Albert Nolan : prêtre, homme engagè, auteur et théologien de renom

Fr. Albert Nolan

Le célèbre prêtre catholique sud-africain, militant anti-apartheid et théologien et auteur de renommée internationale, le père Albert Nolan, est décédé à l’âge de 88 ans.

Il est mort dans son sommeil dans la clinique des sœurs dominicaines de Marian House à Boksburg aux premières heures du lundi 17 octobre.

Denis James Harry Nolan est né au Cap le 2 septembre 1934, dans une famille de Sud-Africains d’origine irlandaise, qui vivait à Gardens. Il est allé à l’école des Frères Maristes de St Joseph à Rondebosch et après avoir travaillé pour une banque, il est entré dans l’Ordre Dominicain en 1954, prenant le nom d’Albert.

Décoré de l’ordre d’Argent de Luthuli par le président de l’époque, Thabo Mbeki, en 2003, pour son “dévouement de toute une vie à la lutte pour la démocratie, les droits de l’homme et la justice et pour avoir remis en question le “dogme” de la justification théologique de l’apartheid”, Nolan a inspiré une génération de militants et de théologiens chrétiens.

Son dévouement à la lutte contre l’apartheid l’a amené à refuser la charge de Maître de l’Ordre des Dominicains auquel il a été élu en 1983, car cela aurait signifié son déménagement au siège de l’Ordre à Rome. Au lieu de cela, il a convaincu les dominicains de lui permettre de rester en Afrique du Sud. Au plus fort du deuxième état d’urgence, en 1986, il est contraint de se cacher pour échapper à la fameuse police de sécurité sud-africaine. Nolan était particulièrement vulnérable pour avoir dirigé le processus de rédaction du Document Kairos au milieu de l’année 1985, issu principalement du travail des théologiens de Soweto et de Johannesburg, mais dans lequel lui et le révérend Frank Chikane de l’Institute for Contextual Theology (ICT) ont joué un rôle central. Décrit comme une “théologie d’en bas”, le document critiquait le rôle des églises dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, démantelait toute justification théologique du racisme et du totalitarisme et proposait à la place une “théologie prophétique” semblable à la théologie de la libération.

De 1973 à 1980, il a été aumônier national de la National Catholic Federation of Students (NCFS) et également, jusqu’en 1980, de la Catholic Students Association (CASA), qui a été créée en 1976 après que les étudiants de couleur ont commencé à s’organiser en formations distinctes à mesure que la Conscience de Couleur s’épanouissait. En 1977, Nolan a contribué à la création de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) en Afrique du Sud après avoir assisté à une réunion du Mouvement international des étudiants catholiques à Lima, au Pérou, en 1975, où il a été initié à la méthode d’analyse sociale “Voir-Juger-Agir” et a été inspiré par Gustavo Gutiérrez, l’un des pionniers de la théologie de la libération, qui est devenu plus tard dominicain. De 1977 à 1984, Nolan a été l’aumônier national de la JSC, qui s’est affiliée au Front démocratique uni, initialement formé en 1983 pour s’opposer au Parlement tricaméral, mais qui a également réuni plus de 400 organisations de tous les secteurs de la société dans la lutte pour une “Afrique du Sud non raciale, non sexiste et unie”.

Nolan a également joué un rôle courageux dans le “travail souterrain” des mouvements de libération, notamment de l’African National Congress, offrant son soutien aux militants, en particulier à ceux qui ont été victimes de la police de sécurité violente et répressive du régime de l’apartheid. Il faisait partie d’un réseau clandestin secret qui gérait la logistique, notamment le transport et le déplacement des militants, en leur fournissant des refuges et des moyens de communication pendant leur séjour en Afrique du Sud.

L’étendue de son rôle dans ces réseaux a été révélée par Horst Kleinschmidt dans un hommage rendu à Nolan le 20 octobre 2022. Kleinschmidt, qui a lui-même été banni, détenu et exilé par le régime de l’apartheid, a révélé que Nolan faisait partie d’un groupe de plus de 20 agents qui faisaient sortir clandestinement des communications d’Afrique du Sud vers le Congrès national africain, alors en exil, et qui revenaient avec des messages d’Oliver Tambo et de Thabo Mbeki destinés aux militants à l’intérieur du pays. “Je révèle aujourd’hui pour la première fois qu’Albert Nolan était connu sous le nom d’agent A4 après le Mercredi de couleur [19 octobre 1977, date à laquelle les organisations de la Conscience de Couleur ont été interdites, les rédacteurs arrêtés et les journaux d’opposition interdits] et qu’à partir de 1981, il était l’agent 42. Les chiffres ‘4’ et ‘2’ étaient brouillés dans des textes et des chiffres – et la Direction de la sécurité n’a jamais trouvé la clé de cette messagerie.” Kleinschmidt a également révélé que cette opération de longue haleine impliquait la transmission de lettres, dont aucune n’a jamais été interceptée, ainsi que des communications de messages qui changeaient de lieu chaque semaine et l’échange d’argent qui rendait impossible tout traçage des relevés bancaires.

Après avoir été élu provincial des Dominicains d’Afrique du Sud au début de l’année 1976, Nolan quitta Stellenbosch – où il avait reçu sa formation religieuse et avait été aumônier de l’université pendant jusqu’au début des années 1970 – pour Johannesburg. Ce déménagement a eu lieu le 16 juin 1976, date synonyme du “soulèvement de Soweto”, qui a été violemment réprimé et qui est aujourd’hui commémoré comme la Journée de la jeunesse.

En tant que provincial, de 1976 à 1980, Nolan a soutenu plusieurs de ses prêtres – dont Joe Falkiner, Benedict Mulder etFinbar Synnott – dans leur établissement d’une communauté dans un bâtiment délabré en face de la gare sur Central Avenue à Mayfair, une banlieue ouvrière à l’ouest du quartier des affaires de Johannesburg. Il prend alors la décision de vendre la maison du provincial de Houghton, dans la banlieue nord plus riche, et de s’installer lui-même à Mayfair, où CASA, NCFS, YCS et la Jeunesse ouvrière chrétienne ont également installé leurs bureaux nationaux. Il sera provincial de l’Ordre dominicain pendant deux autres mandats, de 1980 à 1984 et de 2000 à 2004. Outre sa fonction de provincial, Nolan a joué plusieurs autres rôles au sein de son Ordre, notamment celui de maître des novices et de maître des étudiants, ce qui lui a permis de continuer à instruire les jeunes, comme il l’avait fait pendant de nombreuses années en tant qu’aumônier étudiant.

Érudit biblique et théologien doué, Nolan a terminé son doctorat à Rome en 1963 – une période qui a coïncidé avec le Concile Vatican II et qui a introduit d’importantes réformes dans l’Église. Ayant terminé sa thèse, Nolan a décidé qu’il était “trop cher” de la faire publier, condition préalable à l’obtention du titre de “docteur”, et il n’a donc jamais obtenu officiellement le titre qu’il avait dûment mérité. Il s’est également vu refuser dans un premier temps la distinction de recevoir un doctorat honorifique lorsque le Saint-Siège, sans explication, a interdit à l’Université de Fribourg (Suisse) d’en décerner un en 1990, vraisemblablement en raison des doutes que suscitait à l’époque la théologie de la libération. Cependant, la même année, en signe de solidarité, le Regis College de l’Université de Toronto, dirigé par des jésuites, lui a décerné un doctorat honorifique. L’Ordre dominicain a reconnu sa contribution en tant que théologien et prédicateur de l’Évangile lorsque, en 2008, le Maître de l’Ordre promût Nolan au rang de Maître en sacrée théologie.

Nolan, cependant, préférait se considérer comme un prédicateur plutôt que comme un spécialiste de la Bible. Il voulait que l’Évangile touche la vie des gens, et ne considérait pas que débattre de petites questions d’interprétation textuelle était le but des Écritures. À ses yeux, les Écritures étaient là pour inspirer, convertir et transformer les gens et les amener à changer leur vie et le monde dans lequel ils vivent.

En dehors de l’Afrique du Sud, Nolan a acquis une grande notoriété grâce à son best-seller de 1976, Jesus Before Christianity, qui a été traduit dans neuf langues. Ce livre est le fruit de la profonde connaissance de la Bible et de son travail dans le mouvement étudiant, où il donnait régulièrement des conférences sur “cet homme Jésus”. Alors qu’il se cachait à la fin des années 1980, Nolan a continué à écrire God in South Africa, qui est le résultat de ce qu’il décrit comme “faire de la théologie dans un contexte particulier” et Jesus Today, qui explore la spiritualité de Jésus comme une “spiritualité qui mène à l’unité avec Dieu, nous-mêmes, les autres et l’univers”. Un recueil de ses conférences, édité par le père Stan Muyebe, a été publié sous le titre Hope in an Age of Despair.

Nolan, qui a été l’un des premiers membres du personnel de l’Institute for Contextual Theology (ICT) en 1981, est ensuite devenu rédacteur en chef du magazine œcuménique Challenge, largement diffusé dans toutes les confessions et qui offrait une perspective réfléchie sur la manière dont les chrétiens devaient répondre à la lutte pour la démocratie en Afrique du Sud avant et après les élections démocratiques de 1994. L’œcuménisme a été un thème tout au long de la vie de Nolan et s’est manifesté non seulement dans son ministère d’étudiant et à l’ICT, mais aussi dans ses relations étroites avec des dirigeants extérieurs à l’Église catholique, notamment le révérend Frank Chikane, le DrBeyers Naudé et le révérend Cedric Mayson. Malgré ses critiques à l’égard de l’Église, il fut respecté par la hiérarchie catholique pour ses compétences bibliques, sa perspicacité théologique et son engagement à prêcher l’Évangile. Il a donc été régulièrement sollicité pour donner des conférences et des retraites, notamment à la Conférence des évêques catholiques d’Afrique australe, en particulier lorsque celle-ci était dirigée par l’archevêque Denis Hurley au cours de la dernière décennie de l’apartheid.

Nolan a également été une source de soutien pour d’autres religieux, notamment Bernard Ncube et le Père Smangaliso Mkhatshwa, qui a été détenu plusieurs fois. Ncube a été membre du premier Parlement démocratique en 1994, présidant la commission des arts et la culture, et est devenu en 2002 maire de la municipalité de West Rand. En 1996, il est devenu vice-ministre de l’éducation, poste qu’il a occupé jusqu’en 1999. Il a été élu au comité exécutif national de l’ANC en 1997 et, en 2000, il est devenu le maire exécutif de la ville de Tshwane.

Nolan a enseigné au séminaire St Peter, à Hammanskraal, à la fin des années 1970, lorsqu’une forte conscience de couleur s’y est développée. Il a travaillé en étroite collaboration avec Mkhatshwa et Buti Tlhagale pour tenter de promouvoir cette voix dans l’église. Tlhagale est l’actuel archevêque de Johannesburg.

En tant que prêtre, activiste, auteur et théologien renommé, Nolan a offert un message d’espoir à la fois fort et doux, en particulier l’espoir de construire une Afrique du Sud et un monde non racial, non sexiste, pacifique et écologiquement durable.

Publié sur Polity. org.za et rédigé par Terence Creamer avec la contribution du Père Mike Deeb, du Père Mark James et du Professeur Philippe Denis et des ajouts des hommages rendus par le Père Mark James et Horst Kleinschmidt les 19 et 20 octobre respectivement.

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