Mois dominicain pour la paix 2025 : 2e dimanche de l’Avent

Is 11, 1-10 ; Ps 125 Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12

Mes frères, mes sœurs, alors que nous célébrons ce Mois dominicain de la Paix, alors que notre pays le Cameroun traverse encore des heures d’incertitude en partie liées aux tensions post-électorales, aux inégalités grandissantes, aux conflits fonciers qui déchirent des familles, et aux blessures écologiques visibles jusque dans nos forêts dévastées et nos rivières polluées, à la crise armée dans les Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest, les lectures de ce jour prennent le double sens d’une promesse, et d’un appel ferme : Dieu veut la paix. Dieu appelle la paix. Dieu exige la paix.

Le prophète Isaïe (Is 11, 1) dans la première lecture de ce dimanche décrit un monde idéal où le loup habite avec l’agneau, où l’enfant met sa main dans le repaire du cobra sans crainte, où la justice fleurit comme une rosée nouvelle. Loin d’être un poème naïf, cette vision porte une prophétie politique, écologique, éthique et spirituelle qui nous révèle que la paix commence toujours par un petit commencement. En effet, Isaïe nous dit que la paix a une racine : Dieu lui-même ; la paix a un visage : celui du Messie rempli de l’’Esprit de sagesse, d’intelligence, de conseil, de force ; la paix a une exigence qui est la justice pour les petits, le droit pour les pauvres.

Frères et sœurs, dans notre contexte camerounais, Isaïe nous parle directement. Il parle à nos cœurs. Mes frères, mes sœurs, un pays n’a pas de paix quand la justice chancelle. Un peuple n’a pas de paix quand les pauvres sont écrasés. Une nation n’a pas de paix quand les terres sont arrachées sans scrupule, quand la forêt brûle, quand les rivières sont souillées par les déchets, quand les plus faibles ne sont pas protégés. Isaïe nous enseigne ainsi que la paix n’est jamais une décoration politique ; elle est un engagement spirituel et moral qui nous pousse à construire avec le cœur ouvert et non avec des camps opposés.

Le Cameroun sort d’une période post-électorale douloureuse, où les mots ont blessé, les réseaux sociaux ont attisé la haine, où la suspicion et la peur ont gagné les familles et les quartiers. Saint Paul dans la deuxième lecture (Rm 15, 7) nous rappelle que la division est contraire à l’Évangile, et que le Christ est venu pour rassembler les nations, « les Juifs comme les païens ».

Saint Paul nous propose trois piliers de la paix. D’abord, il parle de la mémoire : « Ce qui fut écrit l’a été pour notre instruction ». De ce fait, il nous demande de ne pas répéter les erreurs, de ne pas alimenter les rancœurs. Ensuite, il propose la patience afin de nous montrer que la paix ne se décrète pas ; elle se tisse dans le temps. Enfin, Saint Paul présente la consolation qui est instrument de relèvement et de guérison.

Chers frères et sœurs, dans un contexte où chacun pense que la solution viendra de son camp politique, de son ethnie, de son bloc régional, Saint Paul nous rappelle alors une vérité décisive : la paix ne naît pas des camps ; elle naît des cœurs ouverts. Ce sont véritablement des cœurs ouverts au Seigneur qui peuvent produire un fruit qui exprime votre conversion (Mt 3, 8). Comme on le voit dans l’évangile, Jean-Baptiste pose les conditions de possibilités d’une paix qui commence nécessairement par une conversion radicale. Jean-Baptiste n’a pas la langue douce. Il ne maquille pas la vérité. Il dénonce sans trembler ce qui empêche la paix : l’hypocrisie, les violences cachées, les injustices économiques, la corruption, la manipulation religieuse, l’exploitation des pauvres.

Les Paroles de Jean-Baptiste sont comme une sentence : Vous voulez la paix ? Alors convertissez-vous. Autrement dit, convertissez vos paroles. Convertissez vos relations. Convertissez votre manière de gérer la terre, la forêt, les biens communs. Convertissez votre manière de traiter les pauvres. Convertissez votre rapport au pouvoir, à l’argent, à la vérité.

Mes frères, mes sœurs, la paix est un fruit. Et un fruit a des racines. Si les racines sont pourries par la corruption, l’injustice, la violence, les discriminations, la trahison de la vérité, alors le fruit sera amer. En tant que chrétiens, en tant que citoyens, nous avons un rôle à jouer : celui d’être des ponts, pas des murs ; chercher la vérité sans haine ; refuser la manipulation ; promouvoir un débat digne. Cela implique de faire face aux situations de misère qui nous demandent très souvent de partager le pain, de refuser l’indifférence, de dénoncer les injustices et d’être aux côtés des oubliés. Dès lors, il faut oser ; oser promouvoir la transparence et la médiation, le respect du bien commun et la protection des faibles. En outre, dans la sphère de l’urgence écologique, un appel nous est lancé : planter, protéger, reboiser, sensibiliser, éduquer. Bref, ne pas détruire demain pour nourrir aujourd’hui.

Si chacun d’entre nous laisse germer dans son cœur ce rejeton dont parle Isaïe, si chacun d’entre nous accueille l’autre comme le Christ l’a accueilli, si chacun d’entre nous produit un fruit de conversion, alors nos pays pourront goûter à la véritable espérance : « Le loup habitera avec l’agneau. Un petit enfant les conduira. ».

Frère Wilfried SINDEU, OP

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