Mois dominicain pour la paix 2025 : homélie de la messe d’ouverture

Homélie de la messe d’ouverture, dimanche 30 novembre 2025, Premier dimanche de l’Avent, Année A, par le prieur provincial, le fr. Gabriel Samba, OP, à la paroisse universitaire saint Thomas d’Aquin de Douala.

Textes : Is 2, 1-5 ; Ps 121(122), 1-9 ; Rm 13, 11-14 ; Mt 24, 37-44.

Homélie

«Veillezdonc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. »

Chers frères et sœurs, l’Avent est le temps de la préparation de nos cœurs pour la venue de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, Prince de la Paix. La Parole de Dieu de ce premier dimanche de l’Avent, année liturgique A, nous parle de la venue du Fils de l’homme à un moment inattendu et nous invite à veiller, à nous tenir prêts pour ne pas être surpris comme les contemporains de Noé qui ne se doutaient de rien, passaient leur temps à boire, à manger et à se marier.

C’est ce temps de l’Avent que l’Ordre des Prêcheurs a choisi pour célébrer le Mois dominicain pour la Paix. C’est pour cette raison que la Famille dominicaine du Cameroun se retrouve dans cette église de la paroisse universitaire saint Thomas d’Aquin de Douala pour la messe d’ouverture de cet événement qui mobilise l’attention de tous les dominicains et dominicaines du monde entier sur le Cameroun. Qu’est-ce que le Mois dominicain pour la Paix ?

Le Mois dominicain pour la Paix, est une initiative qui est née au lendemain de la célébration du Jubilé des 800 ans de la confirmation de l’Ordre des Prêcheurs. À l’occasion de ce huitième centenaire, il y a eu un congrès mondial pour la mission qui a regroupé toute la grande Famille dominicaine, à Rome, en 2017. Nous avons écouté plusieurs témoignages de différentes expériences pastorales sur le terrain qui nous ont montré les conditions parfois très difficiles et dangereuses dans lesquelles nos frères et sœurs exercent leur apostolat. Ces situations ont suscité compassion et élan de solidarité. C’est ainsi qu’a surgi l’idée du Mois dominicain pour la Paix, célébré chaque année au temps de l’Avent. La première célébration a eu lieu en 2017 avec la Colombie. En 2018, c’était la République Démocratique du Congo. L’année dernière c’était Haïti.

Le choix du temps de l’Avent n’est pas anodin. Il nous rappelle le sermon poignant du dominicain espagnol du 16e Siècle, Antonio de Montesinos, prononcé un dimanche de l’Avent, de l’année 1511, à Saint-Domingue. Au nom de tous ses frères dominicains, Montesinos a dénoncé vigoureusement les injustices et les cruautés commises par les Espagnols envers les populations autochtones. Ce sermon encore appelé « cri de Montesinos » est devenu célèbre pour avoir déclenché le débat sur la condition des indigènes, en posant la question : « Ces gens ne sont-ils pas des hommes ? N’ont-ils pas une âme, une raison ? »

Chers frères et sœurs, en célébrant le Mois dominicain pour la paix, ces questions taraudent notre esprit face aux souffrances, violences, injustice et manque de paix de beaucoup d’hommes et de femmes aujourd’hui. À travers le Mois dominicain pour la paix, la Famille dominicaine veut exprimer sa proximité, sa compassion et sa solidarité avec nos frères et sœurs qui souffrent, pour implorer la miséricorde de Dieu et le don d’une paix durable.

En février 2025, nous avons été informés que la Commission dominicaine internationale pour la Justice et la Paix, a choisi le Cameroun pour le Mois de la paix 2025. Nous avons proposé comme thème : « Vérité et justice pour une paix durable ». Le choix a été approuvé par le Maître de l’Ordre, le fr. Gerard Francisco Timoner III. Dans sa lettre du 1er septembre 2025 à et toute la Famille dominicaine, le Maître de l’Ordre explique le sens de la célébration de ce Mois de la paix en ces termes : « Cette période, qui commence le premier dimanche de l’Avent et se termine à l’Épiphanie, nous offre l’occasion de prier et d’exprimer notre solidarité avec nos sœurs et frères de l’Ordre confrontés à divers défis. » Le Maître de l’Ordre nous invite « à organiser des activités pastorales et d’autres événements publics afin de promouvoir la solidarité et deprier pour le peuple camerounais. »

Chers frères et sœurs, le Mois dominicain pour la paix est un antidote à l’indifférence. L’évangile nous a parlé de l’indifférence des contemporains de Noé. Ils ne se doutaient de rien, ils étaient insensibles et indifférents à ce qui se passait autour d’eux. Ils passaient leur temps à manger, à boire, à prendre femme et mari. Dans la famille dominicaine, comme dans un corps humain, il n’y a pas de place à l’indifférence. Car, comme dit saint Paul : « Si un seul membre du corps souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. »

En 2016, l’Ordre avait célébré à Bologne, le chapitre du huitième centenaire de notre existence. À cette occasion, le pape François avait reçu tout le chapitre en audience, le 4 août, dans la belle salle Clémentine au Vatican. J’y étais comme Socius du Maître de l’Ordre pour l’Afrique. Le pape François nous a dit des paroles fortes sur le jubilé du huitième centenaire qui peuvent nous aider à comprendre davantage l’importance du Mois dominicain pour la paix. Le saint Père nous a dit :

« Ce huitième centenaire nous conduit à faire mémoire d’hommes et de femmes, de foi et de lettres, de contemplatifs et de missionnaires, de martyrs et d’apôtres de la charité, qui ont apporté en tout lieu lacaresse et la tendresse de Dieu, enrichissant l’Église et indiquant de nouvelles possibilités pour incarner l’Évangile à travers la prédication, le témoignage et lacharité, trois piliers qui garantissent le futur de l’Ordre en préservant la fraîcheur du charisme de la fondation. »

Il nous a rappelé le charisme fondateur de Dominique avec ses propres mots très touchants. Je le cite encore : « Saint Dominique a connu, au début de sa vie, un dilemme qui a marqué toute son existence. “Comment puis-je étudier sur des peaux mortes quand la chair du Christ souffre ?”. C’est le corps du Christ vivant et souffrant qui crie vers le prédicateur et ne le laisse pas tranquille. Le cri des pauvres et des délaissés réveille et permet de comprendre la compassion que Jésus avait pour les gens. (Mt 15,32). »

Chers frères et sœurs, l’intranquillité de certaines régions de notre pays, la précarité et la misère des personnes victimes de violences, d’injustice et de manque de paix, nous font vivre l’expérience du dilemme de Dominique. Un monastère est un lieu de silence, de prière contemplative. Mais quand des personnes déplacées et en insécurité cherchent un refuge : faut-il les accueillir ou préserver l’intimité et le rythme de la vie monastique ? Devant ce dilemme, nos moniales dominicaines de Bambui (Bamenda) ont fait le choix d’ouvrir les portes de leur monastère aux personnes en détresse et de prendre soin d’elles. Les sœurs dominicaines de la bienheureuse Imelda et les laïcs dominicains dans le Nord-Ouest, vivent aussi des situations de véritable dilemme face à la violence, l’insécurité et la souffrance. Ils ont pris la décision courageuse et évangélique d’être proches de la population pour manifester la présence de Dieu. Au nom de l’Église et de l’Ordre, ils ont fait le choix de « martyrs et d’apôtres de la charité ».

À Douala, à Yaoundé, Bertoua, Bafia, Extrême-Nord, les sœurs, les frères, les laïcs et les jeunes de la Famille dominicaine, rencontrent aussi des situations difficiles dans les lieux d’apostolat. Mûs de compassion, démunis, ils vivent un dilemme déchirant : « Que faire Seigneur ? Comment pouvons-nous étudier sur des peaux mortes quand toutes ces personnes déplacées, ces femmes victimes de violences multiformes, ces enfants sans actes de naissance et ne pouvant pas aller à l’école, nous brisent le cœur ? » La Famille dominicaine internationale est attentive à nos défis pastoraux. C’est pourquoi, à travers le Mois dominicain pour la paix, elle veut nous manifester sa proximité et sa solidarité en soutenant nos efforts, notre courage et nos projets à caractère social et humanitaire, Main dans la main.

Dans nos communautés nous vivons avec des frères et sœurs dont les parents et les familles sont dans les régions menacées par la violence et l’insécurité. Nos frères et sœurs en souffrent terriblement et vivent un vrai dilemme : rester en communauté ou aller rejoindre les parents, souffrir avec eux, mourir avec eux ? Comme supérieurs nous devons être attentifs à cela, réconforter et consoler nos frères et sœurs si durement affectés et fragilisés.

Chers frères et sœurs, l’évangile nous invite à veiller. Veiller c’est rester vigilant, faire attention, prendre garde, guetter. Mais veiller c’est aussi assister, soigner, prendre soin, surveiller, préserver. Faisons donc attention, prenons soin des autres, veillons sur nos frères et sœurs, veillons sur le projet de paix de Dieu, préservons nos valeurs africaines et évangéliques de la paix, de la justice, de la famille, de la solidarité, du partage et de l’unité.

Comme l’écrit saint Pierre de Vérone, OP, dans sa lettre à la prieure du monastère de saint-Pierre « in Campo Sancto » : « Je sais combien vaut la prière assidue du juste et ce que nos propres vœux n’obtiennent pas, l’intercession d’autrui l’acquiert. » Nous aussi, nous savons et nous croyons que, l’intercession des milliers de moniales et de sœurs dominicaines dans le monde entier, des frères et laïcs dominicains, nous obtiendra la grâce d’une paix durable dans nos cœurs, nos communautés, nos familles et notre pays le Cameroun.

Puisse le Seigneur réaliser pour nous, la vision du prophète Isaïe : une vision d’unité et depaix, où toutes les nations entreront dans le projet de paix de Dieu, transformeront leurs armes de guerre en outils agricoles ;où jamais nation contre nation ne lèvera l’épée et n’apprendront plus la guerre, mais marcheront ensemble à la lumière du Seigneur. Amen.

fr. Gabriel Samba, OP

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