Être riche pour Dieu, non pour le monde : sagesse pour une vie qui ne se gaspille pas

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. »
— Matthieu 6,33

18ème dimanche du temps ordinaire – C

Textes : Qo 1, 2; 2, 21-23 ; Ps 89 (90) ; Col 3, 1-5 ; Lc 12, 13-21

Fr. Gabriel Samba, op 

Homélie

« Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »
« Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. » En effet, « vanité des vanités, tout est vanité », comme disait Qohèleth dans la première lecture. 

Il y a un lien fort entre la première lecture et l’évangile. Mais aussi avec le psaume responsorial et la deuxième lecture dans laquelle saint Paul invite les Colossiens à rechercher les réalités d’en haut et à faire mourir en eux ce qui n’appartient qu’à la terre, notamment, « la soif de posséder ». 

L’unité du thème d’enseignement des lectures de ce 18ème dimanche est évidente. Elles évoquent l’urgence de la mission et de la conversion de cœur par rapport à la conception humaine des richesses matérielles et la condition d’homme éphémère. La brièveté et la fragilité de la vie humaine sont bien exprimées dans la métaphore courante du psaume 144, 4 qui dit : « L’homme est semblable à un souffle, ses jours sont comme l’ombre qui passe. » C’est cela, la vanité. 

Qohèleth, prêche sur cette vanité en méditant sur la vie de Salomon afin d’inviter l’homme à la sagesse et à la foi qui consistent à s’abandonner dans les mains de Dieu. Car, Dieu seul détient les clés de la vraie sagesse et connaît tous les mystères de la vie. En dehors de Lui, toute recherche de bonheur est vaine.

Dans l’évangile, Jésus nous met en garde contre la cupidité qui rend aveugle, indifférent et détourne de Dieu. En refusant d’être le juge et l’arbitre des partages entre les deux frères qui se disputent l’héritage, Jésus indique que ce n’est pas son rôle, mieux encore, ce n’est pas sa mission. Sa mission est d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, faire connaître le Père. Sa mission est d’aider les gens à réfléchir, à savoir établir les vraies priorités, à chercher d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes choses leur seront données par-dessus (cf. Mt 6, 33). Cette mission est urgente, il n’y a pas de place à la distraction. 

Nous sommes réunis en chapitre général pour réfléchir sur l’urgence de la mission dominicaine aujourd’hui auprès des différents publics de la prédication que nous avons identifiés. Je ne sais pas, à quel public appartient cet homme qui a posé la question du partage d’héritage à Jésus et quel type de prédication devons-nous apporter à ce genre de personnes que nous rencontrons aussi dans nos sociétés ? 

Face à une conduite irresponsable qualifiée d’insensée, Jésus invite à la lucidité et à la sagesse, comme le fait Qohèleth. Car comme dit le psalmiste : « L’homme comblé qui n’est pas clairvoyant, ressemble au bétail qu’on abat » (Ps 48, 21). Un autre psaume dit : « N’allez pas compter sur la fraude et n’aspirez pas au profit ; si vous amassez des richesses, n’y mettez pas votre cœur. » (Ps 61, 11). 

L’enseignement de Jésus dans l’évangile de ce jour nous rappelle ce qu’il a dit à Marthe : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule chose est nécessaire : Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. » Cette meilleure part, c’est écouter le Seigneur. Oui, une seule chose est nécessaire : chercher à « être riche en vue de Dieu », c’est-à-dire soigner notre intimité avec Dieu, approfondir notre foi, notre espérance et notre charité. Orienter toute notre vie vers Dieu et vers ce qui est éternel. Oui, une seule chose est nécessaire : être frère prêcheur, vivre une vie dominicaine authentique.

Un homme sage et croyant sait que les richesses viennent de Dieu et lui appartiennent. Dieu lui a confié la gestion de ses richesses pour les faire fructifier au profit de tous ses enfants.

Dans la sagesse Kongo de mon pays, il y a un proverbe qui dit : « Ce que tu hérites, il faut le fructifier » ; ou encore « ce dont tu bénéficies, il faut l’accroître. » Et nous Dominicains, quel héritage avons-nous reçu et comment devons-nous le fructifier pour notre mission aujourd’hui ?

Dans la culture Kongo, l’héritage est un sujet très sensible et conflictuel. L’héritage divise et déchire les familles. Il crée beaucoup d’injustice et de scandale. En effet, dans la tradition Kongo, la lignée est matriarcale c’est-à-dire l’enfant appartient à la famille de sa mère et non pas de son père. Une des implications de ce système matriarcal  est que, l’enfant n’hérite pas des biens de son père. Il hérite des biens de son oncle maternel. Les héritiers des biens de son père, ce sont ses neveux et ses nièces. À la mort du père, parfois avant même l’enterrement, la veuve et les enfants sont chassés de la maison familiale. La famille s’empare de tous les biens. Ce que dit Qohèleth, c’est exactement ce qui se passe au Congo : « Un homme s’est donné de la peine ; il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. » Cette situation qui est encore d’actualité devrait nous interpeller et nous faire réfléchir.

Un autre phénomène scandaleux, c’est l’accumulation des richesses pour soi-même. Ce démon de l’avidité hante la société congolaise et la vie religieuse. Une poignée de gens proches du pouvoir ou de la famille s’accapare des richesses du pays, accumule des biens : des milliards de nos francs, des véhicules de luxe excessivement chers, des maisons, des terrains parfois expropriés aux pauvres ou achetés à vil prix, alors qu’à côté, la grande majorité de la population croupit dans la misère : pas d’eau, pas d’électricité, pas de médicaments ni soins appropriés dans les hôpitaux. Peut-être que l’Église, l’Ordre, nos provinces et nos couvents accumulent aussi des biens ? 

Parlant des exigences de notre prédication, le chapitre général de Trogir en 2013 attirait notre attention sur «  ce qui peut conduire à des formes de privatisation ou d’ ‘‘embourgeoisement’’ de notre vie  dominicaine, à une perte  de tonus et de crédibilité nécessaire à la proclamation de l’évangile » (Trogir 2023, 43). Que ceux qui auraient amassé des richesses pensent aux pauvres comme nous, la jeune province, saint Charles Lwanga en Afrique équatoriale. Nous avons beaucoup de besoins pour faire vivre ce bébé province. Aidez-nous, s’il vous plait ! 

Comme frères, nous ne sommes pas parfois conscients de tant de choses que nous amassons dans nos cellules. C’est seulement le jour où l’on reçoit une nouvelle assignation pour quitter le couvent qu’on se rend compte de tout ce qu’on a accumulé au fils des années, stockés dans nos placards ou nos valises : des habits, des livres, des médicaments périmés, alors que des pauvres meurent par ce qu’ils ne peuvent pas s’acheter les médicaments que tu vas jeter à la poubelle. 

Notre vœu de pauvreté nous interpelle face à la tentation de l’accumulation des richesses. Dominique n’avait jamais amassé de richesse pour lui-même. Ce qu’il avait, même ses livres qui étaient précieux pour son ministère, il les a vendus pour venir en aide aux gens qui mourraient de faim. 

Seigneur, « apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse ». Amen.

🪶

Prêcheur : fr.  Gabriel Samba, OP
Provincia de San Carlos Lwanga, Afrique écuatoriale
Cracovie, le 3 août 2025
Bureau de Communication – Chapitre Général des Prieurs Provinciaux
Photo : Dawid Kołodziejczyk OP – @dominikanie.pl

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