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L’Ordre des Prêcheurs a inauguré son année jubilaire le 6 janvier à l’occasion du 800e anniversaire de la mort de saint Dominique qui se terminera par la solennité de l’Épiphanie en 2022. Le Maître, le philippin Gerard Francisco Timoner, détaille à Alpha et Omega l’impulsion évangélisatrice de cet événement.

Gerard Francisco Timoner III a été élu le 13 juillet comme nouveau Maître de l’Ordre des Prêcheurs, devenant ainsi le 88ème successeur de Saint Dominique. Ce religieux de 52 ans, né aux Philippines, est ainsi devenu le premier Maître asiatique de l’Ordre. En 2014, François l’a nommé à la Commission théologique internationale du Vatican.

1) Le thème des célébrations du jubilé est “À table avec saint Dominique”. Pourquoi avez-vous choisi ce titre ?

Il est inspiré d’une peinture sur bois de la paroisse de La Mascarella à Bologne (Italie). Il s’agit d’un panneau sur lequel le premier portrait de saint Dominique a été peint peu après sa canonisation. Nous célébrons saint Dominique non pas comme un saint isolé sur un piédestal, mais comme un saint qui jouit de la communion à table avec ses frères, réunis par la même vocation de prêcher la Parole de Dieu et de partager le don de la nourriture et de la boisson donnés par Dieu. L’année jubilaire nous invite à nous demander : que signifie pour nous d’être à table avec saint Dominique ici et maintenant ?

2) Quelle réponse donner à cette invitation ?

La mission de l’Ordre est d’aider à construire la communion de l’Église, le Corps du Christ, comme l’ont fait saint François et saint Dominique à une époque où l’Église avait un besoin urgent d’une “nouvelle” évangélisation au XIIIe siècle. Nous ne sommes que des “assistants”. Le principal “bâtisseur” est le Dieu Trinitaire, modèle et source de communion. Notre mission et notre communion fraternelle constituent ensemble notre nature, car nous sommes des frères prêcheurs. Pour être réaliste, la diversité et les différences entre les frères affaiblissent parfois la communion. Mais cela aussi peut faire partie de notre service prophétique à l’Église et à la société : il est possible d’avoir des différences et d’être encore des frères ; il est possible d’être en désaccord sans rompre la communion.

3) Comment allez-vous fêter cet anniversaire ?

Avec simplicité et en silence, comme une manifestation de l’amour et de la sollicitude du Seigneur pour saint Dominique et pour la famille dominicaine qui est bien vivante depuis plus de huit cents ans. Le Conseil Général a décidé de réduire au minimum les événements prévus. Nous avons dû annuler l’exposition artistique et le pèlerinage (que nous proposerons virtuellement sur https://dominicus800.op.org/pellegrinaggio/). Cependant, toutes les célébrations eucharistiques importantes se dérouleront conformément aux normes sanitaires.

4) Pourquoi saint Dominique est-il toujours d’actualité ?

Notre Ordre a une mission intellectuelle essentielle. Celle de prêcher la “Veritas”, qui est aussi un antidote important à une autre pandémie pernicieuse qui a éclaté dans notre société : des fausses nouvelles et des demi-vérités qui sont, en fait, des demi-mensonges. Si nous voulons répandre l’Évangile dans notre monde sécularisé, nous devons être au milieu des gens. Cela signifie que nous devons également être prêts à franchir les frontières linguistiques, culturelles et même idéologiques pour diffuser la Parole de Dieu.

5) En tant que Maître de l’Ordre, comment avez-vous vécu la pandémie ?

L’obligation de quarantaine et le verrouillage de nombreuses villes ont ouvert la porte au désespoir et à la solitude pour beaucoup. Ce sont des mesures qui doivent être respectées pour des raisons éthiques et scientifiques mais qui semblent contredire notre instinct pastoral d’être au milieu des gens. Il est vrai que rien ne remplace la présence humaine, mais nous avons trouvé d’autres façons d’être avec les autres. Les périodes de crise sont les plus fructueuses pour la créativité. Par exemple, en 1629, pendant la peste en Italie, le frère Timotheo Ricci a créé le Rosaire perpétuel dans le couvent des Dominicains à Bologne. Beaucoup de nos frères ont écrit des réflexions bibliques et théologiques sur les différentes facettes de la pandémie.

6) Comment revitaliser la foi dans une Europe de moins en moins croyante ?

On entend souvent dire qu’en Europe, l’Église est considérée comme une institution “fatiguée et vieille” et que, par conséquent, de nombreux jeunes ne sont pas encouragés à connaître en profondeur la vie et l’histoire du catholicisme. En 2019, j’ai rencontré un jeune frère européen qui a partagé avec moi l’histoire de sa vocation avec enthousiasme. J’ai appris que ses parents, bien que catholiques, ne l’avaient pas baptisé. Mais quand il a grandi, il a trouvé le sens de la vie dans l’Église. Il a reçu une formation et a finalement demandé à être baptisé. En écoutant l’histoire de sa vocation, je me suis demandé combien de jeunes se trouvent dans la situation de ce frère. Il est possible que beaucoup de jeunes ne quittent pas l’Église : comment pourraient-ils la quitter s’ils n’ont jamais été à l’intérieur ? S’il y a peu de jeunes dans l’Église, c’est probablement parce que leurs parents ont décidé de ne pas les y amener. D’une certaine manière, on peut dire que l’Europe est un “territoire en mission”. C’est pourquoi le pape François nous appelle à redécouvrir notre vocation de “disciples en mission”.