional significativa: cada consejo regional, al igual que los consejos provinciales, contará con un referente de Justicia y Paz cuya misión será la difusión de esta información.

No hay comunión sin buena comunicación. De hecho, en nuestras reuniones suelo decir que sueño con un laicado dominico que conserve su larga y tradicional cultura de deliberación (que lleva tiempo, mucho tiempo), pero con una eficiencia más “jesuita”.

Como coordinador, me atrevo a decirlo —y no soy en absoluto el único que lo piensa—, no sería improbable que el laicado dominico organizara misiones itinerantes de predicación, y por qué no, entre los más pobres, en lugares de fractura.

El laicado dominico es un semillero de fuerzas vivas con competencias humanas, sociales y profesionales inestimables: nos corresponde a nosotros aprovecharlo, con total sinodalidad.

II. Los pobres no son una opción facultativa, sino constitutiva de la dogmática de la fe católica: mirada sobre el patrimonio teológico dominico

Mi último punto, más reflexivo, busca, como teólogo, “poner de nuevo a la Iglesia en el centro del pueblo”, como se dice en francés, o más exactamente, sostener que la lucha contra todas las formas de pobreza (estructurales y existenciales) no es un valor accesorio de la fe católica, sino su ADN. Deriva de la obra mesiánica de Cristo en la economía de la Salvación.

La primera exhortación apostólica del Papa León XIV Dilexi te va claramente en este sentido. Nuestro « capital narcisista » puede alegrarse de ver citado a nuestra Orden mendicante por el Papa:

“66. Santo Domingo de Guzmán, contemporáneo de Francisco, fundó la Orden de Predicadores con otro carisma, pero con la misma radicalidad. Deseaba anunciar el Evangelio con la autoridad que brota de una vida pobre, convencido de que la Verdad necesita testigos coherentes. El ejemplo de la pobreza de vida acompañaba la Palabra predicada. Libres del peso de los bienes terrenos, los frailes dominicos podían dedicarse mejor a la obra principal, es decir, a la predicación. Iban a las ciudades, sobre todo a aquellas universitarias, para enseñar la verdad de Dios. [54] Al depender de los demás, demostraban que la fe no se impone, sino que se ofrece. Y, al vivir entre los pobres, aprendían la verdad del Evangelio “desde abajo”, como discípulos del Cristo humillado.

67. Las Órdenes mendicantes fueron, así, una respuesta viva a la exclusión y la indiferencia. No propusieron expresamente reformas sociales, sino una conversión personal y comunitaria a la lógica del Reino. La pobreza, en ellos, no era consecuencia de la escasez de bienes, sino una elección libre: hacerse pequeños para acoger a los pequeños. Como dijo Tomás de Celano sobre Francisco: «Se deja ver en él el primer amador de los pobres, […] despojándose de sus vestidos, viste con ellos a los pobres, a quienes, si no todavía de hecho, sí de todo corazón intenta asemejarse». [55] Los mendicantes se han convertido en un signo de una Iglesia peregrina, humilde y fraterna, que vive entre los pobres no por estrategia proselitista, sino por identidad. Enseñan que la Iglesia es luz sólo cuando se despoja de todo, y que la santidad pasa por un corazón humilde y volcado en los pequeños.”

Para hacerme eco del Santo Padre, añadiré que muy a menudo olvidamos, en nuestros programas de teología, que la doctrina social de la Iglesia no es un añadido a la fe, sino constitutiva de la fe misma: San Pier Giorgio Frassati fue apodado por Juan Pablo II como “el hombre de las ocho bienaventuranzas” (¡qué programa dogmático, ¿verdad?!), y Giorgio La Pira, siendo alcalde, hizo huelga y ocupó la fábrica Pignone de Florencia en 1953 junto con los obreros. Nuestra identidad como « pobres mendicantes » es profética: busca afirmar que a los pobres no se les saca de la pobreza desde fuera, sino mediante una metodología inductiva, donde estamos entre los pobres (porque nos reconocemos también como pobres) y no desde una metodología deductiva y paternalista.

No somos dominicos solamente durante la misa o durante la práctica de un sacramento: lo somos ontológicamente; y es, por tanto, ontológicamente que los sacramentos de la Iglesia resuenan en nosotros para la Misión. Nuestra sociedad postindustrial tiende a la fragmentación: soy católico durante 45 minutos en la misa del domingo por la mañana, y el resto de la semana, la cuestión de los pobres no afila mi conciencia. Debería haber una mayor unidad sacramental entre la práctica de los sacramentos y el cuidado de los pobres: ésta es mi convicción.

En un largo pasaje comentando la visita de Jesús a la casa de Zaqueo, San Alberto Magno comenta el versículo:

« Hoy ha llegado la salvación a esta casa » (Lc 19, 9), subrayando la necesidad de ayudar a los pobres en conexión con el sacramento de la Eucaristía: una joya de nuestra tradición dominicana.

De todas las habitaciones de la casa de Zaqueo que Jesús visita, hay una que llama especialmente su atención: el aposento alto, también llamado cenáculo. Este cenáculo invita a la meditación, y Alberto distingue tres mesas:

*“El cenáculo está ocupado por la santa meditación, que dispone toda la cama de la mesa para recostarse. Porque la meditación frecuente es un retorno del espíritu sobre lo que ha oído o descubierto anteriormente. Así, en efecto, se restauraba Cristo.
Mc 14,15: ‘Os mostrará una sala grande en el piso superior, amueblada; preparad allí’.
Pero, ¡ay!, hoy estos santuarios domésticos están en ruinas, porque ya no hay quien medite día y noche en la Ley de Dios, como debería hacerlo el hombre santo, según el Salmo 1,2.

Y eso es lo que llora Judas Macabeo. En ese cenáculo hay tres mesas:

  • la mesa de la Escritura,
  • la mesa de la Eucaristía,
  • y la mesa de la limosna.”

Sobre la mesa de la Escritura, se dice en Lc 22,29-30:

“Yo, pues, os confiero el Reino, como mi Padre me lo confirió a mí, para que comáis y bebáis a mi mesa en mi Reino”, es decir, en la Iglesia.

Sobre la mesa de la Eucaristía, se dice en el Salmo 22 (23), 5:

“Tú preparas ante mí una mesa frente a mis enemigos.”

Y sobre la mesa de los pobres, que se realiza en la limosna, se dice en Tobías 2,2:

“Ve, y trae a algunos de nuestra tribu, que temen a Dios, para que coman con nosotros.”
Y en Job 31,17:
“¿He comido yo solo mi pan sin compartirlo con el huérfano?”

La Eucaristía, en su misterio sacramental más puro, se compone de tres mesas:

  • la mesa de la Palabra de Dios predicada,
  • la mesa de la consagración celebrada sobre las especies santas,
  • y finalmente —la última pero no la menos importante— la mesa de los pobres.

Los pobres están incluidos en el misterio de la Eucaristía: Cristo está tan realmente y sacramentalmente presente en la Palabra de Dios, en la consagración del pan y del vino, como en el cuidado a los pobres.

Es el mismo Cristo quien habita en estos tres segmentos de la Eucaristía, de modo que cuando ayudamos a un pobre, a una persona enferma o con discapacidad, reconocemos la presencia real de Cristo en él, ni más ni menos.

El Papa León XIV retoma estos argumentos articulando a San Juan Crisóstomo (cuyo texto conocemos muy bien, ya que lo leemos en mi Provincia de Francia durante la Semana Santa), y también a San Agustín:

“41. Entre los Padres orientales, quizá el predicador más ardiente de la justicia social sea san Juan Crisóstomo, arzobispo de Constantinopla entre los siglos IV y V. En sus homilías, exhortaba a los fieles a reconocer a Cristo en los necesitados: «¿Quieres honrar el Cuerpo de Cristo? No permitas que sea despreciado en sus miembros, es decir, en los pobres que no tienen qué vestir, ni lo honres aquí en el templo con vestiduras de seda, mientras fuera lo abandonas al frío y a la desnudez […]. En el templo, el Cuerpo de Cristo no necesita mantos, sino almas puras; pero en la persona de los pobres, Él necesita todo nuestro cuidado. Aprendamos, pues, a reflexionar y a honrar a Cristo como Él quiere. Cuando queremos honrar a alguien, debemos prestarle el honor que él prefiere y no el que más nos gusta […]. Así también tú debes prestarle el honor que Él mismo ha ordenado, distribuyendo tus riquezas entre los pobres. Dios no necesita vasos de oro, sino almas de oro». [30] Afirmando con claridad meridiana que si los fieles no encuentran a Cristo en los pobres a su puerta, tampoco lo encontrarán en el altar, continúa: «¿De qué serviría, al fin y al cabo, adornar la mesa de Cristo con vasos de oro, si Él muere de hambre en la persona de los pobres? Primero da de comer al que tiene hambre y luego adorna su mesa con lo que sobra». [31] Entendía la Eucaristía, por tanto, también como una expresión sacramental de la caridad y la justicia que la precedían, la acompañaban y debían darle continuidad en el amor y la atención a los pobres.”

Y el Papa continúa aún más fuerte, tomando a San Agustín como ejemplo:

“Para Agustín, el pobre no es solo alguien a quien se ayuda, sino la presencia sacramental del Señor.”

No somos del todo conscientes de hasta qué punto este documento del Papa León XIV justifica, por la vía del Magisterio romano, nuestras acciones: afirmar que el cuidado a los pobres es de naturaleza sacramental va más allá de todas nuestras esperanzas y confirma la dogmática católica en su unión intrínseca con la doctrina social de la Iglesia.

Ocuparse de los pobres no es un pasatiempo católico de domingo, sino que forma parte de la identidad misma del católico: esto es un avance radical en materia de Magisterio.

Sin caer en excesos como aquellos de Bernardo de Claraval o Pedro Damián, quienes llegaron a considerar el mandatum (el lavatorio de pies) como un sacramento (nosotros no buscamos ampliar el número de sacramentos), podemos afirmar que hay una calidad de presencia sacramental de Cristo en los pobres.

Nuestro hermano Gustavo Gutiérrez también había subrayado que, frente al sinsentido del mal, no podemos contentarnos con respuestas prefabricadas, como los tres amigos de Job que intentaban justificar su misterioso sufrimiento. Nuestra palabra debe ser inductiva, inclusiva y contextual; y no debemos olvidar que la predicación comienza por la escucha. El mal de Job es tanto social como existencial: ambas dimensiones están intrínsecamente unidas.

Al escribir el libro “Hablar de Dios desde el sufrimiento del inocente”, libro que recomiendo vivamente, podemos decir que nuestro hermano Gustavo hizo un “buen Job” (¡nice Job!).

Este enfoque inductivo entra en profunda resonancia con nuestra vocación de Mendicantes Predicadores.

No ayudamos a los pobres por un esnobismo burgués para tranquilizar nuestra conciencia: ayudamos a los pobres porque es el mandato —irrefutablemente dogmático— de Cristo, y porque tenemos prisa por encontrar a Cristo, único y verdadero centro de nuestra vida. Y en los pobres, reconocemos a Cristo, lo escuchamos, lo servimos, y finalmente, lo amamos. Y quizás también, porque nosotros mismos somos pobres…

Hay algo maravilloso en los laicos dominicos: prolongan, en virtud de su sacramento del bautismo, la celebración de la Eucaristía comprometiéndose con los pobres, nunca por paternalismo, siempre por el deseo de rendir el único culto agradable a Dios.

La presencia de Cristo nos precede en los pobres.

Existe, por tanto, una tradición patrística y medieval esencial en relación con la doctrina social de la Iglesia, y nuestra Orden puede sentirse orgullosa de haber contribuido a una mejor unificación de la vida cristiana.

¿Cuántas joyas teológicas podrían inspirar nuestras acciones en Justicia y Paz y convertirse en una auténtica fuerza de ingeniería teológica para hoy? ¡Son tantas!

Formulo el deseo de que, en el marco de una teología católica tradicional, estas joyas teológicas sean redescubiertas y comunicadas, para una mejor acción de apoyo hacia los más vulnerables: esto podría constituir un auténtico eje de investigación.

Como Cristo, los pobres nos preceden en nuestros respectivos caminos hacia Galilea (Mc 16,7).
¡Corramos entonces a su encuentro!

M. Sébastien Milazzo, O.P.
Coordinador Internacional del ICLDF

Connexion à eXo - POLITIQUE RELATIVE AUX COOKIES - POLITIQUE DE CONFIDENTIALITÉ
Ordo Praedicatorum © 2026. Tous droits réservés.

Left / Button

Informations de contact

 Piazza Pietro d'Illiria, 1 | 00153 Roma | Italy

 info@curia.op.org

 +39.06.579401

Réseau social

Right / Button
×